À Addis-Abeba, le Gabon et la Guinée équatoriale avaient enfin tenté d’ouvrir le chapitre de l’après-CIJ. Mais en moins de vingt-quatre heures, le fragile accord censé organiser la mise en œuvre du jugement s’est retrouvée suspendu. La justice a tranché ; la réalité, elle, résiste.
Le 28 juillet 2026, en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine à Addis-Abeba, le Gabon et la Guinée équatoriale signent un Accord d’engagement conjoint relatif à la mise en œuvre de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice sur la souveraineté des îles Mbanié, Cocotiers et Conga La signature met fin à un contentieux territorial vieux de plus d’un demi-siècle autour de trois îlots potentiellement riches en hydrocarbures. Le texte est paraphé par Simeón Oyono Esono Angüe, ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, et par Dieudonné Aba’a Owono, président de la Cour constitutionnelle du Gabon, sous le regard de l’Union africaine, qui salue une nouvelle étape du règlement pacifique du différend.
Sur le fond, ce document ne délimite rien lui-même : il institue un cadre de travail permettant aux deux pays d’organiser, par le dialogue, les modalités concrètes d’application de la décision de La Haye — retrait éventuel des troupes, statut des populations, poursuite des discussions sur la frontière terrestre et maritime.
Vingt-quatre heures de répit
Le suspense n’aura duré qu’un jour. Dès le 29 juillet, Libreville annonce la suspension du processus. Selon un communiqué de l’ambassade du Gabon en Éthiopie et auprès de l’Union africaine, des communications officielles diffusées à Malabo auraient présenté l’accord comme une reconnaissance anticipée, par le Gabon, d’une délimitation territoriale favorable à son voisin — ce que Libreville dément catégoriquement, rappelant que le texte n’avait vocation qu’à organiser un dialogue technique, sans jamais modifier ni fixer de frontière.
Le Gabon conditionne désormais tout retour à la table des négociations à trois exigences : le retrait des déclarations jugées mensongères, le rétablissement de la vérité, et des garanties de bonne foi, de respect mutuel et de confiance réciproque de la part de Malabo.
Un contentieux vieux de cinquante ans
Le différend, ouvert en 1972 lorsque des forces équato-guinéennes avaient pris pied sur Mbanié, porte sur trois formations situées dans la baie de Corisco, à une vingtaine de kilomètres des côtes gabonaises. La CIJ avait tranché en faveur de Malabo sur la souveraineté des îles, au nom du principe de succession d’État, tout en rappelant que le titre juridique gouvernant la frontière terrestre restait la convention franco-espagnole de 1900.
Reste que cette suspension révèle une fragilité plus large : sans accord réellement partagé, l’application de l’arrêt demeure politiquement et socialement difficile, tant les implications du tracé de 1900 placent Ebebiyin et Mongomo du côté gabonais. Difficile d’imaginer Teodoro Obiang Nguema Mbasogo céder, même partiellement, ces villes en pleine expansion.
Le 19 mai 2025, la CIJ avait fermé le chapitre judiciaire. Le 28 juillet 2026, Addis-Abeba devait ouvrir celui de l’exécution. Il est déjà à l’arrêt. Le plus difficile — transformer une décision de justice en réalité administrative, sécuritaire, maritime et humaine — reste entièrement devant les deux pays.
