Alors que le Gabon célébrait sa fête nationale le 17 août, un grave accident sur l’axe Bisso-Ndzomoe a replongé le département du Komo-Océan dans sa douloureuse réalité : celle d’un enclavement total. Près d’un an après les promesses électorales, les populations dénoncent l’abandon des infrastructures routières et lancent un appel direct au chef de l’État pour désenclaver, en quinze kilomètres, une région meurtrie.
Au Komo-Océan, le calendrier électoral avance visiblement plus vite que celui des travaux publics. Les bulletins ont été déposés dans les urnes, les élus installés et les discours prononcés. Puis, le rideau est tombé. Depuis, les habitants de Ndzomoe regardent leur unique voie d’accès se dégrader un peu plus chaque jour, sans jamais voir arriver les engins de chantier promis.
Des bureaux de vote délocalisés pour cause de boue
Le constat est accablant. Près d’un an après les élections législatives et locales, rien ou presque n’a bougé sur le tronçon Bisso-Ndzomoe. Symbole absolu de cette faillite logistique : lors des dernières législatives, l’état de la route avait été jugé si préoccupant que les bureaux de vote de Ndzomoe avaient dû être rapatriés à Bisso. Quand une route n’est même plus capable d’accueillir le matériel électoral, il faut cesser de parler de simple enclavement et commencer à parler d’abandon.

L’alerte est aujourd’hui lancée par le conseiller départemental Joyce Nnah, qui interpelle directement les pouvoirs publics sur une situation devenue intenable : « Le Komo-Océan n’est pas en retard. Le Komo-Océan est à l’arrêt ».


Le paradoxe cruel du tracteur agricole
Cette route n’est plus seulement une voie dégradée, elle est devenue un obstacle quotidien à la vie et à la dignité humaine. Sortir du département relève de l’épreuve de force ; y revenir aussi. Pour se déplacer, les habitants en sont réduits à utiliser des moyens de fortune, transformant chaque trajet en un pari risqué pour leur sécurité.
Le paradoxe local est à ce titre cruel. Récemment, le ministère de l’Agriculture a doté le secteur agricole de Ndzomoe d’un tracteur. Une initiative louable, sur le papier, pour soutenir la production et faciliter l’évacuation des récoltes. Mais faute de piste précisemment praticable, l’engin a été détourné de sa fonction première pour servir de moyen de transport en commun. Voir un tracteur agricole devenir le dernier recours pour déplacer des mères et leurs enfants illustre parfaitement l’absurdité de la situation. Les équipements de développement économique pallient tant bien que mal les carences des infrastructures de base.
L’amnésie post-électorale
C’est ici que réside le plus grand malaise. En période préélectorale, les populations sont courtisées. Les candidats sillonnent les villages, serrent des mains, multiplient les promesses de bitume et de changement. Puis les urnes se ferment. Avec elles, s’évanouit trop souvent l’attention accordée aux électeurs. Pourtant, une fois le scrutin passé, la boue reste, les nids-de-poule demeurent et les malades continuent de souffrir.
Il ne suffit pas de solliciter le suffrage des citoyens du Komo-Océan, encore faut-il honorer leur confiance une fois les mandats obtenus. Un élu ne devrait pas être visible uniquement sur les affiches de campagne, et un gouvernement ne devrait pas attendre qu’un accident fasse des victimes pour redécouvrir l’existence d’une route départementale.
Quinze kilomètres pour retrouver la dignité
L’indépendance nationale n’a que peu de valeur pour celui qui ne peut pas sortir de son village, rejoindre un centre de santé ou écouler ses produits. Les populations ne réclament pourtant pas l’impossible. Elles demandent l’aménagement de quinze kilomètres de route. À l’échelle des grands projets d’infrastructure annoncés à coups de milliards, cette distance paraît dérisoire. Pour le Komo-Océan, elle représente la frontière entre l’isolement et une vie normale.
Certes, les habitants saluent les avancées locales, notamment l’octroi récent de six forêts communautaires. Mais ils posent une question simple : à quoi sert une richesse que l’on ne peut pas évacuer ? Une forêt communautaire sans route reste une richesse prisonnière, tout comme une production agricole sans accès au marché est condamnée à pourrir.
Lors de la tournée républicaine, les réalités du terrain ont été observées et des engagements ont été pris. Le Komo-Océan attend désormais des actes concrets. Le dramatique accident du 17 août doit servir d’électrochoc. Les pouvoirs publics sont prévenus : le prochain drame ne doit pas être le prix à payer pour voir enfin les bulldozers démarrer.
L’accident du 17 août résonne comme un dernier avertissement avant le drame de trop. Face à la détresse de Ndzomoe, le silence ou l’attente s’apparenteraient à de la non-assistance à population en danger.
Il ne s’agit que de quinze petits kilomètres. Quinze kilomètres pour relier des compatriotes à la Nation. Quinze kilomètres pour désenclaver une région entière et, enfin, rendre à ces Gabonais la dignité qu’ils méritent. Les regards sont désormais tournés vers Libreville.












