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Gabon : Communication présidentielle, quand la parlotte de Théophane Nzame-Nze Biyoghe finit par desservir Oligui Nguema

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Au palais de la Présidence de la République, chaque mot compte. Lorsqu’il est prononcé par celui qui porte la voix du chef de l’État, il ne relève plus d’une simple conversation médiatique. C’est là que le bât blesse : à force de commenter et de s’aventurer sur des sujets qui ne réclament pas nécessairement sa voix, Théophane Nzame-Nze Biyoghe semble transformer la communication présidentielle en exercice permanent de parlotte, au risque de brouiller le message de celui qu’il est censé servir.

Un porte-parole n’est pas un commentateur de l’actualité

Conseiller spécial du chef de l’État et porte-parole de la Présidence, Théophane Nzame-Nze Biyoghe est chargé de porter à l’opinion les décisions, orientations et actions du président. Ses propres interventions définissent sa mission : apporter « des éléments d’information, d’éclairage et de perspective » sur l’action des autorités.

Cela suppose d’informer, d’expliquer, de clarifier et de préserver la cohérence du message présidentiel. Un porte-parole n’est donc ni un chroniqueur ni un commentateur obligé de réagir à tout. Sa première qualité devrait être la maîtrise.

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La parole présidentielle ne peut être une parole ordinaire

Le porte-parole est une voix autorisée de la Présidence. Sa parole participe à l’image de l’institution et du chef de l’État. La Présidence devrait incarner responsabilité, vérité, rigueur et hauteur de vue. Toute sortie publique devrait porter ce sceau.

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Or certaines interventions de Théophane donnent davantage le sentiment d’une parole abondante que d’une parole maîtrisée. Le problème n’est pas de parler, mais de savoir quoi dire, pourquoi et avec quelles conséquences. À ce niveau, une approximation peut devenir un embarras politique.

Urban FM : le VPN, ou quand une réponse devient un problème

Le passage du porte-parole sur Urban FM, dans « Le Dafreshmorning », fournit un cas d’école. Interrogé par Séif Mostley sur l’accès à Internet depuis la suspension de certains réseaux sociaux, Théophane répond qu’il y accède « au moyen des VPN », puis il ajoute : « en marge de la loi, oui ».

La phrase est lourde. Qu’il ait voulu parler de son usage personnel ne supprime pas le malaise. Prononcée par le porte-parole de la Présidence, elle ouvre une question institutionnelle : comment comprendre qu’un responsable chargé d’incarner la parole de l’État reconnaisse publiquement contourner une disposition légale ?

Le syndrome du porte-parole qui veut répondre à tout

Eau, électricité, vie chère, emploi, dette, réseaux sociaux, gouvernance : le porte-parole intervient sur une multitude de sujets. Son passage sur Urban FM en est une illustration.

Or la communication présidentielle ne gagne pas nécessairement en efficacité avec la multiplication des micros. Elle gagne en force avec la précision. Parler pour expliquer, oui. Pour rassurer, oui. Pour clarifier, absolument. Mais parler parce qu’un micro est disponible peut finir par affaiblir le message présidentiel.

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À force de vouloir répondre à tout, le porte-parole risque de produire des contresens : déplacer le sujet, ouvrir une polémique ou offrir une phrase facilement détachable de son contexte.

Après le 30 août 2023, le Gabon attendait une autre culture de la communication

Le 30 août 2023 avait fait naître l’espoir d’une rupture avec les pratiques de l’ancien système, y compris dans la manière de parler aux Gabonais. Théophane Nzame-Nze Biyoghe connaît les arcanes de la communication présidentielle pour avoir exercé sous Ali Bongo Ondimba. Cette expérience aurait dû imposer davantage de retenue.

Le Gabon de l’après-30 août pouvait espérer de nouveaux visages et une nouvelle culture de la communication. Des profils comme Désiré Ename ou Noël Bertrand Boudzanga ont pu incarner d’autres sensibilités dans l’espace public. L’enjeu n’est pas de condamner un homme, mais de se demander si les méthodes ont réellement changé.

94,85 % : un mandat qui impose une parole à la hauteur

Brice Clotaire Oligui Nguema a été élu avec 94,85 % des suffrages. Une telle légitimité confère à chaque parole de son entourage immédiat une portée particulière. Lorsqu’on parle au nom du chef de l’État, on ne parle jamais tout à fait en son nom propre.

Avant chaque intervention, Théophane devrait donc se poser quatre questions : est-ce que ce que je vais dire va rassurer ? Quelle solution ma sortie apporte-t-elle ? Quel impact aura-t-elle sur le peuple ? Et surtout : est-ce que cette parole sert ou dessert le président ?

Imagine-t-on le porte-parole de l’Élysée ou de la Maison-Blanche banaliser publiquement le contournement d’une règle de droit ? La fonction impose distance, gravité et discipline. Derrière le micro se trouvent les attentes de millions de citoyens.

Quand le président devient son propre communicant

Le constat est alors amer : Oligui Nguema semble parfois devoir reprendre lui-même la main sur sa communication. Le recours à Chamberlain Moukouama pour lui donner davantage de relief et de proximité en est une illustration. Cette formule plus incarnée semble avoir trouvé son public, même au-delà des frontières nationales.

Le contraste mérite réflexion. Là où une parole institutionnelle trop abondante peut se perdre, une communication plus directe peut toucher juste. Le président n’a pas besoin d’un porte-parole qui parle à sa place sur tout. Il a besoin d’un porte-parole qui sache faire entendre l’essentiel.

À la Présidence, le micro n’est pas un trophée

Théophane Nzame-Nze Biyoghe gagnerait à revenir à l’essentiel : moins de parlotte, davantage de précision ; moins de commentaires, davantage de pédagogie ; moins de réactions, davantage d’anticipation. Vérifier avant d’affirmer. Distinguer l’information de l’opinion. Éviter les sujets qui ne nécessitent pas la parole présidentielle.

Un bon porte-parole ne se mesure pas au nombre de micros qu’il décroche, mais au nombre de problèmes qu’il évite à celui dont il porte la parole. À la Présidence, chaque mot devrait être pesé comme un acte d’État. Lorsqu’on porte la voix d’Oligui Nguema, parler moins n’est pas se taire : c’est parfois mieux servir le président, l’institution et la République.

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