À la clôture de la première session ordinaire de l’Assemblée nationale, le président de l’institution a troqué les amabilités protocolaires contre une mise en garde d’une rare fermeté. Excédé par les approximations juridiques et les dossiers incomplets envoyés par le gouvernement, le patron de la première Chambre du parlement exige un sursaut de rigueur et réaffirme l’indépendance absolue du Parlement.
Le ton était poli, mais le message, lui, a résonné comme un coup de tonnerre sous la coupole du Palais Léon Mba. Ce 30 juin, alors que s’achevait une intense session ordinaire de quatre mois, l’ambiance feutrée des bilans législatifs s’est brusquement muée en un grand moment de clarification institutionnelle. Installé au perchoir, le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, a choisi de faire de cette tribune solennelle le point de départ d’une ère nouvelle dans les relations entre le pouvoir législatif et l’Exécutif. Une ère où le Parlement ne sera plus une simple chambre d’enregistrement, mais un censeur intraitable de l’action gouvernementale.

Un bilan législatif dense, mais pollué par l’amateurisme
Pendant quatre mois, les députés n’ont pourtant pas chômé. Sur les 33 textes examinés par les commissions, 23 ont été définitivement adoptés. Un marathon législatif qui a permis d’acter des réformes de fond : du Code de la nationalité à la refonte de la propriété foncière, en passant par la régulation des réseaux sociaux, l’archivage électronique et le vote de la loi de finances rectificative. Michel Régis Onanga Ndiaye n’a d’ailleurs pas manqué de saluer ces avancées, tout en rendant hommage aux arbitrages sociaux du chef de l’État, notamment le déblocage des rappels de solde des fonctionnaires et le remboursement tant attendu des épargnants de Poste Bank SA.
Mais derrière cette vitrine réformatrice, le patron du Parlement a soulevé le tapis pour exposer les dysfonctionnements de la machine administrative. Visage fermé, il a dénoncé avec virulence la légèreté avec laquelle certains ministères transmettent leurs projets de loi. Absence de décrets de transmission, manque de visas du Conseil d’État, oublis majeurs de lois de ratification… Pour le perchoir, la coupe est pleine. Ces lacunes à répétition ne font pas que gripper le calendrier législatif ; elles portent atteinte à la crédibilité même de l’État.
Le « rideau de fer » du Secrétariat général
Face à ce qu’il qualifie de négligences inadmissibles, Michel Régis Onanga Ndiaye est passé de la critique à l’offensive administrative en annonçant une mesure radicale, accueillie par un tonnerre d’applaudissements sur les bancs des députés : « J’instruis Monsieur le Secrétaire général de ne plus recevoir les textes non conformes, quelle que soit la raison évoquée par le Gouvernement. »
Le message est limpide : désormais, tout dossier incomplet sera purement et simplement refoulé à l’entrée de l’Assemblée nationale. Dans la foulée, le président a envoyé une seconde flèche en direction de la primature, exigeant que le gouvernement cesse de gouverner par ordonnances pour s’épargner les débats de l’hémicycle. Pour la Vème République naissante, la commodité bureaucratique ne saurait effacer le débat démocratique.
Le thermomètre social en ligne de mire
Cette exigence de rigueur n’est pas qu’une affaire de juristes tatillons. Pour Michel Régis Onanga Ndiaye, elle est une obligation morale face à l’impatience légitime des Gabonais. En rappelant au gouvernement que la vie quotidienne reste marquée par l’érosion du pouvoir d’achat, le chômage endémique des jeunes, l’insécurité grandissante et les coupures chroniques d’eau et d’électricité, le président de l’Assemblée nationale a replacé le Parlement au centre du jeu social. « Le Parlement vote, recommande et contrôle », a-t-il martelé à l’attention de l’opinion publique.
En renforçant les missions de contrôle parlementaire sur le terrain pour l’intersession, l’institution prévient qu’elle ira vérifier elle-même l’application des promesses présidentielles. Un avertissement sans frais pour l’Exécutif : pour la suite du quinquennat, il faudra travailler vite, mais il faudra surtout travailler bien.
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