Alors que les chiffres du recensement de 2026, notamment la proportion de 34 % d’étrangers annoncée dans le débat public, ravivent les discussions sur l’immigration au Gabon, une polémique enfle sur les réseaux sociaux. Après les propos de l’activiste Bienvenue Nziengui Ntoutoume, alias « Chocolat des filles », qui a qualifié les Gabonais de paresseux en comparaison avec les étrangers vivant dans le pays, Jocelyn Louis Ngoma est monté au créneau. Dans une publication sur Facebook, le dimanche 25 octobre, ce citoyen gabonais dénonce une stigmatisation qu’il juge indigne, tout en mettant en cause les pratiques d’exploitation de la main-d’œuvre et la concurrence déloyale.

Le débat sur l’immigration au Gabon prend une nouvelle tournure. Au-delà des chiffres et des enjeux liés à la présence étrangère, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’affrontements sur la place des nationaux dans l’économie et leur rapport au travail. C’est dans ce climat que Jocelyn Louis Ngoma a choisi de faire entendre sa voix, après la diffusion d’une vidéo dans laquelle « Chocolat des filles » oppose, selon lui, la prétendue paresse des Gabonais au dynamisme des étrangers.
Dans son « coup de gueule » dominical, l’intéressé ne mâche pas ses mots. « Il faut avoir perdu le sens de la dignité et du patriotisme pour traiter de paresseux un peuple gabonais dont la tolérance, l’hospitalité et l’ouverture aux autres constituent pourtant de remarquables vertus », écrit-il.


Pour lui, cette généralisation relève davantage du préjugé que d’une démonstration étayée. Il interpelle ainsi ceux qui prétendent que les Gabonais n’aiment pas travailler : « Quelle étude scientifique le démontre ? Existe-t-il un gène gabonais de la paresse ? »
Derrière cette interrogation volontairement provocatrice, Jocelyn Louis Ngoma entend contester une lecture qu’il estime réductrice des réalités sociales et économiques du pays. Il pose notamment la question des conditions dans lesquelles certains travailleurs exercent leurs activités : « Des emplois précaires sans protection sociale ? Du travail dissimulé ? De l’exploitation d’une main-d’œuvre vulnérable ? »
Avant de lancer cette question centrale : « Depuis quand le refus des Gabonais de se laisser exploiter comme des esclaves est-il devenu une preuve de paresse ? » Pour lui, le débat ne saurait se limiter à opposer les nationalités sans examiner les conditions d’accès à l’emploi et la dignité des travailleurs.
Immigration clandestine et concurrence déloyale : le revers économique du débat
Au-delà de la polémique sur les propos de l’activiste, Jocelyn Louis Ngoma déplace le débat vers les mécanismes susceptibles de fragiliser les travailleurs et les entreprises respectueuses de la réglementation. Il dénonce notamment les agissements de certains intermédiaires qui, selon lui, conserveraient les documents administratifs de migrants en situation irrégulière afin de maintenir leur emprise sur eux et de disposer d’une main-d’œuvre particulièrement vulnérable.
Il rappelle que la régularité du séjour ne saurait se résumer au paiement d’une carte de séjour, mais suppose le respect des procédures légales d’entrée et de séjour, sans exclure les possibilités de régularisation prévues par la loi.
Son argumentation porte également sur les conséquences économiques de ces pratiques présumées. « Lorsque des réseaux exploitent cette précarité pour imposer des salaires dérisoires et contourner les obligations sociales, ils créent une concurrence déloyale au détriment des entreprises respectueuses de la loi et des travailleurs gabonais comme immigrés », affirme-t-il.

Dans cette perspective, le problème n’est pas la présence des étrangers en elle-même, mais les pratiques qui peuvent accompagner certaines activités économiques. L’auteur de la publication prend d’ailleurs soin de préciser qu’il ne vise pas l’ensemble des expatriés, dont beaucoup contribuent loyalement à l’économie nationale.
« Le problème n’est pas la nationalité de celui qui travaille, mais la fraude, l’exploitation et le non-respect de la loi ! », insiste-t-il. Une distinction importante dans un contexte où les débats sur l’immigration risquent de confondre les comportements individuels, les situations administratives et les responsabilités économiques.
Les intérêts économiques derrière les préjugés
Jocelyn Louis Ngoma va plus loin en évoquant les intérêts que certains opérateurs pourraient trouver dans la diffusion de représentations dévalorisantes des travailleurs gabonais. Selon lui, le discours sur la prétendue paresse des nationaux peut servir à justifier certaines formes de domination économique et à détourner l’attention des obstacles structurels à l’entrepreneuriat local. « Faire répéter par des Gabonais eux-mêmes qu’ils sont paresseux peut servir à justifier la concentration de pans entiers de notre économie entre les mains de certains réseaux », avance-t-il.
Ces affirmations relèvent de son analyse et ne constituent pas, en elles-mêmes, la preuve d’une stratégie concertée. Son propos consiste surtout à appeler à examiner les questions de corruption, de complicités administratives, de recrutement et de sous-traitance, plutôt que d’attribuer les difficultés économiques à une prétendue incapacité collective des Gabonais.
Il déplore également que certains choisissent d’exposer les divisions nationales devant des audiences étrangères. « La liberté d’expression permet de critiquer son pays, pas de transformer son humiliation en fonds de commerce », écrit-il, dénonçant ce qu’il considère comme une recherche de notoriété au détriment de la dignité collective.
À « Chocolat des filles », un appel au ressaisissement
La critique prend une dimension personnelle lorsque Jocelyn Louis Ngoma s’adresse directement à Bienvenue Nziengui Ntoutoume. Il rappelle avoir auparavant salué son intelligence, son rayonnement international et ses campagnes contre les dérives de certains faux pasteurs. D’où son incompréhension : « Comment peux-tu combattre la manipulation des consciences et reprendre un préjugé aussi injuste envers ton propre peuple ? »
Tout en reconnaissant les qualités qu’il lui attribue, Jocelyn Louis Ngoma l’exhorte à revenir sur ses propos et à présenter publiquement ses excuses aux Gabonais. « Reconnaître une erreur est une preuve de grandeur », souligne-t-il.
Au fond, son intervention vise à recentrer la controverse sur des questions qu’il estime essentielles : pourquoi tant de jeunes Gabonais peinent-ils à trouver un emploi stable ? Pourquoi l’entrepreneuriat national rencontre-t-il autant d’obstacles ? Et pourquoi les abus dans le recrutement et la sous-traitance persistent-ils ?
Sa conclusion résume sa position : « Un peuple qui réclame un salaire décent, une protection sociale et le respect de sa dignité n’est pas paresseux ! »
Au-delà de la polémique, un débat de fond
Au Gabon, la question migratoire mérite mieux qu’une confrontation entre nationaux et étrangers ou qu’une succession d’accusations sur les réseaux sociaux. Elle appelle des données vérifiables, un examen rigoureux des conditions de travail et une application équitable de la loi. La contribution des étrangers à l’économie ne doit pas effacer les difficultés des Gabonais, pas plus que la défense des intérêts nationaux ne doit conduire à stigmatiser ceux qui vivent et travaillent légalement dans le pays.
En demandant que soit produite une étude scientifique démontrant la prétendue paresse des Gabonais, Jocelyn Louis Ngoma oppose au jugement généralisant une exigence de preuve. Son coup de gueule pose ainsi une question qui dépasse la querelle personnelle : comment défendre la dignité des travailleurs et promouvoir l’emploi national sans transformer l’immigration en bouc émissaire ? C’est sur ce terrain, celui des faits, des responsabilités et de l’égalité devant la loi, que le débat gagnerait désormais à se poursuivre.












