Le projet de budget 2027 prévoit 9,20 milliards de FCFA pour les dépenses de personnel de l’Assemblée nationale, soit près de 3 milliards supplémentaires en un an. Dans le même temps, le budget global de la chambre basse grimperait de 43,8 %, à 31,03 milliards de FCFA. Une progression substantielle qui appelle des éclaircissements sur les effectifs, les rémunérations et les charges de fonctionnement de l’institution.
La mise en place des institutions de la Ve République s’accompagne d’une évolution des ressources allouées aux pouvoirs publics. Dans cette dynamique, l’Assemblée nationale se distingue par une augmentation significative des crédits inscrits dans le projet de loi de finances (PLF) 2027. Si l’enveloppe globale de l’institution connaît une progression notable, l’évolution des dépenses de personnel retient particulièrement l’attention, au regard des impératifs de maîtrise des finances publiques.
Selon le tableau de répartition des crédits annexé au projet budgétaire, les dépenses de personnel passeraient de 6 245 036 335 FCFA dans la loi de finances rectificative 2026 à 9 204 990 748 FCFA en 2027. L’écart s’établit ainsi à 2 959 954 413 FCFA, correspondant à une hausse de 47,4 %.
Cette augmentation représente près du tiers des 9,46 milliards de FCFA supplémentaires prévus pour l’ensemble de la chambre basse du Parlement. La masse salariale pèserait désormais 29,7 % du budget total de l’institution, contre environ 29 % en 2026. Une évolution qui interroge sur les facteurs à l’origine de cette progression, alors que les dépenses publiques demeurent soumises à des exigences de rationalisation et d’efficacité.
Le tableau des effectifs et des crédits de personnel joint au PLF fait état de 629 personnes pour l’Assemblée nationale. Rapportée à cet effectif, l’enveloppe annuelle de 9,20 milliards de FCFA correspondrait à une moyenne comptable d’environ 14,63 millions de FCFA par personne, soit 1,22 million par mois.
Cette estimation doit néanmoins être interprétée avec prudence. Elle ne constitue ni un salaire moyen individuel ni une indication de la rémunération effectivement perçue par chaque agent. Les dépenses de personnel peuvent couvrir différentes catégories de charges, tandis que le document budgétaire ne précise pas la répartition des crédits entre les bénéficiaires. En outre, l’absence d’un effectif comparable pour 2026 ne permet pas de déterminer si la hausse résulte, en tout ou partie, d’éventuels recrutements.
Les biens et services en hausse de 55,7 %
La progression des crédits ne concerne pas uniquement les rémunérations. Les dépenses de biens et services enregistreraient une augmentation encore plus marquée, passant de 11,01 milliards de FCFA en 2026 à 17,15 milliards en 2027. Le supplément atteint 6,13 milliards de FCFA, soit une progression de 55,7 %.
À elles seules, ces dépenses représenteraient 55,3 % du budget de l’Assemblée nationale. Les dépenses de transfert suivraient également une tendance haussière, avec 365,39 millions de FCFA supplémentaires, portant leur montant total à 2,68 milliards.
À l’inverse, les crédits consacrés aux investissements resteraient inchangés à 2 milliards de FCFA, sans augmentation par rapport à 2026. Cette configuration met en évidence une orientation des ressources supplémentaires vers le fonctionnement courant et les charges de personnel, plutôt que vers un renforcement des investissements.
Reste que les tableaux budgétaires disponibles ne détaillent pas suffisamment la composition des 17,15 milliards de FCFA prévus pour les biens et services. Ils ne permettent pas non plus d’identifier précisément les bénéficiaires des transferts. Une ventilation plus complète serait donc nécessaire pour distinguer les dépenses administratives, les prestations, les équipements, les frais de fonctionnement et les autres charges éventuelles.
Rémunérations et indemnités : les zones d’ombre
Comment expliquer une progression de 47,4 % des dépenses de personnel en une seule année ? Plusieurs facteurs peuvent théoriquement intervenir : des recrutements, une réorganisation administrative, des changements statutaires, des régularisations de rémunérations ou encore une modification des régimes indemnitaires.
Toutefois, les données du PLF 2027 ne permettent de confirmer aucune de ces hypothèses. Le document ne distingue pas les traitements de base, les primes, les indemnités et les autres charges de personnel. Il ne précise pas davantage la part susceptible d’être affectée aux collaborateurs parlementaires et aux personnels administratifs.
Cette absence de ventilation limite l’analyse des besoins financiers de l’institution. La connaissance détaillée des effectifs, des catégories professionnelles et de la structure des rémunérations permettrait de mieux apprécier les raisons de cette hausse. Elle aiderait également à séparer les charges récurrentes des dépenses exceptionnelles éventuellement liées à l’évolution institutionnelle.
Dans une institution financée par le budget de l’État, la transparence sur la composition des dépenses constitue un élément essentiel du contrôle budgétaire. Elle permet de rapprocher les moyens mobilisés des missions exercées, sans présumer de l’absence de justification des crédits sollicités.
Un budget global porté à 31,03 milliards de FCFA
Au total, le budget de l’Assemblée nationale passerait de 21,57 milliards de FCFA en 2026 à 31,03 milliards en 2027. La progression atteint ainsi 9,46 milliards de FCFA, soit 43,8 %.
Les dépenses de personnel et de biens et services cumuleraient 26,35 milliards de FCFA, représentant près de 85 % de l’enveloppe totale. Cette concentration confirme le poids prépondérant des charges de fonctionnement dans les ressources projetées pour la chambre basse du Parlement.
L’enjeu est désormais de documenter les déterminants de cette évolution budgétaire : variation des effectifs, éventuelles revalorisations indemnitaires, réorganisation des services ou besoins administratifs supplémentaires. Une présentation plus détaillée permettrait d’évaluer la cohérence des crédits avec les missions législatives et de contrôle de l’action gouvernementale.
Car au-delà du montant de 9,20 milliards de FCFA inscrit pour le personnel, la question centrale demeure celle de la justification des dépenses supplémentaires. Dans le cadre de l’examen du PLF 2027, l’explication des près de 3 milliards de FCFA additionnels consacrés aux charges de personnel apparaît ainsi comme un enjeu important du débat budgétaire. L’objectif n’est pas de contester par principe l’évolution des moyens de l’institution, mais de disposer des éléments nécessaires pour en apprécier la portée, la composition et la pertinence au regard des exigences de bonne gestion des deniers publics.
