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Gabon : Nuisances sonores, jusqu’où ira le laisser-faire ?

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À Libreville, le bruit n’est plus une gêne occasionnelle. Dans plusieurs quartiers, habitants et travailleurs composent avec les décibels des bars, bistrots, églises et commerces. Le phénomène dépasse la capitale : les mêmes scènes se reproduisent dans les autres villes. Certaines activités fonctionnent toute la nuit et l’espace sonore devient difficile à supporter.

Musique au maximum, basses qui traversent les murs : les riverains deviennent malgré eux les consommateurs d’une musique qu’ils n’ont jamais choisie. Pour celui qui travaille tôt ou aspire au repos, cette exposition devient une épreuve.

Un phénomène est désormais visible à Libreville : les grands magasins installent devant leurs façades d’imposantes enceintes, avec une musique assourdissante pour attirer les clients. Mais pourquoi le voisinage devrait-il subir cela ?

La logique semble être celle du « plus fort que le voisin ». Le magasin couvre le commerce voisin, le bar répond et la rue devient une caisse de résonance. C’est une véritable compétition acoustique.

Les lieux de culte ne sont pas épargnés. Dans certains quartiers, les haut-parleurs des églises participent eux aussi à cette saturation. Le droit au culte doit être respecté, mais il ne saurait supprimer celui des riverains au repos.

Une réglementation existe, mais l’application reste la vraie bataille

Le Gabon n’est pas dépourvu de règles. La loi n°007/2014 relative à la protection de l’environnement reconnaît les bruits et vibrations comme des facteurs de pollution et de nuisance. Le Code pénal sanctionne également les nuisances sonores portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé, notamment la nuit.

Le problème est donc moins l’absence de principes que leur application. Une opération ponctuelle ne peut suffire : il faut une véritable politique de lutte contre les nuisances sonores.

Les mairies doivent prendre leurs responsabilités

Les collectivités doivent cartographier les zones exposées et distinguer espaces résidentiels, commerciaux, scolaires et hospitaliers. Il faut ensuite mesurer : sonomètres, agents formés et contrôles réguliers. Les établissements pourraient être soumis à une limite de décibels, contrôlée aussi au niveau des habitations voisines.

L’isolation acoustique devrait devenir une condition d’exploitation : portes et fenêtres renforcées, matériaux absorbants, murs et plafonds traités, enceintes orientées vers l’intérieur.

La question des horaires doit aussi être assumée. Dans les zones résidentielles, pourquoi ne pas interdire la musique amplifiée à l’extérieur après 19 heures ? Les établissements autorisés à fonctionner tard pourraient continuer sans imposer leur bruit au voisinage.

Des expériences étrangères montrent que le contrôle est possible

En France, les établissements diffusant habituellement de la musique amplifiée sont soumis à des obligations sur les niveaux sonores et l’isolation acoustique. Des sanctions peuvent viser les établissements en cas de troubles graves et répétés.

En Belgique, la réglementation encadre aussi les niveaux sonores dans les établissements publics et prévoit des mesures de protection du voisinage. Ils montrent qu’une ville peut agir avec des normes et des contrôles.

Passer du bruit subi au droit à la tranquillité

Il ne s’agit pas de transformer Libreville en ville silencieuse ni d’interdire musique, bars, commerces ou lieux de culte. Il s’agit de rappeler que toute activité doit respecter la vie collective.

L’État doit fixer les normes, les collectivités contrôler, les services mesurer et les exploitants investir dans l’isolation. Une plateforme municipale pourrait permettre de signaler les abus.

Une capitale moderne se mesure aussi à sa capacité à garantir le repos. À Libreville comme ailleurs au Gabon, une question mérite d’être posée : jusqu’où peut aller la liberté de faire du bruit avant de devenir une atteinte à celle des autres de vivre en paix ?

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