Alors que le Gabon panse ses plaies et redessine les contours de son destin politique, une voix citoyenne s’élève pour tracer une ligne rouge entre réconciliation nationale et enterrement de première classe du passé. Dans un manifeste publié ce 21 septembre 2026, Honorine Angue Mintsa Ondo refuse que les traumatismes récents soient dissous dans le fleuve de l’oubli. Plongée au cœur d’un plaidoyer qui place la vérité et la responsabilité au centre de la reconstruction.
« Notre pays ne guérira pas par l’amnésie. Il guérira par la vérité, la justice, la responsabilité et la capacité collective à regarder notre histoire sans complaisance. » L’entame est ciselée, presque chirurgicale. Elle refuse les faux-fuyants. En publiant sur son compte Facebook une longue profession de foi intitulée « Devoir de mémoire : je refuse le déni », Honorine Angue Mintsa Ondo vient de jeter un pavé dans la mare des consensus mous qui caractérisent parfois les transitions politiques.
Au-delà d’une simple énumération chronologique, cette citoyenne gabonaise pose une question existentielle qui taraude l’Afrique centrale : peut-on sceller le pacte républicain de demain en intimant aux peuples l’ordre d’oublier leurs larmes d’hier ?
La genèse des maux : l’onde de choc des « biens mal acquis »
Pour comprendre la sédimentation de la colère gabonaise, Honorine Angue Mintsa Ondo choisit de remonter le fil du temps, bien avant les secousses institutionnelles les plus récentes. Elle exhume un dossier hautement inflammable : la saga judiciaire des « biens mal acquis ».
L’affaire n’est pas née d’hier, rappelle-t-elle subtilement. Ses fondations juridiques remontent à près de vingt ans.
28 mars 2007. Les associations Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora déclenchent les hostilités en France en déposant une plainte visant l’entourage et les branches de la famille Bongo. Une tentative classée sans suite quelques mois plus tard.
2 décembre 2008. Le combat change d’échelle. Transparency International France, épaulée par une figure de la société civile gabonaise, le regretté Grégory Ngbwa Mintsa, dépose une plainte avec constitution de partie civile.
Ce coup de semonce ciblait frontalement le système du patriarche Omar Bongo Ondimba. En ravivant ce jalon, la militante bat en brèche un narratif commode : non, la crise systémique du Gabon n’est pas un phénomène spontané ou une invention récente destinée à justifier les bouleversements contemporains. Elle est le produit d’une longue usure financière et morale.
Du deuil de 2016 à la bascule de 2023
Mais l’analyse de fond ne se cantonne pas aux prétoires feutrés de Paris. Elle plonge dans le sang et le fracas de la nuit du 31 août 2016. Ce traumatisme post-électoral, dont le Gabon célèbre cette année le dixième anniversaire, reste une plaie béante.
Après la proclamation de résultats officiels massivement contestés, Libreville et l’arrière-pays s’étaient embrasés. L’assaut apocalyptique, à l’arme lourde, contre le quartier général de l’opposant Jean Ping demeure gravé dans les consciences. Des rapports de l’ONU documenteront plus tard la violence aveugle des forces de sécurité et la séquestration des cadres de l’opposition.
Pour Honorine Angue Mintsa Ondo, cet événement tragique est le point d’ancrage d’une décennie de déshérence. Une période marquée par le sacrifice d’une génération : des diplômés condamnés au chômage endémique, des familles acculées à l’exil de leurs enfants et un horizon bouché pour la jeunesse.
Dès lors, le cri de ralliement poussé en 2023 dans le quartier populaire de Rio, « Chassons le PDG ! », prend tout son sens. Dans la grille de lecture de l’autrice, ce slogan n’était pas un simple accès de colère électorale, mais l’exutoire d’un épuisement accumulé. Une manière de rappeler aux ingénieurs politiques du présent que les ruptures de l’histoire ne naissent jamais du néant.
Le piège du rétroviseur : la responsabilité du présent
L’exercice d’Honorine Angue Mintsa Ondo aurait pu glisser vers le réquisitoire partisan. C’est là qu’intervient la nuance la plus forte de sa réflexion : le refus de l’instrumentalisation. Tout en exigeant la lumière sur le passé, elle refuse catégoriquement que les fautes d’hier servent de bouclier ou d’excuse aux manquements d’aujourd’hui. « Cela ne signifie pas que tout ce qui se passe aujourd’hui doit être excusé par ce qui s’est passé hier », martèle-t-elle.
Regarder dans le rétroviseur est une nécessité pour ne pas perdre le cap, mais cela ne dispense en rien de surveiller la route actuelle. Le message est d’une équité rare : il siffle la fin de la récréation tant pour ceux qui veulent passer l’éponge sur les crimes passés que pour ceux qui tentent d’exonérer les gouvernants de leurs propres responsabilités.
Vers une paix durable, sans faux-semblants
La mémoire n’est pas une arme de destruction politique, elle est une fondation citoyenne. C’est le message central de ce manifeste. Les exilés, les familles endeuillées, les carrières brisées ne peuvent être relégués au rang de simples notes de bas de page ou de « dommages collatéraux » au nom d’une stabilité de façade.
La véritable réconciliation nationale ne se décrète pas à coups de sommets protocolaires ou de discours lénifiants. Elle exige une catharsis : nommer les blessures, identifier les coupables, indemniser les victimes et acter le vécu de chacun.
« Je ne demande pas que l’on réécrive l’histoire. Je demande simplement qu’on ne l’efface pas », conclut-elle. Un miroir tendu à toute la classe politiqud gabonaise. À l’heure des grands choix nationaux, Honorine Angue Mintsa Ondo rappelle cette vérité universelle : on ne bâtit rien de solide sur des sables mouvants de l’amnésie collective. L’avenir du Gabon se jouera sur sa capacité à conjuguer quatre verbes : dire le vrai, faire justice, assumer les responsabilités et honorer la mémoire.
