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Gabon : L’accouchement dans les hôpitaux, un saut dans le vide institutionnalisé ?

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Le décès tragique de la journaliste Rudy Hombenet Anvingui ne relance pas un simple débat de société, il instruit le procès en règle d’une faillite systémique. Ce drame lève le voile sur le cynisme des statistiques sanitaires du Gabon et expose la violence d’un système où donner la vie s’apparente désormais à une roulette russe. L’analyse des chiffres officiels et des réalités de terrain révèle une contradiction criminelle entre l’affichage politique et la réalité macabre des blocs opératoires.

Prétendre, comme le suggèrent certains observateurs feutrés, que le taux de 399 décès pour 100 000 naissances vivantes doit être « manié avec précaution » relève soit de l’euphémisme coupable, soit de la complicité bureaucratique. Ce chiffre n’est pas une variable mathématique à nuancer au gré des rapports, il est un réquisitoire. Le prétendu «paradoxe gabonais », ce grand écart entre la richesse théorique du pays et la détresse de ses services publics, n’est qu’un paravent sémantique pour masquer l’échec.

Le miroir aux alouettes des indicateurs de performance vole en éclats face au deuil des familles. Brandir avec fierté un score de 97 % de consultations prénatales pour aboutir, in fine, à une telle hécatombe démontre l’inutilité d’un suivi médical réduit à une simple formalité administrative. Le système se gargarise de paperasse, valide des cases cochées, mais s’avère structurellement incapable de protéger les femmes au moment crucial où leur vie bascule.

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Dans ce contexte de crise, l’annonce par le chef de l’État d’une enveloppe globale de 55 milliards de FCFA, débloquée en marge des festivités du « Coup de la Libération » à Makoukou, sonne comme une prise de conscience tardive. Si ces fonds étaient initialement déployés pour moderniser des infrastructures hospitalières à bout de souffle, l’urgence impose qu’ils soient aussi massivement orientés vers la lutte directe contre la mortalité maternelle, notamment par le prisme de la formation continue. Car la vérité brute demeure : au-delà des budgets et des pourcentages, aucune mère ne devrait plus mourir en donnant la vie.

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L’argument de l’hémorragie post-partum, systématiquement avancé par les autorités comme une fatalité biologique incontournable, constitue à cet égard une imposture intellectuelle. Une hémorragie ne devient fatale en quelques heures que si la chaîne de secours est inexistante ou rompue. Mourir d’un saignement dans une capitale africaine en 2026 n’est pas une fatalité médicale, c’est le symptôme d’un crime de gestion logistique.

L’incompétence logistique érigée en système

Les rapports successifs de l’OMS et de l’UNICEF Gabon se suivent et s’accumulent dans une indifférence gouvernementale révoltante. Les maternités gabonaises sont trop souvent devenues des coquilles vides, des théâtres de la négligence où le service public a capitulé en rase campagne. Cette défaillance se manifeste par deux pathologies majeures :

L’obscurité comme sentence. Les délestages chroniques et les pannes d’électricité récurrentes transforment les gardes de nuit en loteries mortelles. Dans le secret des blocs, des chirurgiens en sont réduits à opérer à la lueur blafarde des téléphones portables, suspendus au-dessus de corps ouverts.

Le vide thérapeutique. L’absence chronique de banques de sang fonctionnelles et la pénurie récurrente d’oxygène médical transforment des complications obstétricales bénignes en arrêts de mort immédiats.

La gouvernance de la santé publique ne souffre pas de simples dysfonctionnements légers ou conjoncturels. Elle subit une faillite morale et technique chronique où la survie des patientes est traitée comme une option budgétaire secondaire, sacrifiée sur l’autel des priorités bureaucratiques.

Corporatisme et désertion : le naufrage du personnel

Au-delà du manque criant de moyens matériels, le drame est aussi humain et déontologique. Le manque de formation continue, pudiquement qualifié de défaut de « recyclage », révèle la sclérose éthique d’une partie du corps médical. Le constat est implacable : dans les secteurs où chaque seconde compte, le perfectionnement est trop souvent perçu par les agents comme une corvée administrative et non comme une obligation morale absolue.

Alors que la science médicale avance à pas de géant, les pratiques locales stagnent, figées dans des routines obsolètes et dangereuses. Face à cela, l’État brille par sa complicité passive, refusant d’imposer une obligation légale de mise à niveau périodique, qui devrait pourtant être assortie de suspensions immédiates d’exercice pour les praticiens non à jour.

À ce tableau clinique déjà noir s’ajoute une fracture géographique révoltante. Des médecins, intégralement formés et rémunérés par les deniers publics, refusent catégoriquement leurs affectations à l’intérieur du pays. Ce caprice corporatiste, toléré par un ministère de tutelle sans autorité, condamne les femmes de l’hinterland à une sous-médicalisation barbare.

L’accès aux soins en zone rurale n’est plus un droit constitutionnel garanti : c’est un jeu de hasard territorial où les parturientes des provinces paient de leur vie le mépris des élites médicales pour la périphérie. Le procès de notre système de santé est ouvert, et le verdict de l’histoire s’annonce sans appel.

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