Dix ans après le traumatisme du 31 août 2016, le Gabon panse ses plaies sous le prisme d’une délivrance salvatrice. Après que le pays ait célèbré majestueusement le troisième anniversaire du « Coup de la Libération » à Makokou, les fantômes de l’ancien régime planent encore. Pour Joël Ngoueneni Ndzengouma, président des 7MP, le sang versé hier éclaire la justice d’aujourd’hui.
L’Ogooué-Ivindo s’enthousiasme encore des échos d’une commémoration fastueuse. Le 30 août dernier, la ville de Makokou s’est muée en épicentre de la ferveur nationale pour célébrer le troisième anniversaire du basculement historique du 30 août 2023. Cette transition militaire, menée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, avait arraché le pays à la dynastie Bongo-PDG. Pourtant, derrière les sourires et les défilés officiels de cette Fête de la Libération, une ombre lourde subsiste. Ce 31 août 2026 marque un anniversaire autrement plus sombre : les dix ans de l’assaut sanglant contre le quartier général de Jean Ping.
Cette dualité mémorielle, entre l’euphorie de la délivrance et le deuil persistant, est au cœur de la dernière sortie politique de Joël Ngoueneni Ndzengouma. Dans une déclaration largement partagée sur les réseaux sociaux, le leader des 7 Merveilles du Peuple Gabonais (7MP) a tracé un trait d’union direct entre le sacrifice d’hier et la liberté retrouvée d’aujourd’hui.
Le sang de 2016, moteur du changement de 2023
Pour le président des 7MP, la liesse populaire actuelle puise sa légitimité profonde dans les larmes du passé. L’homme politique refuse que le faste de Makokou n’occulte le souvenir de ce qu’il qualifie de « barbarie d’un régime déchu ».
« Hier, avec faste, nous avons commémoré l’action salvatrice de nos forces de défense et de sécurité qui ont réussi, le 30 août 2023, à mettre fin au système Bongo-PDG. Aujourd’hui, mieux qu’autrefois, toutes les victimes des événements malheureux et douloureux de 2016 ont des arguments pour croire et réaliser qu’il y a une justice qui transcende les injustices, les oublis, les négligences, les puissants et les institutions. », a déclaréJoël Ngoueneni Ndzengouma, Président des 7MP.
À travers ces mots, le leader politique insiste sur l’idée d’une justice immanente. Pour lui, le coup d’État de 2023 n’est pas un événement isolé, mais l’aboutissement d’une décennie de résilience populaire. « Le coup de libération reste porteur de l’espérance de la gloire de toutes les victimes, dont le sang et les pertes ont constitué la force de frappe ayant permis ce que nous vivons aujourd’hui », ajoute-t-il, invoquant la mémoire des ancêtres pour que justice soit définitivement rendue.
De l’enfer du QG à la reconstruction nationale
Le rappel historique demeure indispensable pour comprendre l’émotion qui traverse encore le pays. Le 31 août 2016, alors que le Gabon retenait son souffle dans l’attente des résultats d’une élection présidentielle hautement contestée, le QG de Jean Ping, champion de l’opposition, était pris d’assaut et bombardé à l’arme lourde. Une nuit d’horreur et de chaos qui coûtera la vie à de nombreux citoyens et laissera une cicatrice indélébile dans l’histoire contemporaine du pays.
Sept ans plus tard, le 30 août 2023, le spectre d’un nouveau bain de sang planait à nouveau sur Libreville lors de la proclamation de la victoire d’Ali Bongo. C’est pour éviter la réédition de cette tragédie que le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), sous la conduite du général Brice Clotaire Oligui Nguema, a choisi de neutraliser le pouvoir en place, provoquant des scènes de liesse populaire inédites à travers tout le territoire.
Dix ans après l’enfer du QG, le Gabon célèbre sa souveraineté retrouvée sans pour autant verser dans l’amnésie collective. Pour les rescapés de 2016 et les figures politiques comme Joël Ngoueneni Ndzengouma, honorer le passé reste la seule boussole fiable pour consolider les fondations de cette ère nouvelle.
