Longtemps jugée irréaliste par la PDG d’Eramet, la transformation locale du manganèse gabonais devient désormais un objectif partagé. À Paris, en marge de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France, le groupe minier et l’État gabonais ont signé un protocole d’accord qui marque un tournant majeur dans la stratégie industrielle du pays et dans les relations entre Libreville et son principal partenaire minier.
La scène n’a rien d’anodin. En présence des présidents Brice Clotaire Oligui Nguema et Emmanuel Macron, Eramet et la République gabonaise ont signé, lundi à Paris, un protocole d’accord destiné à « transformer durablement la chaîne de valeur du manganèse au Gabon ».
L’accord fixe une feuille de route industrielle ambitieuse visant à porter la transformation locale à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici fin 2031, grâce à plusieurs projets industriels, parmi lesquels une usine d’oxyde de manganèse, la réhabilitation du Complexe métallurgique de Moanda et la construction d’une nouvelle unité de production d’alliages.
Pour Libreville, cette signature dépasse largement le cadre d’un simple partenariat industriel. Elle s’inscrit dans l’ambition affichée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema de faire de la transformation locale des ressources naturelles un pilier de la souveraineté économique et industrielle du Gabon.
Le spectaculaire revirement d’Eramet
Cette signature revêt une portée particulière au regard des déclarations faites il y a un peu plus d’un an par Christel Bories. En juin 2025, après l’annonce de l’interdiction progressive des exportations de minerai brut à partir de 2029, la présidente-directrice générale d’Eramet estimait publiquement : « Le Gabon a annoncé qu’il ne voulait plus exporter du minerai brut à partir de 2029 pour le transformer sur place. Mais c’est impossible… ils veulent se tirer une balle dans le pied. »
Douze mois plus tard, le discours a profondément évolué. Dans le communiqué publié lundi, Christel Bories salue désormais « une feuille de route ambitieuse, co-construite avec les autorités » et affirme que les équipes du groupe se sont mobilisé « pour accompagner la volonté souveraine du Gabon d’accroître la transformation locale de ses ressources en manganèse ». Elle se dit convaincue que cette méthode permettra de « contribuer dans la durée au développement économique et industriel du Gabon ».
Une stratégie progressivement construite
Ce changement de ton ne s’est pas opéré en quelques semaines. Il avait été amorcé en mai dernier à Nairobi, lors du sommet Africa Forward, où Brice Clotaire Oligui Nguema et Christel Bories avaient conclu un accord stratégique ouvrant la voie à l’entrée de l’État gabonais au capital d’Eramet. Au-delà de son volet financier, cette décision traduisait déjà la volonté du Gabon de peser davantage dans les orientations stratégiques liées à l’exploitation de ses ressources minières. Le protocole signé à Paris constitue ainsi une nouvelle étape de cette évolution.
Au-delà du manganèse, une vision industrielle
L’accord ne se limite pas aux seules usines de transformation. Il prévoit également le développement d’une filière gabonaise de biocharbon destinée à réduire les importations de coke métallurgique, ainsi que la création du fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon », dont l’objectif est de favoriser l’émergence d’un tissu industriel national et de contribuer, à terme, à la création de 3 000 emplois.
Au fil des mois, ce qui apparaissait encore comme une ambition contestée prend progressivement corps. Si plusieurs conditions demeurent, notamment en matière d’énergie, de rentabilité économique et d’investissements, le principe de la transformation locale n’est plus remis en cause. Désormais, le débat ne porte plus sur son opportunité, mais sur les moyens de sa réalisation. Une évolution qui conforte la stratégie défendue par Brice Clotaire Oligui Nguema : faire en sorte que la richesse du sous-sol ne soit plus seulement extraite, mais également transformée sur le territoire national afin de créer davantage de valeur, d’emplois et de souveraineté économique.
