L’extension de l’exploitation du manganèse au district de Mounana ravive les espoirs de retombées économiques pour la commune. Pourtant, au moment où le territoire renforce sa contribution à la production nationale, la mairie continue de se dégrader, illustrant le contraste saisissant entre richesse minière et précarité des infrastructures publiques.
À seulement 17 kilomètres de Moanda, capitale mondiale du manganèse, l’exploitation du manganèse s’étend désormais au district de Mounana. Les camions acheminent le minerai extrait sur ce territoire, plusieurs permis d’exploitation y sont actifs et Mounana participe désormais à la production nationale de manganèse. Pourtant, au cœur de la commune, un autre spectacle s’impose : celui d’une mairie qui se dégrade inexorablement.
Toiture percée, murs fissurés, archives envahies par les eaux à chaque saison des pluies : le siège de la mairie, hérité de l’époque de la COMUF, illustre le contraste saisissant entre un territoire qui produit des richesses et une administration locale en grande difficulté.

Pendant des décennies, Mounana a participé à l’essor économique du Gabon grâce à l’exploitation de l’uranium. Depuis la fermeture de la COMUF en 1999, la ville peine à retrouver un nouvel élan. L’implantation progressive des activités liées au manganèse sur le territoire de Mounana nourrit aujourd’hui de nouveaux espoirs, mais ceux-ci semblent encore loin de se traduire dans les services publics de proximité. Les agents municipaux travaillent sans eau, avec une alimentation électrique instable et dans des locaux régulièrement inondés. « On produit pour le pays, mais on n’arrive pas à réparer notre propre maison », résume un conseiller municipal.
La situation ravive également les interrogations sur la décentralisation. Si la loi prévoit que 20 % de la redevance minière reviennent aux collectivités locales, la mairie affirme ne vivre que des dotations de l’État, souvent versées avec retard, sans convention directe avec les exploitants ni véritable fiscalité locale. Conséquence : alors que le district génère d’importantes richesses minières, la commune peine à assurer le fonctionnement de ses services et le paiement des salaires de ses douze agents.

À quelques kilomètres seulement, Moanda bénéficie d’infrastructures financées par les retombées de l’activité minière. « Nous sommes dans le même bassin, sur la même ressource. Pourquoi notre Mairie est-elle laissée à l’abandon ? », s’interroge Émérick Cédric Maka Tongo, Maire de la Commune de Mounana.
Face à cette situation, le Conseil municipal a adopté une résolution réclamant l’application effective des 20 % de la redevance minière ainsi que la création d’un Fonds spécial « Commune Post-Minière » destiné à réhabiliter le siège de la mairie et à relancer les services essentiels.
Le défi posé dépasse désormais le seul état d’un bâtiment administratif : il interroge la capacité des richesses extraites du sous-sol à améliorer concrètement la vie des territoires qui les produisent. Si Mounana contribue désormais, aux côtés de Moanda, à l’exploitation du manganèse, les populations attendent que cette nouvelle dynamique minière se traduise enfin par des retombées visibles pour la commune.

La véritable richesse d’un territoire ne se mesure pas seulement à ce qui sort de son sous-sol, mais aussi à ce qui revient à ceux qui y vivent. Aujourd’hui, à Mounana, c’est cette équation que les élus demandent enfin de résoudre.
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