Le forcing référendaire de l’actuel chef de l’Etat ravive les vieux démons de l’autocratie en République Démocratique du Congo, au prix d’un reniement des combats historiques de son géniteur, Étienne Tshisekedi.
Le projet de révision constitutionnelle en République Démocratique du Congo, visant à accorder un troisième mandat au chef de l’Etat Félix Tshisekedi, menace de rompre l’héritage démocratique du pays et de provoquer une instabilité politique majeure. En s’engageant sur la voie d’un possible glissement autoritaire, le président actuel s’éloigne de l’idéal de son père, Étienne Tshisekedi, au risque de sceller sa propre fin politique.
Le scénario, tristement classique sur la scène politique africaine, se répète à Kinshasa. En initiant une réforme constitutionnelle profonde via l’adoption récente d’un projet de loi référendaire par le Parlement, Félix Tshisekedi s’engage sur une voie dangereuse.
Officiellement, les partisans du pouvoir justifient cette réécriture pour « adapter les institutions aux réalités congolaises » et corriger un texte hérité des accords de paix d’après-guerre.
Officieusement, pour les observateurs avisés, cette manœuvre vise à faire sauter le verrou de l’article limitant le nombre de mandats, afin de lui offrir un troisième au-delà de l’horizon 2028.
L’argument de la « poursuite des chantiers en cours » trahit une faiblesse conceptuelle majeure. Prétendre qu’un chef d’État doit s’éterniser pour achever ses projets revient à acter l’échec de la construction d’institutions solides et impersonnelles.
Porté par une cour de thuriféraires soucieux de préserver leurs prébendes, le successeur de Joseph Kabila succombe, à son tour, à l’ivresse du pouvoir, confondant son destin personnel avec l’existence même de la nation.
La mémoire d’Etienne Tshisekedi trahie par son fils
Le paradoxe est d’une ironie tragique. Félix Tshisekedi est le fils biologique et politique d’Etienne Tshisekedi, figure légendaire de l’opposition congolaise, qui a consacré sa vie entière à combattre la dictature de Mobutu et les dérives autoritaires des Kabila. L’héritier de cette lutte historique, que l’on espérait voir consolider l’Etat de droit, choisit pourtant de briser le consensus démocratique.
Sous le vernis du dialogue et de la modernité, émerge une gouvernance inflexible, prête à dévorer les acquis de l’alternance pacifique de 2018. En ouvrant la boîte de Pandore d’une nouvelle Constitution, le pouvoir s’expose à un glissement sans fin : un troisième mandat en appellera un quatrième, jusqu’à la suppression pure et simple de toute limitation.
Une nation face au spectre de l’instabilité
Le Congo-Kinshasa pensait avoir terrassé le monstre des présidences à vie. Ce retour en arrière sonne comme un glas pour les aspirations du peuple congolais. Mais ce glissement autoritaire ne se fera pas sans heurts. L’opposition, bien qu’affaiblie, a scellé une union sacrée à travers la Coalition Article 64 (C64) menée par Martin Fayulu, tandis que la puissante Conférence épiscopale (CENCO) est entrée en rébellion ouverte contre ce projet.
Dans un pays déjà profondément meurtri par la crise sécuritaire persistante provoquée par le M23 dans l’Est, ainsi que des problèmes sanitaires liés à la résurgence récurrente des épidémies à virus Ebola, ce passage en force constitutionnel risque de fracturer définitivement le tissu social et de précipiter la fin politique de Félix Tshisekedi.
En écoutant les sirènes des flatteurs plutôt que la rue, le chef de l’Etat creuse la tombe de la jeune démocratie congolaise.
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