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Gabon : Pour la restauration des institutions, le Sénat à l’école de la performance

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Depuis le 20 mai, les membres de la Chambre haute participent à un séminaire intensif de mise à niveau initié par leur présidente, Huguette Yvonne Nyana-Ekoumé. Derrière cette session de formation, se joue un défi crucial : rompre avec le passé pour transformer une institution longtemps jugée protocolaire en un véritable contre-pouvoir technique.

L’image du parlementaire gabonais passif, se contentant de lever la main pour valider mécaniquement les projets de loi de l’exécutif, a-t-elle vécu ? C’est en tout cas le signal que tente d’envoyer la Chambre haute du Parlement. Depuis le 20 mai, le palais Omar Bongo Ondimba vibre au rythme d’un atelier intensif de renforcement des capacités. Initié par la présidente du Sénat, Huguette Yvonne Nyana-Ekoumé épouse Awori Onanga, ce rendez-vous rassemble élus et personnels administratifs autour d’un objectif clair : maîtriser l’ensemble des mécanismes juridiques et techniques qui régissent la vie parlementaire.

Pour cette institution clé, l’enjeu dépasse la simple mise à niveau technique. Alors que le Gabon s’efforce de consolider ses fondations démocratiques après son retour à l’ordre constitutionnel, la performance du Sénat est scrutée de près par une opinion publique devenue exigeante, connectée et intransigeante face au rendement des deniers publics.

La fin de l’amateurisme politique

Le constat de départ est lucide, bien qu’implicite : l’élection ou la nomination au Sénat ne confère pas magiquement la science infuse du droit constitutionnel ou de l’évaluation des politiques publiques. Dans son discours d’ouverture, la présidente de la Chambre haute a rappelé la nécessité absolue de doter les équipes des outils indispensables à l’exercice de leurs fonctions.

Procédures législatives complexes, architecture des commissions thématiques, navette parlementaire, contrôle budgétaire : le travail parlementaire moderne est un métier de haute technicité. En admettant à demi-mot que de nombreux sénateurs et agents administratifs découvrent encore les subtilités de la machine législative, Huguette Yvonne Nyana-Ekoumé pose le diagnostic d’une transition politique qui doit urgemment substituer la compétence à l’allégeance partisane.

Un aréopage d’experts pour une thérapie de choc

Pour administrer ce cours de rattrapage institutionnel, le Sénat n’a pas lésiné sur les moyens, s’appuyant sur l’expertise du cabinet Afrique Alternative Conseil. Le casting des formateurs dépêchés au chevet de la Chambre haute en dit long sur la rigueur recherchée. Parmi eux, le professeur Télesphore Ondo, figure respectée du droit public, l’ancien diplomate chevronné Jean Robert Goulongana, ainsi que les docteurs Marcelin Mve Ebang et Juldace Levassath.

Ces éminences ont pour mission de transmettre une double compétence : un savoir-faire purement technique sur la rédaction des amendements ou l’audition des ministres, mais aussi, et surtout, une véritable culture de l’éthique institutionnelle. Une denrée qui a trop souvent fait défaut dans le paysage politique national, longtemps habitué aux sessions parlementaires de pure forme.

 Gabon : Pour la restauration des institutions, le Sénat à l’école de la performance
Vue partielle des participants lors de l’atelier organisé dans la salle des plénières du Sénat.

L’obligation de résultat face au verdict citoyen

Au-delà de la théorie dispensée dans les salles de commission, c’est la refondation du pacte de confiance entre l’Etat et les citoyens qui se joue à Libreville et dans le reste des provinces. Dans un Gabon confronté à de lourds chantiers de développement économique, à l’urgence sociale et au désenclavement des territoires, le Sénat doit assumer son rôle constitutionnel de représentant des collectivités locales.

Les thèmes abordés (missions constitutionnelles, organisation du travail et interactivité avec l’exécutif) dessinent la feuille de route d’un Sénat qui se veut offensif. Les critères d’évaluation des Gabonais ont changé. Les représentants de la Nation ne seront plus jugés à l’aune de leur présence dans les cérémonies officielles ou de la grandiloquence de leurs discours d’apparat, mais bien sur leur capacité à produire des lois applicables, utiles et audacieuses.

L’atelier de formation qui s’achève pose les jalons d’une professionnalisation indispensable de la vie publique. La Présidente du Sénat a fourni les outils et convoqué la science, il appartient désormais aux sénateurs de prouver qu’ils ont les capacités et la volonté politique d’incarner ce nouveau visage du Gabon. Le temps du sursis est dépassé. Pour la Chambre haute, le véritable examen de passage commence dès le prochain projet de loi déposé sur son bureau.

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