Près de deux ans après les promesses de régularisation massive du gouvernement, le désenchantement gagne les rangs des enseignants des écoles catholiques, protestantes et musulmanes. Entre fiches bleues et carrières en suspens, le collectif dénonce une politique du « deux poids, deux mesures ».
Le bitume brûlant devant le ministère de la Fonction publique a servi de tribune, ce lundi, à une détresse qui ne se tait plus. Ils sont le pilier de l’éducation confessionnelle au Gabon, mais aux yeux de l’administration, ils restent des fantômes statutaires. Rassemblés en point de presse, ces enseignants stagiaires et détenteurs de « fiches bleues » ont crié leur indignation face à une intégration qui semble s’évaporer à mesure que les échéances passent.
Tout avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Le 30 août 2023, dans la foulée de la Transition, le président Brice Clotaire Oligui Nguema actait une mesure historique : l’attribution de 1 000 postes budgétaires pour le secteur confessionnel. Un souffle d’espoir pour des milliers de foyers.
Depuis, le mécanisme administratif s’est mis en branle, commissions de suivi, audit des dossiers, transmissions des fiches. Mais le calendrier annoncé, projetant une intégration définitive pour février 2026, passe mal. « Nous avons fait notre part, les dossiers sont à la Fonction publique, mais l’attente devient insupportable », martèle Duffy Minto’o Ella, porte-parole du collectif.
Le sentiment d’une justice à deux vitesses
Ce qui crispe davantage les esprits, c’est le sentiment d’être les « laissés-pour-compte » de la Transition. Pendant que les dossiers du confessionnel stagnent dans les méandres bureaucratiques, d’autres secteurs avancent. Le collectif pointe du doigt la régularisation rapide de certains bénévoles du secteur public et de nouveaux diplômés des écoles normales.
« Pourquoi eux et pas nous ? », s’interrogent les manifestants. Cette iniquité de traitement est vécue comme un affront par ceux qui maintiennent à flot l’enseignement privé d’intérêt général.
Quinze ans de service, zéro franc de solde
Derrière les chiffres se cachent des tragédies sociales. Certains enseignants présents lundi affirment servir l’Etat et la jeunesse gabonaise depuis plus de quinze ans, sans statut réel ni salaire fixe. Une précarité qui confine à l’absurde pour des cadres de la nation.
Le message envoyé aux autorités est clair : le temps de la patience est révolu. Le collectif exige une mise en solde immédiate et un alignement sur les autres corps de métier. Pour ces enseignants, le gouvernement de la Ve République doit désormais prouver que la «restauration des institutions » passe aussi par le respect de la dignité de ceux qui éduquent.
L’imbroglio des « 1000 postes »
Si le geste politique du gouvernement avait été salué, la mise en œuvre technique révèle un sérieux manque de fluidité entre le ministère de l’Education nationale et celui de la Fonction publique. Comment expliquer qu’à l’ère de la Ve République, des agents ayant franchi toutes les étapes de la commission de régularisation soient renvoyés à une échéance aussi lointaine que 2026 ?
Ce décalage entre l’annonce présidentielle et l’inertie bureaucratique pose question. En privilégiant les nouveaux diplômés ou certains bénévoles du public, l’Etat crée involontairement une hiérarchie de la précarité. Pour les enseignants du confessionnel, le sentiment d’être les « parents pauvres » du système éducatif n’a jamais été aussi vif. Le risque est clair : voir cette frustration se transformer en une paralysie des salles de classe.


