L’Ordre des médecins du Gabon s’est réuni en assemblée générale extraordinaire ce samedi 11 avril 2026 à Libreville. Au programme : la révision d’un cadre juridique vieux de 50 ans et l’adoption d’un nouveau code de déontologie pour adapter la profession aux enjeux actuels.
L’amphithéâtre Arambo a été le théâtre d’une rencontre axée sur les réformes. L’enjeu principal de cette rencontre portait sur la révision de l’ordonnance de juin 1975, texte fondateur de l’Ordre, aujourd’hui jugé obsolète face aux évolutions scientifiques et juridiques. « Nous voulons un exercice médical en phase avec les standards internationaux, tout en restant ancrés dans nos réalités locales », a plaidé Emmanuel Ogandaga, président de l’Ordre.

L’un des points culminants de la journée a été l’adoption du nouveau code de déontologie. Ce texte vise à mieux encadrer les pratiques et à prévenir les dérives professionnelles. Interrogé sur les questions de fin de vie, le président Ogandaga s’est montré ferme : « La vie est sacrée. Ce code fixe des règles claires là où certains textes africains restent muets. »
La question sensible des médecins étrangers
Le débat a également abordé l’exercice des praticiens expatriés, un sujet qui avait suscité des tensions en commission. Les dispositions ont finalement été validées, sous réserve de leur mise en conformité avec les directives de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC). « Ces directives sont supranationales. Le législateur nous aidera à intégrer ces normes régionales dans notre gestion des médecins étrangers », a précisé le président de l’Ordre.
Après le consensus obtenu lors de cette assemblée, les textes seront transmis au ministère de la Santé. Leur validation finale par les autorités gouvernementales est l’ultime étape avant une mise en application attendue par l’ensemble du corps médical gabonais.
Le « Grand écart » entre 1975 et 2026
L’ordonnance n°34/75, pilier de la médecine gabonaise depuis cinquante ans, est aujourd’hui perçue comme un frein. En 1975, la télémédecine, les biotechnologies ou même la densité médicale actuelle n’existaient pas. L’enjeu aujourd’hui est de moderniser ce texte, c’est aussi permettre une reconnaissance juridique des nouvelles spécialités et adapter la responsabilité civile des médecins aux standards de 2026. Il s’agit de passer d’un cadre post-colonial à un cadre souverain et technologique.
Le Dilemme éthique de la Fin de vie. Le président Emmanuel Ogandaga a soulevé un point crucial : le silence de certains codes africains sur l’euthanasie ou l’acharnement thérapeutique. Dans un contexte où les convictions religieuses et la sacralité de la vie occupent une place centrale au Gabon, le nouveau code de déontologie doit tracer une ligne rouge. Le texte adopté cherche l’équilibre : protéger la dignité du patient sans jamais franchir le pas de l’acte de donner la mort, clarifiant ainsi une « zone grise » juridique qui mettait souvent les praticiens en difficulté.
La question des médecins expatriés est souvent un sujet politique sensible. Cependant, le Gabon ne peut s’isoler. En alignant ses textes sur les directives de la CEEAC, le Gabon favorise la mobilité des compétences sous-régionales. Cela signifie que les diplômes et les autorisations d’exercer suivront désormais des critères harmonisés. L’objectif est double : combler les déserts médicaux en province grâce à une main-d’œuvre qualifiée étrangère, tout en garantissant un contrôle rigoureux de l’Ordre sur ces autorisations.


