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Entretien avec Ibrahim Tsendjet Mboulou : « Les consommateurs doivent passer du statut de consommateurs à celui de consomme-acteurs »

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À l’occasion de la Journée mondiale des droits des consommateurs, nous nous sommes entretenus avec Ibrahim Tsendjet Mboulou, président du Réseau pour la protection des consommateurs du Gabon (RPCG). Dans cet échange, il revient sur la cherté de la vie, les plaintes les plus fréquentes et les solutions envisagées pour améliorer la protection des citoyens.

Gabonclic.info : Ces dernières années, les prix des produits de première nécessité n’ont cessé d’augmenter. Quel regard portez-vous sur le coût de la vie actuel au Gabon ?

Ibrahim Tsendjet Mboulou : Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez de m’exprimer dans vos colonnes. Le coût de la vie au Gabon dépend de plusieurs facteurs, mais l’un des plus importants reste l’inflation. Nous sommes dans un contexte inflationniste, c’est-à-dire une situation où les prix des produits augmentent de manière récurrente.
Dans une telle période, les consommateurs doivent parfois adopter des stratégies pour réduire leurs dépenses. Par exemple, acheter en gros peut revenir moins cher que l’achat au détail. Lorsque les prix flambent, ces petits ajustements peuvent aider les ménages à mieux gérer leur budget.
Mais il faut aussi souligner que la cherté de la vie ne concerne pas uniquement les produits alimentaires. Plusieurs éléments entrent en jeu, notamment la concurrence déloyale, la spéculation et l’absence de régulation dans certains secteurs. Prenons le cas du transport urbain : aujourd’hui, le prix d’une course en taxi n’est pas toujours clairement encadré. Souvent, c’est le chauffeur qui fixe le tarif selon son appréciation. Le logement coûte également très cher. Tous ces éléments contribuent à rendre la vie difficile. C’est pourquoi nous plaidons pour la mise en place de mécanismes efficaces de contrôle et de régulation du marché, avec l’implication directe des associations de consommateurs.
Les consommateurs font face à plusieurs difficultés : prix élevés, produits périmés, absence d’affichage des tarifs ou pratiques frauduleuses. Quelles sont les plaintes les plus récurrentes que vous recevez ?
Au sein du Réseau pour la protection des consommateurs du Gabon, notre rôle principal est de sensibiliser. Nous ne réalisons pas de contrôles, car cette mission relève des services de l’État.
Ce que nous constatons, c’est que beaucoup de consommateurs restent encore passifs. C’est pourquoi nous encourageons les citoyens à devenir des « consomme-acteurs », c’est-à-dire des acteurs engagés dans la défense de leurs droits. En ce qui concerne les plaintes, les plus fréquentes concernent l’eau et l’électricité. Les coupures intempestives reviennent constamment dans les doléances. À cela s’ajoutent les griefs liés aux produits alimentaires de grande consommation, comme le riz ou les pâtes, souvent cités dans les débats sur la vie chère.
Justement, protéger le consommateur ne concerne pas uniquement l’alimentaire. Quel est votre regard sur les délestages et les pénuries d’eau qui affectent fortement la population ?
Les consommateurs restent vulnérables face à la puissance économique de certaines entreprises. C’est pourquoi il est primordial que les citoyens se regroupent au sein d’associations. Lorsqu’ils agissent de manière dispersée, leur voix est difficile à entendre. Rassemblés, ils peuvent mener des actions plus efficaces.
Cela dit, la responsabilité première de la protection incombe à l’État, qui doit veiller à la sécurité et au bien-être de tous. Les associations viennent simplement en appui pour relayer les préoccupations et proposer des solutions. Nous estimons d’ailleurs qu’il devrait exister des mécanismes permettant aux consommateurs d’être indemnisés dans ce type de situation.
Le mois dernier, le gouvernement a publié une nouvelle mercuriale visant à baisser les prix de certains produits de première nécessité. Pourtant, sur le terrain, cette mesure semble invisible. Quel constat faites-vous ?
Effectivement, nous faisons le même constat. La mercuriale a été adoptée, mais elle n’est pas encore appliquée dans de nombreux commerces. Après la Journée mondiale des droits des consommateurs, nous comptons lancer des campagnes de sensibilisation en collaboration avec les services de l’État pour mieux la faire connaître.
Dans un premier temps, il s’agira de vulgariser les nouvelles dispositions. Ensuite, les services compétents devront procéder à des contrôles et appliquer des sanctions en cas de non-respect. Il est crucial que les populations s’approprient cette mesure. L’État consent un effort en réduisant certaines charges fiscales pour alléger les prix, mais si les commerçants ne répercutent pas ces baisses, ce sont les consommateurs qui continuent d’en pâtir.

On constate parfois des différences de prix pour un même produit d’un magasin à l’autre. Comment expliquez-vous cela ?

La variation des prix peut s’expliquer par la libre concurrence, et dans certains cas, cela peut même être bénéfique. Si les prix étaient identiques partout, cela pourrait indiquer une entente entre opérateurs économiques, ce qui est interdit par la loi.
Cependant, lorsque les prix sont homologués (comme pour l’huile), les commerçants doivent impérativement respecter les tarifs fixés. Tout dépassement est une infraction qui doit être signalée. Nous encourageons vivement les consommateurs à comparer les prix avant d’acheter.

Les autorités ont annoncé la mise en place d’une centrale d’achat. Cette initiative peut-elle réellement soulager les ménages ?

C’est une initiative intéressante car elle vise à soutenir le pouvoir d’achat. Cependant, il ne faut pas oublier que le Gabon dépend des importations à près de 80 %. Cette dépendance crée des défis logistiques. Par exemple, des conteneurs peuvent rester bloqués plusieurs semaines dans des ports comme celui de Pointe-Noire. Si une centrale d’achat rencontre ce type de problème, cela peut provoquer des pénuries et une nouvelle flambée des prix. Il est donc impératif que ce dispositif associe plusieurs acteurs économiques pour limiter les risques.

Etes-vous associés aux réflexions sur l’amélioration des conditions de vie des consommateurs ?

Nous participons à certaines réunions et apportons nos contributions. Toutefois, les associations manquent souvent de moyens. Dans d’autres pays, les pouvoirs publics soutiennent davantage ces organisations. En Tunisie, par exemple, l’État a mis un immeuble à disposition d’une association et affecté des agents pour traiter les réclamations. Au Gabon, nous ne demandons pas forcément des financements massifs, mais un appui institutionnel pour mieux travailler sur le terrain.

Pour conclure, quel message adressez-vous aux consommateurs qui se sentent lésés ?

Un consommateur lésé ne doit pas rester silencieux. Il existe des structures vers lesquelles se tourner : la direction chargée de la protection des consommateurs au ministère de l’Économie, ou encore les institutions intervenant dans les domaines sanitaire et alimentaire. Les consommateurs peuvent également se rapprocher de notre réseau pour être orientés et accompagnés dans leurs démarches.

Propos recueillis par Darelle Mamba

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