0 CFA

Votre panier est vide.

31 C
Libreville
samedi, 21 février 2026
More

    [Tribune Libre] Le péril numérique : quand la case du voisin brûle

    Écouter cet article

    Suite à la décision de la Haute autorité de la communication (HAC) de suspendre les réseaux sociaux au Gabon le 17 février 2026, Nadia Christelle Koye, sénatrice de Mulundu, livre son analyse dans nos colonnes. Elle y dénonce la dangerosité d’outils ayant longtemps bénéficié d’une trop grande impunité, au point de détruire des carrières et d’entacher l’honneur de citoyens. Pour l’élue, cette mesure de régulation est un acte de justice nécessaire pour « remettre les pendules à l’heure. »

    Une sagesse Nzebi enseigne que lorsque tu vois la case de ton voisin brûler, tu dois l’aider à éteindre le feu avant que les flammes ne se propagent chez toi. Cet aphorisme traduit l’impérieuse nécessité de résorber les dérives numériques avant qu’elles ne consument notre « vivre-ensemble » et notre cohésion sociale.

    Depuis longtemps, des voix s’élèvent pour dénoncer l’absence de contrôle, de régulation et de responsabilisation dans l’usage des réseaux sociaux. Ces interpellations se sont butées au mutisme coupable des autorités compétentes. Elles se sont heurtées au silence hypocrite d’une opinion insensible aux cris de détresse, au désespoir et à la honte des personnes jetées en pâture à un tribunal numérique sans règles. Ce tribunal condamne à la mort sociale et professionnelle des citoyens impuissants face à la dictature des « J’aime ».

    Entre opportunité économique et déni de dignité

    Attention, il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’utilisation saine des réseaux sociaux, qui permettent à des milliers de personnes d’exercer des activités professionnelles lucratives. Il ne s’agit pas d’occulter le fait que ces plateformes sont devenues un substrat indéniable de la sociabilité des Gabonais, ni de méconnaître l’incidence économique majeure de l’économie numérique.

    Mais il ne s’agit pas non plus de disculper les méfaits des violences virtuelles. Ces violences sont quotidiennes, évidentes, dégradantes et parfois même meurtrières. Elles troublent l’ordre public et violent la Loi fondamentale, notamment son article 1er, alinéa 1, qui dispose que : « chaque citoyen a le droit au libre développement de sa personnalité, au respect de sa dignité […] Toutes formes de torture, de peine ou de traitement cruel, inhumain ou dégradant sont interdites ».

    Pourtant, ces traitements dégradants sont perpétrés chaque jour dans une indifférence totale. C’est devenu un spectacle gratuit auquel beaucoup participent avec délectation à coups de « likes » et de partages. Un spectacle qui expose les institutions de la République, fragilise l’autorité de l’État et inflige des sévices moraux aux notables, aux familles et aux enfants. Tout cela au mépris de nos valeurs, sous le couvert d’une liberté d’expression devenue l’alibi de la barbarie numérique.

    Le rappel à l’ordre, la fin de l’impunité

    Alors oui, la décision de la Haute Autorité de la Communication (HAC) est venue siffler la fin d’un jeu sans règles. Un jeu dangereux où l’espace public s’élargit au-delà de nos frontières sans aucune responsabilité. Un jeu où la quête de reconnaissance médiatique justifie la diffusion d’informations erronées. Un jeu, enfin, où les auteurs de crimes et délits numériques pensaient échapper à toute sanction pénale.

    Cette décision peut paraître douloureuse par sa forme ou sa brutalité, mais elle a vocation à rétablir l’ordre public. Elle permet à la puissance publique de reprendre le contrôle de cette jungle afin de respecter l’article 1er, alinéa 14 de la Constitution, qui prévoit que « la loi encadre l’usage de l’informatique […] pour sauvegarder l’humanité, l’intimité personnelle des personnes ainsi que le plein exercice de leurs droits ».

    En conséquence, il est impératif d’agir vite pour réguler, contrôler et protéger les citoyens ainsi que l’État contre les dérives numériques et la manipulation hostile de notre espace informationnel.

    Nadia Christelle Koye, Sénateur du département de Mulundu (Ogooué-Lolo)

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici
    Captcha verification failed!
    Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

    Vous pourriez aussi aimer

    Dernières nouvelles

    Gabon : Le grand retour du National-Foot

    CECA-GADIS