Le bras de fer entre le gouvernement et le terrain a tourné à l’avantage de la base ce lundi 19 janvier. Malgré l’offensive médiatique du ministère et les appels à la reprise lancés par certains leaders syndicaux, les établissements scolaires sont restés déserts, confirmant la force d’une solidarité enseignante qui semble désormais échapper à tout contrôle.
Le silence des cours de récréation et les salles de classe vides ont apporté un démenti cinglant aux prévisions gouvernementales. Dans la plupart des établissements, seuls quelques rares élèves ont fait le déplacement, tandis que le corps enseignant brillait par son absence. Ce constat sans appel marque ce que les observateurs qualifient déjà d’échec patent pour la tutelle, incapable de briser une cohésion qui outrepasse désormais les consignes officielles de certains états-majors syndicaux.
Cette paralysie était pourtant prévisible après la démonstration de force orchestrée le samedi 17 janvier lors de la grande assemblée générale d’Awendje. Ce jour-là, une mobilisation massive des enseignants avait scellé le sort de la reprise. Le rassemblement avait pris une dimension symbolique avec la présence de leaders de renom, Marcel Libama et Simon Edzo, venus prêter main-forte à la base. À l’issue des débats, le verdict est tombé, sans appel : maintien du mouvement de grève. Cette décision a été prise en dépit des appels à l’apaisement lancés par le gouvernement, certains syndicats et les leaders de SOS Éducation ayant participé aux négociations d’Alibandeng, lesquelles avaient pourtant débouché sur des engagements étatiques.
Entre communication offensive et soupçons d’intimidation
Face à cette fronde, la riposte du ministère s’est organisée dès le dimanche 18 janvier à travers une offensive communicationnelle musclée. La ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, après une concertation avec les associations de parents d’élèves, a affirmé sur ses réseaux sociaux que ses hôtes étaient tous unanimes pour que les cours reprennent ce lundi 19 janvier, avant d’exhorter elle-même les troupes à regagner les écoles. Ce discours s’est accompagné d’une note beaucoup plus ferme du Secrétariat général du ministère, demandant aux parents d’accompagner leurs enfants et enjoignant aux inspecteurs de veiller à ce que la reprise soit bel et bien effective.
Cette stratégie de la fermeté est vivement critiquée par les acteurs de terrain qui y voient une forme d’intimidation maladroite. Un leader syndical, que nous avons pu joindre par téléphone, ne cache pas son indignation face à ces méthodes. « Cette initiative est bien maladroite », affirme-t-il, avant de poursuivre que « le ministère appelle à la reprise des cours alors qu’il n’est pas à l’origine de leur arrêt ». Pour lui, « la logique voudrait que ce soit les enseignants ayant lancé le mouvement de grève qui appellent à sa levée ou sa suspension » et il conclut en demandant « pourquoi alors procéder par des intimidations si cette reprise est actée par tous ? ».
Le principe de précaution des parents face au désert scolaire
Sur le terrain, la prudence l’a emporté chez les familles. De nombreux parents ont préféré garder leurs enfants à domicile, craignant pour leur sécurité. Un parent d’élève dont le fils est en cycle primaire justifie ce choix avec pragmatisme. « C’est surtout pour des raisons de sécurité », confie-t-il. « Mon fils est à l’école primaire et si les enseignants ne sont pas là, ce n’est pas prudent de l’envoyer car à son âge, ça joue beaucoup et sans surveillance un accident est très vite arrivé », explique-t-il. Avant de trancher : « tant que les enseignants n’annonceront pas leur retour dans les salles de classe, je préfère le garder à la maison ».
Une « reprise progressive » aux airs de mise en scène
Pour tenter de sauver les apparences, le ministère a diffusé dans la matinée des images censées illustrer une reprise progressive dans certains établissements. Cependant, ces clichés ont rapidement été dénoncés sur les réseaux sociaux. De nombreux parents d’élèves ont fustigé une « communication scénarisée », affirmant que ces photos ne correspondaient nullement à la réalité observée dans les écoles ce lundi.
En s’enfermant dans une communication de façade face à une solidarité inébranlable, le gouvernement semble avoir perdu le contact avec la réalité des établissements. Aujourd’hui, l’intimidation a montré ses limites ; seule la satisfaction réelle des revendications pourra désormais débloquer les verrous des salles de classe.
