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[EDITORIAL] Transformation locale du manganèse : le grand défi

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Le 20 juillet, les parties gabonaise et française ont signé un protocole d’accord portant sur la transformation locale du manganèse à l’horizon 2031. En soi, la nouvelle n’a rien de mauvais. Bien au contraire. Elle ouvre une perspective industrielle que le Gabon réclame depuis longtemps. Mais derrière cet accord se profile un défi autrement plus grand : celui de notre capacité à gérer intelligemment nos ressources et à transformer la richesse en développement.

Car la France vient, d’une certaine manière, de lancer un défi au Gabon. Elle nous renvoie à nos propres responsabilités : saurons-nous bien gérer les revenus que nous tirerons de nos ressources ? Saurons-nous investir dans l’énergie, les infrastructures, la formation et l’industrie ? Car une chose est d’avoir beaucoup d’argent, une autre est d’être capable de l’utiliser efficacement au service du développement et du bien-être collectif.

Il faut le dire sans détour : la France n’est pas responsable de la misère du Gabon. Depuis des décennies, certains ont fait de cette accusation une confortable échappatoire pour justifier nos propres insuffisances. Jusqu’à preuve du contraire, personne ne nous a jamais montré quel officiel de l’Élysée aurait ordonné à un ministre ou à un directeur général gabonais de détourner l’argent public destiné aux investissements collectifs. Quel responsable français aurait demandé à un maire gabonais de ne pas organiser correctement le ramassage des ordures ? Quel officiel français aurait exigé de nos magistrats qu’ils soient « dépendants, corrompus » ? Chaque pays défend ses intérêts. La France défend les siens. À nous de défendre les nôtres.

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Après 66 ans d’indépendance, continuer à faire de la France l’explication permanente de nos échecs relève d’un raccourci de mauvais goût. La France s’est développée en pensant d’abord à elle-même. Elle a bâti une puissance économique, diplomatique, militaire, culturelle et technologique qui lui confère un rayonnement mondial. Elle n’a pas confié son développement à des étrangers qu’elle aurait jugés plus compétents qu’elle-même.

La pauvreté du Gabon est d’abord liée à nos propres faiblesses structurelles, à nos choix et à notre incapacité, jusqu’ici, à transformer durablement nos immenses ressources en prospérité partagée. Accuser éternellement la France ne changera rien à cette réalité.

Le protocole d’accord du 20 juillet nous impose donc une exigence : démontrer que nous sommes capables de nous assumer. Capables de réussir la transformation locale du manganèse. Capables de développer notre production énergétique. Capables de former les compétences dont notre industrie a besoin. Et surtout, capables de redistribuer équitablement les fruits de la croissance.

Car le développement ne peut être la confiscation de 99 % des richesses par 1% de privilégiés, pendant que 99% de la population végète dans la précarité la plus abjecte. Le véritable défi n’est donc plus de savoir qui accuser. Il est de savoir ce que nous allons enfin faire de ce que nous avons.

Agnès Laplumarcerbe (envoyée spéciale à Paris)

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