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Gabon : Scandale foncier dans le Grand Libreville, quand les barons de l’impunité défient l’État de droit

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Alors que le sommet de l’État affiche sa volonté de régulariser la propriété populaire, une faune d’opérateurs véreux, dopés aux relents de l’ancien régime, continue de piller les terres des citoyens ordinaires. Plongée au cœur d’un système d’extorsion qui refuse de mourir.

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Le contraste est aussi saisissant que révoltant. Le jeudi 22 octobre 2026, sous les projecteurs du stade de Nzeng-Ayong à Libreville, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, actait ce qui devait être un tournant historique : le lancement de la distribution massive de 16 000 titres fonciers. Une promesse de dignité, de justice sociale et de sécurisation pour des milliers de Gabonais, trop longtemps laissés à la merci du vide juridique. Mais pendant que la République célèbre sa refondation en fanfare, dans l’ombre des périphéries de la capitale, une tout autre réalité se joue. Celle, féroce et impunie, de prédateurs fonciers qui continuent de se croire au-dessus des lois, forts de complicités d’un autre temps.

Le spectre du « Bongolisme » et les réseaux de l’ombre

Trois ans après la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, les vieux démons de la spoliation ont la peau dure. Le système féodal qui a gangrené le Gabon pendant un demi-siècle a laissé derrière lui une fâcheuse traîne de nostalgiques. Des individus habitués à substituer la force ouverte au droit, et le passe-droit tribal aux procédures réglementaires.

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À Okolassi, à Ntoum Rail, ou encore au Cap Estérias, ces flibustiers de l’immobilier naviguent à contre-courant de l’histoire. Ils s’appuient sur des réseaux ethno-régionalistes pour orchestrer un véritable hold-up foncier, au mépris le plus total de la politique de restauration des institutions.

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Le modus operandi est rodé : munis de documents administratifs à la légalité plus que douteuse, voire de titres fonciers de complaisance fabriqués dans les arrière-boutiques de ministères complices, ces opérateurs foncent sur les parcelles viabilisées par de modestes citoyens. Ils ne cherchent pas à bâtir, ils cherchent à s’accaparer le fruit du sang et de la sueur de compatriotes sans défense. Personne n’a jamais vu le moindre bâtiment sorti de terre par la SCI KOUBSON.CL. L’objectif n’a jamais été le développement urbain, mais la pure spéculation foncière. Une fois indûment arrachés, ces terrains sont morcelés et revendus portion par portion à des ressortissants étrangers. Un business cynique qui s’opère au détriment direct des familles gabonaises, brutalement dépouillées et condamnées à se retrouver, du jour au lendemain, sans le moindre toit sur leur propre sol natal.

L’affaire Koubissantari : anatomie d’un saccage impuni

Le cas d’Okolassi est, à ce titre, un cas d’école de l’arrogance criminelle qui persiste dans nos provinces. Un nom y résonne comme un synonyme de terreur foncière : Sylvain Koubissantari. Cet opérateur, visiblement imperméable aux notions de justice et d’ordre public, s’est mis en tête de faire main basse sur des pans entiers de la région.

Sa dernière victime en date ? Michel Mouléka, un Gabonais de souche dont le seul tort aura été de croire que le travail de la terre protégeait son investissement. Pendant des années, au prix de sacrifices financiers colossaux, M. Mouléka a valorisé sa parcelle. Bananiers, orangers, palmiers à huile : une exploitation agricole florissante qui répondait pourtant point par point à l’ambition d’autosuffisance alimentaire prônée par les plus hautes autorités de l’Etat.

Tout cela a été balayé en un instant. Sous la furia destructrice des engins de Sylvain Koubissantari, le domaine a été littéralement mis à sac. Des arbres fruitiers arrachés, des années de labeur piétinées, et une famille brutalement chassée de ce qui devait être le havre de sa progéniture. Un vandalisme économique commis au grand jour, sans le moindre égard pour les règles de voisinage ni pour la dignité humaine.

Un opérateur au-dessus des lois ?

Malgré la détresse des sinistrés, aucune négociation ni aucune procédure de dédommagement n’ont été engagées par cet opérateur immobilier. Ce dernier semble ignorer délibérément les dispositions légales et étatiques qui encadrent le domaine foncier. Fort du soutien de l’ombre d’anciens « barons » de l’ancien régime, le promoteur multiplie les opérations de force.

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Sa dernière action a conduit au déguerpissement brutal de citoyens, jetés à la rue du jour au lendemain avec leurs familles nombreuses, après avoir travaillé des décennies durant pour bâtir leur vie. Face à de telles méthodes, une question s’impose : est-ce là la réelle signification de la promesse de « redonner aux Gabonais leur dignité » ?

Un titre foncier « magique » et l’éternel parapluie politique

Pour justifier ce gangstérisme, l’opérateur brandit sempiternellement un mystérieux et unique document. Un Titre foncier « omniprésent », véritable sésame géographique qui, par un miracle de l’ingénierie administrative, semble couvrir aussi bien Okolassi que Ntoum Rail ou les plages du Cap. Comment un seul et même Titre foncier peut-il avoir des frontières aussi élastiques si ce n’est par la magie de la corruption ?

Chacun sait pourtant qu’une expulsion ou une occupation de terrain exige des enquêtes préalables, des constats d’huissier et des décisions de justice en bonne et due forme. Mais M. Koubissantari n’a que faire des codes juridiques. La raison de cette assurance insolente ? L’invocation systématique d’un parapluie politique d’un autre âge. Dans la zone, le prédateur n’hésite pas à faire planer l’ombre de Patience Dabany, dont le nom est utilisé comme une arme d’intimidation massive pour faire reculer les forces de l’ordre et les autorités locales.

Le Gouvernement au pied du mur

Cette affaire pose une question fondamentale : qui dirige réellement le Gabon profond ? Est-ce l’Etat et ses réformes salvatrices, ou les reliquats d’une oligarchie déchue qui refuse de lâcher prise ? On ne peut pas, d’un côté, distribuer des milliers de titres fonciers à Nzeng-Ayong pour rassurer la population, et de l’autre, laisser des électrons libres piller les plantations et les terres d’Okolassi en se réclamant de l’ancienne famille régnante.

Si l’impunité de Sylvain Koubissantari et de ses semblables persiste, c’est tout le discours du Gouvernement sur la justice sociale qui risque de se fracasser sur l’autel du scepticisme populaire. L’appareil judiciaire et le ministère de l’Habitat doivent d’urgence se saisir de ce dossier. Il en va de la crédibilité de l’État.

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