Réunis à Libreville du 21 au 23 septembre, les experts de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) ont planché sur la création d’une plateforme unique de centralisation des données énergétiques. Ce projet stratégique, assorti d’une feuille de route rigoureuse, sera soumis à l’arbitrage des ministres de l’Énergie ce 25 septembre à la Cité de la Démocratie.
C’est un chantier invisible mais crucial pour l’avenir économique de la sous-région qui s’est joué dans les salons de l’Hôtel Boulevard d’Acaé, à Libreville. Durant trois jours, les experts de la Cémac ont disséqué le projet de règlement portant création du Système d’information énergétique (SIE) communautaire. L’enjeu est de taille : transformer un paysage statistique fragmenté en un outil de pilotage moderne et unifié.
Un diagnostic sans concession : les failles du modèle actuel
Malgré le potentiel immense de la zone Cémac, la gouvernance énergétique se heurte encore trop souvent à l’opacité et au cloisonnement. Lors des débats, les techniciens ont pointé du doigt les maux qui paralysent la planification : un manque chronique d’harmonisation des données, la rareté des enquêtes de terrain et, de manière plus globale, une faiblesse structurelle des moyens financiers et humains.
Pour briser ce plafond de verre, le comité d’experts appelle à un sursaut politique. Les États membres sont fermement invités à sanctuariser des budgets réguliers au profit de leurs cellules nationales du SIE. Cela passe par le déploiement d’un personnel qualifié et permanent, mais aussi par la mobilisation active de financements capables de porter les futurs plans d’action quinquennaux. Parallèlement, un renforcement du cadre juridique et institutionnel s’impose pour pérenniser la gestion de ces données.
L’impératif de durabilité : le rôle pivot de la Cémac
Face à ces défis, la Commission de la Cémac devra se positionner en véritable chef d’orchestre. Sa mission ? Accompagner les administrations nationales à travers des programmes de formation continue et le renforcement des compétences des points focaux. Une dynamique collective est recherchée, les experts suggérant notamment que chaque pays accueille, à tour de rôle, les futurs ateliers communautaires.
Nicolas Beyeme Nguema, commissaire à la Cémac, a rappelé le cap fixé : ces assises doivent impérativement déboucher sur une gouvernance sectorielle optimisée, adossée à des indicateurs « fiables, réguliers, harmonisés et accessibles ». Le message est clair : les textes juridiques, aussi parfaits soient-ils sur le papier, resteront lettre morte si les États ne garantissent pas des moyens logistiques et financiers pérennes sur le terrain.
Planifier l’avenir : de la collecte de données à l’aide à la décision
Pour comprendre l’impact concret de cette réforme, il faut se tourner vers les utilisateurs finaux. Selon Armand-Colyn Abessolo Nkwele, directeur central des statistiques et des études au ministère gabonais de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, le futur SIE sera le thermomètre de la transition régionale. Il permettra de cartographier avec précision la production, les flux de consommation, les grilles tarifaires et l’efficacité énergétique globale.
Au-delà des grands agrégats macroéconomiques, cet outil descendra au plus près des réalités économiques. Il offrira une radiographie fine des besoins réels des ménages, des administrations publiques, des commerces, mais aussi des secteurs clés comme l’agriculture et l’industrie. À terme, ce réseau interconnecté ambitionne de devenir la boussole des gouvernements, facilitant des prises de décisions éclairées et une planification énergétique cohérente à l’échelle de toute l’Afrique centrale.
