Un Conseil des ministres engage l’État, des carrières, des fonctions et parfois l’équilibre de familles entières. Après la session du vendredi 18 septembre 2026 à Port-Gentil, le retard du communiqué final, suivi d’un erratum sur les mesures individuelles, pose une question : comment une décision prise au sommet de l’État peut-elle encore donner l’impression d’être improvisée au moment de sa publication ?
Le rituel est familier. Le Conseil des ministres se réunit entre 10 et 11 heures. Puis plus rien, pendant des heures. Le communiqué final, lorsqu’il n’est pas lu tard dans la nuit, tombe au petit matin. Pourquoi ce décalage entre la tenue du Conseil et la publication de ses décisions ? Rien, sur le plan administratif, ne l’impose. Mais ce silence prolongé nourrit, dans l’imaginaire collectif gabonais, où les croyances aux forces nocturnes restent vivaces, l’idée que la nuit porte conseil autrement : qu’elle efface des noms, réécrit des arbitrages, rebat les cartes. Une administration sérieuse ne peut laisser prospérer ce doute.
L’erratum du lundi
Ce vendredi 18 septembre 2026, le Conseil des ministres s’est tenu à Port-Gentil. Communiqué lu, nominations annoncées, dossier classé. Puis, dans L’Union du lundi 21 septembre, la surprise : un erratum. « Des erreurs matérielles et une omission s’étant glissées dans la rubrique relative aux mesures individuelles, il convient d’apporter les rectifications suivantes. » Suit une liste qui donne le vertige : un chargé de mission tout simplement oublié au ministère de l’Intérieur, un préfet dont le département a été confondu avec un autre, une directrice des affaires étrangères dont la fonction exacte a été mal définie, une conseillère nommée « en remplacement » de la même personne deux fois de suite avec deux intitulés différents, une nomination « portée en double », et pire : une nomination purement et simplement « déclarée nulle et non avenue ». Une femme nommée directrice du contentieux fiscal et douanier le vendredi n’était, en réalité, jamais nommée.
Des vies bousculées
Derrière ces lignes administratives se cachent des vies bousculées. Celui qui, épuisé d’avoir guetté en vain le communiqué jusqu’à minuit, se couche et part travailler comme d’habitude, découvre à son bureau qu’il a été démis de ses fonctions, ou muté sans préavis. Le choc est brutal : apprendre son propre sort par la rumeur du couloir. Il y a aussi celui dont le nom n’a pas été entendu le vendredi, qui se rend normalement à son poste le lundi, et c’est un collègue, plus attentif à la lecture de L’Union, qui lui révèle sa nomination. Les noms tronqués sèment un doute plus insidieux : suis-je vraiment concerné, ou est-ce un homonyme ? Le cas le plus cruel reste celui de la nomination annoncée puis annulée. Le nommé du vendredi réunit famille et amis pour la fête traditionnelle qui accompagne toute promotion au Gabon, reçoit les félicitations le lundi matin, pour apprendre, quelques minutes plus tard, que ce n’était pas lui. Une humiliation publique qu’aucun erratum ne répare.
Une chaîne institutionnelle en question
Ces dysfonctionnements interrogent une chaîne institutionnelle pourtant bien huilée sur le papier. En amont, le Conseil interministériel est censé assurer la maturation et l’arbitrage des dossiers. Puis le Secrétariat général du Gouvernement, dirigé par Abdu Razzaq Guy Kambogo, prépare l’ordre du jour, vérifie la régularité juridique des textes, centralise les dossiers de nominations, assiste au Conseil avec voix consultative, et assure ensuite la formalisation et la sécurisation juridique des décisions, en lien avec la Direction de la Communication Gouvernementale pour la production du communiqué. Sur le papier, tout est verrouillé. Dans les faits, les erreurs s’accumulent d’un Conseil à l’autre. Le problème n’est donc pas seulement individuel : il est structurel. Si le travail interministériel en amont était réellement abouti, le communiqué final ne devrait être qu’une formalité de publication, pas un brouillon corrigé sous nos yeux trois jours plus tard.
La restauration commence par la méthode
Le Gabon ne peut vouloir une administration moderne tout en donnant le sentiment que ses décisions majeures sont fabriquées dans l’urgence. Le 18 septembre, le Chef de l’État a insisté sur des projets réalistes, des calendriers précis, des responsables identifiés et des indicateurs de résultats. Cette même exigence doit s’appliquer à la décision.
Dossiers mûris en Conseil interministériel, informations consolidées au SGG, décisions formalisées et communiqué contrôlé avant publication : tels sont les garde-fous. Un État fort n’est pas seulement celui qui décide vite ; c’est celui qui décide juste, écrit juste et informe juste.
Car un Conseil des ministres n’est pas un exercice de communication improvisée. C’est l’acte par lequel l’État dit qui exerce l’autorité en son nom. Il exige donc rigueur et respect, autant pour les personnes nommées que pour les citoyens qui en prennent connaissance.
Que le Conseil interministériel ficelle mieux ses dossiers, que le Secrétariat général du Gouvernement resserre la coordination jusqu’à la publication du communiqué : alors l’erratum redeviendra ce qu’il devrait toujours être : l’exception, et non la règle.
