Et si la véritable richesse d’un pays se mesurait aussi à la probité de ses citoyens ? Au Japon, un portefeuille perdu peut retrouver son propriétaire, un téléphone oublié peut attendre son retour et un objet abandonné n’est pas forcément considéré comme une aubaine. Une leçon dont le Gabon gagnerait à s’inspirer.
Une expérience rapportée dans le document de référence illustre cette singularité. Des papiers d’identité accompagnés d’argent liquide sont déposés au sol. Cinq minutes plus tard, une passante les remarque et les conduit au commissariat. Le portefeuille est finalement restitué, avec les 28 euros qu’il contenait.
Le plus remarquable reste l’organisation qui entoure les objets trouvés. Ils sont pris en charge par la police, enregistrés et rapprochés des déclarations de perte. L’Agence nationale de police japonaise précise qu’ils sont conservés pendant trois mois.
Mais derrière cette logistique, il y a surtout un réflexe : ce qui appartient à l’autre ne devient pas à soi simplement parce qu’on l’a trouvé.
L’honnêteté ne tombe pas du ciel, elle s’apprend
C’est là que se trouve la véritable leçon japonaise. La probité commence dans la famille, à l’école et dans les gestes ordinaires de la vie collective.
Au Japon, l’éducation morale fait partie de la conception de l’éducation. Le ministère japonais de l’Éducation souligne qu’elle doit traverser la vie scolaire et développer le respect des autres, le sens des responsabilités, la solidarité et le respect du bien public.
L’enfant apprend ainsi à respecter les règles, prendre soin des espaces communs, reconnaître son erreur et distinguer ce qui est à soi de ce qui appartient aux autres. À force d’être répétés, ces comportements deviennent des habitudes, puis des normes sociales.
Il serait excessif de présenter le Japon comme une société sans vols ni infractions. Aucun pays ne l’est. Mais son système de gestion des objets trouvés, associé à une éducation civique structurée, montre qu’une société peut favoriser confiance et responsabilité.
Et si le Gabon prenait, lui aussi, le chemin de la probité ?
Le Gabon n’a pas besoin de copier le Japon. Il peut s’en inspirer. Car la lutte contre la corruption ne commence pas uniquement dans les administrations ou les tribunaux. Elle commence dans les consciences.
Il faudrait renforcer l’éducation familiale : apprendre à l’enfant qu’un objet trouvé doit être rendu, qu’un bien public n’est pas un bien sans propriétaire et qu’une petite tricherie n’est jamais anodine.
L’école pourrait aller plus loin dans l’éducation civique et morale, à travers des situations concrètes : objets trouvés, respect du matériel, protection des biens collectifs, refus de la triche, responsabilité et solidarité. Le principe japonais d’une éducation morale présente dans l’ensemble de la vie scolaire constitue une piste intéressante.
Enfin, cette exigence doit atteindre les adultes et les institutions. On ne peut demander à l’enfant de respecter le bien commun si l’adulte lui montre que la règle peut être contournée. Exemplarité des responsables publics, transparence dans la gestion des ressources, contrôle des fonds et sanction des détournements doivent accompagner l’éducation.
Car il existe un lien entre le petit portefeuille rendu dans la rue et les grandes affaires de corruption : que fait-on lorsque l’on peut prendre ce qui ne nous appartient pas ?
Le Japon apporte une réponse culturelle : on apprend d’abord à ne pas prendre. Pour le Gabon, la probité se prépare dans les familles, se consolide à l’école et se confirme dans les institutions.
