À quelques jours du Conseil des ministres délocalisé à Port-Gentil, le sénateur Georges Mpaga remet sur la place publique le dossier des projets financés sur l’enveloppe de 7 milliards de FCFA attribuée à la commune pendant la Transition. Le dossier est sérieux et appelle des réponses. Mais une question s’impose : pourquoi un sénateur, investi d’une mission de contrôle de l’action publique, choisit-il de porter une telle affaire principalement sur Facebook plutôt que de la transformer en démarche parlementaire ?
Dans une publication du 13 septembre 2026 intitulée « Reddition des projets inachevés de la Transition à Port-Gentil », Georges Mpaga, sénateur national élu d’Etimbouè, affirme avoir vérifié sur le terrain les travaux financés sur cette enveloppe destinée notamment au désenclavement des quartiers et à l’amélioration du cadre de vie.
Selon son état des lieux, six opérations avaient été programmées. L’axe tournant SEEG, derrière la station de pompage d’eau, dans le 3e arrondissement, réalisé par SOCO TP, serait livré. En revanche, la route Transfo-Mini Prix, la route Antenne Massuku-Boulangerie de l’Aéroport, ainsi que les axes Boulangerie Matanda-Nouveau Marché Moukala et Carrefour Camp Boiro-Nouveau Marché Moukala ne le seraient pas. Le sénateur ajoute la réfection du Lycée d’État, pour laquelle 3 milliards de FCFA auraient été décaissés, estimant qu’une telle enveloppe aurait pu permettre de construire trois grands lycées modernes.
Georges Mpaga en tire un constat sévère : cinq chantiers sur six resteraient inachevés, soit, selon son calcul, 80 %. Il demande notamment un audit physique et financier des 7 milliards, la mise en demeure des entreprises défaillantes et l’achèvement des axes non livrés. Son message est clair : les populations ne réclameraient pas de nouveaux milliards, mais l’achèvement des projets déjà financés et la reddition des comptes.
Mais où est passé le sénateur ?
Personne ne conteste les constats exposés par Georges Mpaga. Ils méritent d’être examinés. Mais précisément parce qu’il est sénateur, son intervention aurait pu aller plus loin. Il ne suffit pas de constater que les travaux ne sont pas achevés : il faut chercher pourquoi.
Les 7 milliards ont-ils été intégralement mis à la disposition des entreprises ? Comment les marchés ont-ils été attribués ? Y a-t-il eu appel d’offres ou un gré à gré ? Qui a arrêté les montants ? Les budgets ont-ils été établis par des experts techniques ou par des responsables politiques ? Les entreprises ont-elles reçu des avances ? Existe-t-il des pénalités contractuelles ? Qui doit répondre d’éventuels manquements ?
C’est ici que le statut de sénateur prend tout son sens. La Constitution de la Ve République renforce la mission de contrôle du Parlement sur l’Exécutif, et le chef de l’État a rappelé en juin 2026 que les parlementaires ont vocation à interpeller les ministres. Le Sénat est donc le cadre où les préoccupations du terrain peuvent devenir questions, demandes d’explications et mécanismes de contrôle.
Dès lors, lorsque le sénateur publie sur Facebook qu’une enveloppe de 7 milliards appelle une reddition des comptes, à qui s’adresse-t-il ? À ses abonnés ? À l’opinion ? Aux entreprises ? Aux institutions chargées de répondre ? Facebook peut alerter et informer. Mais Facebook n’est pas le Sénat.
Le plus utile serait que ce dossier quitte le registre de la publication pour entrer dans celui de l’action parlementaire : examiner les contrats, entendre les responsables, vérifier les chiffres et établir les responsabilités. Les populations d’Etimbouè et de l’Ogooué-Maritime n’ont pas élu un sénateur pour commenter leurs difficultés à leur place. Elles l’ont élu pour les porter dans l’institution, questionner les décideurs et contribuer à obtenir des réponses.
Le rôle d’un sénateur n’est donc pas de venir pleurnicher sur les réseaux sociaux, mais de faire du Sénat le lieu où les problèmes du terrain deviennent des questions publiques, des contrôles et, si nécessaire, des redditions de comptes. C’est là que commence véritablement le travail parlementaire.
