AccueilArts & CultureCultureGabon : Le plaidoyer pour un « Village culturel vacances » décentralisé dans toutes les provinces

Gabon : Le plaidoyer pour un « Village culturel vacances » décentralisé dans toutes les provinces

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Lancé en grande pompe le 29 juillet dernier, le « Village culturel vacances » a refermé ses portes mercredi 2 septembre 2026 dans les jardins de l’Hôtel de Ville de Libreville. Organisée sous le thème fédérateur « Ma culture, Ma langue, Mon identité », cette première édition a permis à 105 enfants de s’initier aux langues locales, à l’histoire nationale, aux arts traditionnels, au patrimoine culinaire ainsi qu’aux valeurs de la citoyenneté. Pourtant, à l’heure du bilan, un constat s’impose et soulève une question de fond : pourquoi le privilège de cette reconnexion identitaire s’arrêterait-il aux seules portes de la capitale ?

Dans un pays où la jeunesse peuple chaque province, chaque commune et chaque regroupement de villages, la transmission des savoirs ancestraux ne peut décemment plus être l’apanage exclusif du Grand Libreville.

La fracture culturelle de l’hinterland

De l’Estuaire au Haut-Ogooué, en passant par le Woleu-Ntem, la Nyanga, la Ngounié l’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo, l’Ogooué Maritime et le Moyen-Ogooué, chaque territoire gabonais recèle ses propres variantes linguistiques, ses récits fondateurs, ses secrets artisanaux et ses figures tutélaires. Autant de richesses immatérielles condamnées à une lente érosion, voire à une extinction silencieuse, si elles ne trouvent pas d’écho auprès des nouvelles générations.

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Cette première expérience pilote à Libreville a administré la preuve qu’une collectivité locale a le pouvoir d’investir intelligemment le temps mort des vacances scolaires, souvent réduit à une simple parenthèse d’oisiveté. Loin des écrans, les jeunes Librevillois ont pu réapprendre la grammaire de leurs racines. Une démarche salutaire de sauvegarde patrimoniale qui a d’ailleurs reçu un accueil très favorable de la part de la représentation de l’UNESCO au Gabon, tandis que les principaux bénéficiaires, les enfants eux-mêmes, ont unanimement réclamé la reconduction du dispositif.

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105 enfants ont participé à cette première édition consacrée aux langues locales, à la culture et à l’identité gabonaise.
105 enfants ont participé à cette première édition consacrée aux langues locales, à la culture et à l’identité gabonaise.

Le réveil attendu des municipalités de l’intérieur

Le véritable défi commence pourtant aujourd’hui. L’urgence se déplace désormais vers l’intérieur du pays, là où les structures de divertissement éducatif font cruellement défaut. Que ce soit à Port-Gentil, Franceville, Oyem, Lambaréné, Mouila, Tchibanga, Makokou ou Koulamoutou, des milliers de jeunes passent l’été sans aucune perspective d’épanouissement culturel. Pourquoi ces enfants des provinces seraient-ils privés d’ateliers de contes, d’initiation aux instruments traditionnels, de danses patrimoniales ou d’apprentissage de l’histoire de leur propre terroir ?

Ici, la responsabilité des édiles locaux est directement engagée. Les maires de l’intérieur du pays ne peuvent plus se complaire dans une posture d’attentisme passif, lorgnant systématiquement vers l’État central ou la charité associative. La politique d’animation culturelle de proximité relève de leurs compétences régaliennes. Une municipalité proactive qui fait le choix d’éduquer sa jeunesse par la culture s’assure non seulement de préserver son patrimoine immatériel, mais façonne également des citoyens fiers, enracinés et résolus à bâtir l’avenir de leur localité.

Langues locales, arts, histoire et patrimoine étaient au cœur du programme proposé aux enfants.
Langues locales, arts, histoire et patrimoine étaient au cœur du programme proposé aux enfants.

Pour une universalité du droit à l’identité

L’initiative de Libreville ne doit pas demeurer un feu de paille institutionnel ou une simple vitrine éphémère sans lendemain. Elle doit au contraire servir de matrice à une véritable politique nationale des vacances culturelles, modulable selon les spécificités et les réalités économiques de chaque commune.

Un enfant né à Oyem, à Bitam, à Mayumba ou à Lastoursville possède constitutionnellement les mêmes droits à la découverte de son héritage qu’un enfant de la capitale. Il est temps de comprendre que le Gabon ne souffre pas d’un déficit de culture, mais plutôt d’une absence criante d’espaces structurés et réguliers pour la transmettre.

En définitive, le succès du projet librevillois ne doit pas être une fin en soi, mais le signal d’un sursaut national. Il appartient désormais aux ministères de tutelle et aux élus locaux de transformer cet essai en un mouvement d’envergure, afin que la jeunesse gabonaise puisse un jour regarder son avenir en disant avec assurance : « Je sais qui je suis et d’où je viens ».

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