L’interpellation et la mise en garde à vue de Giovani Boulingui, porte-parole de l’EPG, ont suscité une vive réaction de la part de l’acteur civique Geoffroy Foumboula Libeka Makosso. Entre rappel des procédures judiciaires et défense du contrôle citoyen, cette affaire relance le débat sur les méthodes politiques de la nouvelle ère républicaine.
L’épisode a secoué le microcosme politique gabonais avant de connaître un dénouement rapide. La mise en garde à vue de Giovani Boulingui, porte-parole de Ensemble pour le Gabon (EPG), la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, a fait réagir Geoffroy Foumboula Libeka Makosso. Bien que le jeune responsable politique originaire de la Nyanga ait finalement été remis en liberté, cette affaire a poussé l’acteur de la société civile à monter au créneau pour exiger un strict respect des règles de procédure et dénoncer toute tentative d’instrumentalisation de l’appareil judiciaire.
La procédure pénale face au spectre de l’arbitraire
Pour Geoffroy Foumboula, qui s’est exprimé en qualité d’« aîné » du jeune opposant, le recours systématique à la privation de liberté pose question. Il rappelle qu’en vertu du Code de procédure pénale gabonais, la garde à vue demeure une mesure d’exception, rigoureusement encadrée et réservée en priorité aux cas de crimes ou de délits flagrants, ou lorsque les strictes nécessités de l’enquête l’exigent.
Dès lors que le mis en cause se présente volontairement à une convocation des services judiciaires, démontrant ainsi sa pleine disposition à collaborer avec la justice, la liberté devrait rester le principe et la détention l’exception. L’acteur civique invite à s’interroger sur la proportionnalité des méthodes employées, rappelant que seule une justice sereine et indépendante est habilitée à qualifier juridiquement les faits reprochés.
Le contrôle citoyen, un droit constitutionnel inaliénable
Au-delà de la trajectoire personnelle de Giovani Boulingui, cette affaire touche au cœur même de l’engagement civique au Gabon. Les reproches formulés contre le porte-parole de l’EPG semblent en effet liés à ses prises de position publiques concernant la gestion de projets de développement financés par les deniers de l’État dans sa province d’origine.
« Giovani Boulingui, en sa qualité de citoyen, est pleinement dans son droit de faire du contrôle citoyen de l’action publique », a martelé Geoffroy Foumboula. Pour ce dernier, demander des comptes sur l’usage de l’argent public est un devoir patriotique, à condition que cette liberté d’expression s’exerce dans le cadre de la loi, sans basculer dans la diffamation, la délation ou l’invective calomnieuse.
Rompre définitivement avec les scories de la IVe République
C’est sur le terrain de la culture politique que la sortie de Geoffroy Foumboula prend sa dimension la plus analytique. En mettant en garde contre l’utilisation de la contrainte judiciaire pour régler des différends partisans, il pose un jalon pour l’avenir des institutions. «La politique, c’est d’abord l’argument et non la pression », rappelle-t-il avec force.
Il trace une ligne de démarcation nette entre le passé et les ambitions de renouvellement national : « Nous n’avons pas combattu la IVe République pour voir les mêmes pratiques d’intimidation se reproduire sous la Ve République ». Cet avertissement résonne comme un appel à la rupture envers des méthodes d’essoufflement de l’opposition que le pays a promis de dépasser.
La confrontation des idées plutôt que la guerre des personnes
Soucieux de préserver la neutralité de sa démarche, l’acteur civique a tenu à clarifier la nature de son intervention. Cette prise de position ne vaut pas adhésion aux thèses de l’EPG. «Giovani Boulingui et moi ne sommes pas en phase du point de vue des opinions, mais c’est une opposition d’idées et d’arguments uniquement », a-t-il précisé.
Cette distinction fondamentale rappelle une règle d’or des démocraties modernes : la défense des droits fondamentaux d’un individu ne dépend pas de sa couleur politique. En s’élevant contre cette garde à vue, Geoffroy Foumboula défend un principe général : celui d’un espace public gabonais où le débat contradictoire se règle par la force du verbe, et non par celle des cellules.
