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Gabon : Qui a écrit l’hymne national ? Enquête sur un hold-up mémoriel virtuel

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Alors que les réseaux sociaux s’enflamment autour de la paternité de La Concorde, le professeur Bonaventure Mvé-Ondo oppose la rigueur des archives aux dérives des algorithmes. Des partitions oubliées de 1960 aux confidences inédites des pères de l’Indépendance, plongée au cœur des preuves irréfutables qui restituent à Georges Damas Aléka son chef-d’œuvre.

En cette période de fête nationale, de nombreux Gabonais expriment le besoin profond d’être éclairés sur l’histoire de leur pays. Le débat sur la véritable paternité de l’hymne national, La Concorde, s’invite régulièrement au centre des discussions, tout particulièrement au sein de la génération post-indépendance. Face aux doutes qui s’installent, Bonaventure Mvé-Ondo, philosophe, spécialiste en science politique et ancien recteur de l’Université Omar Bongo (UOB, a pris la parole ce week-end dans une publication abondamment relayée sur les réseaux sociaux. Son objectif : fixer les faits et dissiper les zones d’ombre. Éclairage.

Un smartphone s’allume dans la pénombre d’un maquis de Libreville. Sur l’écran, une vidéo accumule les partages. En quelques secondes, une voix anonyme balaye soixante ans d’histoire : et si l’hymne national gabonais, La Concorde, n’était pas l’œuvre de Georges Damas Aléka ? La rumeur numérique est lancée. Elle gonfle, s’insinue dans les conversations de la génération post-indépendance, et transforme le doute légitime en réécriture sauvage du passé.

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Face à cette tempête de pixels, un homme décide de poser les livres contre les algorithmes. Bonaventure Mvé-Ondo, philosophe, universitaire et ancien recteur de l’Université Omar Bongo (UOB), refuse de laisser l’histoire devenir une simple opinion. Sa mission : opposer la rigueur de la recherche à la volatilité des réseaux sociaux.

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Repères historiques, Georges Damas Aléka : La plume et le perchoir

Né en 1902 à Libreville, Georges Damas Aléka est bien plus que l’auteur-compositeur de l’hymne national. Homme d’État, syndicaliste et poète à ses heures, il incarne l’intelligentsia gabonaise de la transition vers l’indépendance. Banquier de formation, il s’engage très tôt en politique et devient le président de l’Assemblée nationale de 1964 à 1975. En composant La Concorde à l’aube de l’année 1960, il cherchait à sceller par les mots l’unité d’un peuple mosaïque. Sa partition originale, initialement baptisée « Un ciel de Concorde », fut légèrement retouchée par les parlementaires avant de devenir le chant sacré de la République.

Le manuscrit de 1977 contre les légendes de notre époque

Pour démonter le mécanisme de la rumeur, le professeur Mvé-Ondo ne brandit pas un tweet, mais une relique de papier. En 1977, à Paris, il publie Un homme debout. Jean-Marc Ekoh aux éditions alfAbarre.

Ce livre n’est pas une reconstruction tardive. C’est un document brut, gravé dans le marbre d’entretiens directs avec Jean-Marc Ekoh, acteur clé de l’indépendance gabonaise, alors que la mémoire des faits était encore brûlante.

Le chercheur se souvient des lancements littéraires à Libreville, sous le regard critique et ému de figures historiques comme Bonjean François Ondo et Paul Malekou. La sentence de Jean-Marc Ekoh était alors sans appel : Georges Damas Aléka est, et reste, l’unique auteur de La Concorde.

Jean-Marc Ekoh : Le témoin intransigeant

Figure majeure et tumultueuse de l’histoire politique gabonaise, Jean-Marc Ekoh a été l’un des plus jeunes ministres du premier gouvernement post-indépendance sous Léon Mba. Connu pour son indépendance d’esprit, son engagement pastoral et ses positions parfois critiques qui lui vaudront des périodes d’exil et d’emprisonnement, il est un témoin de premier ordre des coulisses de l’État en 1960. Son témoignage, recueilli par Mvé-Ondo dans les années 1970, possède une valeur historique inestimable : Ekoh n’avait aucun intérêt politique à attribuer à Damas Aléka une gloire qui ne lui revenait pas. Sa confirmation ferme verrouille scientifiquement le débat.

La triple preuve : quand les archives répondent au virtuel

Pour le grand reporter, l’enquête ne s’arrête pas au souvenir, aussi prestigieux soit-il. La vérité historique se niche dans la convergence des preuves. Contre le « on-dit » numérique, trois piliers institutionnels et bibliographiques se dressent :

Le témoignage direct : validé et publié dès les années 70 par des témoins oculaires de la naissance de la nation.

La preuve matérielle : dans les tiroirs de la Médiathèque de l’Institut français du Gabon, une partition imprimée en 1960 à Paris, chez Henry Lemoine, porte noir sur blanc le nom de Georges Damas Aléka.

La reconnaissance officielle : le site de l’institution parlementaire gabonaise attribue explicitement et sans équivoque la paternité de l’hymne à l’illustre compositeur.

Sauver la mémoire de la noyade numérique

« L’histoire n’est pas une rumeur », rappelle avec force Bonaventure Mvé-Ondo. Dans un Gabon qui souffre parfois de la dispersion de ses archives physiques, le danger serait de troquer la parole documentée des anciens contre les mythes instantanés fabriqués par un algorithme.

Alors que la fête nationale résonne dans tout le pays, le refrain de La Concorde rappelle que la souveraineté d’un peuple repose d’abord sur la solidité de sa mémoire collective. Jusqu’à preuve du contraire, les partitions de 1960 et les voix des pères de l’indépendance s’accordent sur un nom : Georges Damas Aléka. La rumeur, elle, s’éteint dès que l’on ouvre un livre.

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