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Gabon : Face à l’urgence sanitaire, un appel au « Plan Marshall » bouscule les priorités du gouvernement

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Dans une lettre ouverte percutante adressée au gouvernement de la Ve République, l’observateur de la vie sociale et éducative Ouaren Nguema Nguema dresse un bilan sombre de la situation sanitaire du pays. En s’appuyant sur un chiffre de 12 443 décès enregistrés depuis le début de l’année, il réclame un changement radical de cap politique, demandant à l’exécutif de décréter l’état d’urgence sanitaire et sociale au profit d’un investissement massif dans l’humain plutôt que dans le béton.

C’est un cri d’alarme qui vient directement percuter l’agenda politique de Libreville. Datée du 7 août 2026, la missive de l’observateur social Ouaren Nguema Nguema ne prend pas de gants pour qualifier la situation nationale : le Gabon serait en proie à une véritable hécatombe. Avec plus de 12 400 morts comptabilisés en l’espace de sept mois, l’auteur exhorte les décideurs à abandonner la politique des « inaugurations » pour entrer de plain-pied dans la gestion de l’urgence humanitaire.

Au cœur de sa critique se trouve une remise en question profonde du modèle de développement actuel du pays. Selon lui, les autorités ont opéré un arbitrage budgétaire défaillant en privilégiant la construction de bâtiments de prestige au détriment direct du réseau de protection sociale et des structures de santé publique.

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Un diagnostic en 12 points : les visages d’une crise systémique

Pour soutenir son plaidoyer en faveur d’une refonte du système, Ouaren Nguema Nguema segmente les causes de cette surmortalité en douze facteurs interconnectés, qui dépeignent une crise à la fois sanitaire, sociale et sécuritaire.

En première ligne, l’état de dégradation des structures de soins est sévèrement pointé du doigt. Le manque de spécialisation médicale, la pénurie chronique de médicaments et l’absence de plateaux techniques modernes dans les hôpitaux transformeraient des pathologies pourtant traitables en condamnations à mort. À cette défaillance médicale s’ajoute une crise de santé publique environnementale et infectieuse, alimentée par la pollution de l’air à Libreville, causée par un parc automobile vieillissant, ainsi que par la persistance de maladies tropicales comme le paludisme, la typhoïde et le choléra, favorisées par un accès défaillant à l’eau potable et à l’assainissement.

L’analyse de l’observateur met également en lumière l’impact de la précarité sur la santé physique et mentale des Gabonais. Le chômage, la vie chère et le stress social qui en découle se traduisent, selon le document, par une explosion des maladies cardiovasculaires, notamment les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et l’hypertension artérielle. Plus alarmant encore, le texte brise le tabou national entourant la détresse psychologique, la dépression et la hausse des suicides, des problématiques largement ignorées par le système de prise en charge actuel.

Le document consacre par ailleurs un volet majeur à la vulnérabilité de la jeunesse, qu’il estime « détruite » par l’usage de stupéfiants de plus en plus destructeurs.

« On assiste à une destruction de la jeunesse par la drogue : chanvre, tramol, kush. Des enfants de 14 ans en consomment. Aucune prévention, aucun centre de désintoxication, aucun suivi. On enterre notre avenir », s’alarme Ouaren Nguema Nguema.

Enfin, les questions de sécurité publique et de justice ne sont pas épargnées. Des accidents de la route à répétition, faute de contrôles et en raison du comportement des conducteurs, aux violences conjugales, féminicides et crimes rituels, la lettre ouverte déplore un climat d’impunité qui, selon elle, dévalue le prix de la vie humaine.

Cinq piliers pour un « Plan Marshall » de la santé publique

Estimant qu’un pays « ne peut pas se moderniser avec une population malade », l’auteur soumet au gouvernement une feuille de route d’urgence articulée autour de cinq actions prioritaires :

La réorientation radicale du budget national : Le texte exige d’allouer des moyens financiers majeurs à la santé publique pour recruter, rémunérer convenablement et équiper le personnel médical. « Un scanner qui marche vaut mieux que trois bâtiments vides », résume l’auteur.

Le déploiement de politiques de prévention strictes : cela inclut la création de brigades de contrôle sanitaire des aliments, un durcissement des sanctions routières et des campagnes massives de sensibilisation.

Le développement d’une médecine de proximité. La proposition vise à réhabiliter les centres de soins locaux et à doter chaque hôpital provincial d’un équipement technique minimum pour éviter les évacuations sanitaires systématiques vers la capitale.

Un plan d’attaque contre le trafic de drogue. L’accent est mis sur la répression sévère des dealers, doublée de la création immédiate de centres de désintoxication et de programmes de prévention scolaires.

La restauration de l’autorité de la justice et de la sécurité. L’auteur demande un renforcement de la police judiciaire pour accélérer les enquêtes sur les homicides et mettre un terme définitif à l’impunité.

Cette interpellation directe place désormais le gouvernement de la Ve République face à ses choix stratégiques : poursuivre la course aux infrastructures ou recentrer ses efforts sur l’urgence sociale et sanitaire. Pour l’heure, les autorités n’ont pas encore officiellement réagi à cette tribune.

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