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« La culture n’est pas un luxe. C’est l’infrastructure de tout le reste » : Ike Ngouoni plaide pour une révolution culturelle au cœur du développement

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Dans une tribune consultée par notre rédaction, Ike Ngouoni Aila Oyouomi, président d’AILA, cabinet de conseil stratégique, avance une thèse qui bouscule les approches classiques du développement. Et si le principal frein au progrès n’était ni le manque d’argent, ni l’insuffisance des infrastructures, mais l’absence d’un récit collectif capable de donner du sens aux transformations ? S’appuyant sur les travaux de l’économiste Mariana Mazzucato, l’auteur invite à repenser la culture non plus comme un secteur secondaire, mais comme le socle indispensable de toute politique publique durable. Une réflexion qui interpelle autant les décideurs que les citoyens.

Dès les premières lignes de sa tribune, Ike Ngouoni renverse une idée largement admise selon laquelle les difficultés des pays africains proviendraient essentiellement d’un manque de ressources financières ou technologiques. Selon lui, le véritable problème réside ailleurs. « Ce n’est pas un problème de moyens. C’est un problème de récit », affirme-t-il.

En s’appuyant sur le rapport « People, Value and Climate », publié en juin 2026 par l’économiste Mariana Mazzucato, l’auteur explique que les grandes transitions — écologique, économique, politique ou encore générationnelle — échouent souvent parce qu’elles ne reposent pas sur une base culturelle suffisamment solide. Pour lui, les politiques publiques peuvent être techniquement pertinentes, mais elles peinent à produire des effets durables lorsqu’elles ne sont pas portées par des imaginaires collectifs, des valeurs partagées et des représentations communes.

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Cette lecture dépasse largement le seul cadre environnemental. L’analyse d’Ike Ngouoni suggère que les transformations profondes d’une société ne peuvent être imposées uniquement par des lois, des investissements ou des programmes administratifs. Elles exigent une adhésion culturelle qui donne du sens au changement.

La culture, longtemps reléguée au second plan des politiques publiques

L’auteur critique ensuite la place traditionnellement accordée à la culture dans les politiques publiques africaines. Selon lui, depuis les indépendances, celle-ci est souvent considérée comme un secteur accessoire, mobilisé principalement lors des cérémonies officielles, des festivals ou des manifestations diplomatiques.

Il rappelle que les appels récurrents au « changement de mentalité » restent largement inefficaces parce qu’ils ne s’accompagnent jamais des instruments capables de transformer réellement les représentations collectives. « Une mentalité ne change pas par décret », écrit-il, soulignant que ce sont les institutions culturelles, les récits nationaux et les espaces de transmission qui façonnent durablement les comportements.

Pour illustrer son propos, Ike Ngouoni évoque l’exemple du président américain Franklin Roosevelt qui, durant la Grande Dépression, avait intégré les artistes au cœur du New Deal. L’auteur y voit la démonstration que la culture n’accompagne pas les transformations : elle les prépare et les rend possibles.

L’analyse proposée invite ainsi à reconsidérer la culture comme un investissement stratégique plutôt que comme une dépense de prestige.

Le cas gabonais : des ambitions environnementales qui nécessitent un ancrage culturel

L’une des parties les plus marquantes de la tribune concerne le Gabon. Ike Ngouoni rappelle que le pays a choisi de se présenter comme un acteur majeur de la préservation de la biodiversité mondiale, notamment grâce à la protection de 88 % de sa couverture forestière et à une stratégie de développement fondée sur le capital naturel. Mais il pose une interrogation centrale : « Avons-nous construit le récit culturel qui rend ces ambitions désirables pour les populations qui vivent dans ces territoires ? »

Pour l’auteur, les investissements dans les routes, les infrastructures ou les équipements publics ne suffisent pas à maintenir les populations dans leurs territoires ni à créer un développement durable. Les communautés ont également besoin de références culturelles, d’identité, de patrimoine et de perspectives qui donnent envie de rester, de transmettre et d’entreprendre.

Son analyse établit ainsi un lien direct entre vitalité culturelle et développement économique local. Un territoire qui perd son identité culturelle risque également de perdre son attractivité économique et humaine.

La culture comme véritable infrastructure du développement

Au cœur de la tribune se trouve une idée forte inspirée des travaux de Mariana Mazzucato : « les arts et la culture constituent l’infrastructure sociale fondamentale » des transitions contemporaines.

Selon Ike Ngouoni, les musées, bibliothèques, espaces culturels et lieux de création produisent des ressources immatérielles essentielles que les investissements classiques ne peuvent acheter : la confiance, la cohésion sociale, le sentiment d’appartenance et la capacité collective à accepter le changement.

L’analyse est particulièrement intéressante parce qu’elle élargit la notion d’infrastructure. Au-delà des routes, des ports ou des réseaux numériques, l’auteur considère que les infrastructures culturelles participent elles aussi à la construction d’un État résilient en renforçant les liens sociaux et la capacité d’une nation à porter un projet commun.

Des avancées juridiques saluées, mais une politique encore inachevée

Ike Ngouoni reconnaît néanmoins que le Gabon a engagé plusieurs réformes importantes ces dernières années. Il cite notamment le statut de l’artisan, la loi d’orientation de la politique culturelle de 2025, la reconnaissance constitutionnelle du droit à la culture ainsi que diverses mesures symboliques comme la promotion de la tenue africaine dans les institutions ou encore l’introduction des langues nationales dans certaines politiques publiques.

Ces évolutions témoignent, selon lui, d’une prise de conscience réelle. Toutefois, elles demeurent insuffisantes pour constituer une véritable stratégie de transformation.

L’auteur prend l’exemple du Festival International du Livre Gabonais et des Arts (FILIGA) qui, malgré cinq éditions réunissant seize pays, continue de fonctionner sans financement institutionnel. Pour lui, cette situation ne constitue pas un exploit mais « un aveu d’abandon institutionnel », révélateur du décalage entre les ambitions affichées et les moyens effectivement mobilisés.

Son analyse met ainsi en évidence la nécessité de passer d’une reconnaissance juridique de la culture à une politique publique dotée de ressources financières durables.

Faire de la culture une politique transversale de développement

En conclusion, Ike Ngouoni appelle à intégrer la culture dans l’ensemble des politiques sectorielles. Il estime qu’aucun projet de conservation environnementale, d’aménagement du territoire ou d’exploitation des ressources naturelles ne devrait être conçu sans un véritable volet culturel. Il plaide également pour un renforcement de l’enseignement des langues nationales, de la littérature gabonaise et du patrimoine artistique dès le primaire, tout en proposant la création d’un fonds d’investissement culturel alimenté par une partie des revenus issus des grands projets extractifs.

Sa conclusion résume l’ensemble de sa démonstration : « Les infrastructures construisent les territoires, mais les récits construisent les trajectoires. » Et d’ajouter, dans une formule qui résume toute sa pensée : « La culture n’est pas ce que l’on finance quand tout va bien. C’est ce sans quoi rien ne va vraiment. »

Au-delà d’un plaidoyer pour le secteur culturel, cette tribune propose une réflexion de fond sur les conditions de réussite des politiques publiques. Elle rappelle que le développement ne se mesure pas uniquement en kilomètres de routes, en milliards d’investissements ou en textes de loi, mais aussi dans la capacité d’une société à produire un imaginaire commun, à transmettre ses valeurs et à donner du sens aux transformations qu’elle entreprend. C’est précisément cette dimension culturelle qu’Ike Ngouoni considère comme la véritable infrastructure du développement durable.

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