Depuis plusieurs semaines, une série d’incendies criminels cible des véhicules garés devant les habitations de ce quartier de la commune d’Akanda. Alors que les dégâts matériels s’alourdissent et que le spectre d’un drame humain grandit, les résidents s’organisent face au silence des autorités et à l’inaction apparente de la police.
L’obscurité n’offre plus aucun répit aux habitants de Malibé 1, dans la commune d’Akanda. Une silhouette fugitive, une étincelle dans la nuit, puis le fracas d’une explosion. Tel est le scénario noir qui se répète et alimente un climat de terreur généralisée. Dans cette banlieue de Libreville, posséder une voiture est devenu une source d’angoisse.
Une nuit de braise et de panique
Le dernier épisode en date de cette chronique criminelle s’est joué dans la nuit du 16 juin. Selon une plainte officielle dont Gabonclic a obtenu copie, il est 3 heures du matin lorsqu’un vrombissement sourd déchire le silence du quartier. Devant le domicile de Raymond Founa, un tout-terrain Mitsubishi Pajero, immatriculé JY 043 AA, vient d’être transformé en torche mécanique. « Nous avons été réveillés par une explosion. En sortant, la voiture était entièrement en feu. Les voisins ont accouru. Il a fallu près de quarante minutes d’efforts continus pour maîtriser le brasier », confie le propriétaire, encore marqué.
Si le bilan humain est miraculeusement vierge, le sinistre a frôlé le drame absolu. Les flammes lèchent les murs des habitations directes. A Malibé 1, les concessions sont proches, le feu sur un tableau de bord peut, en quelques minutes, consumer la vie de toute une famille.
L’ombre d’un tueur en série de carrosseries
Cet énième incendie n’a rien d’un fait divers isolé. Une traînée de poudre semble lier plusieurs secteurs de la zone. De Malibé à la Cité marocaine, en poussant jusqu’au PK18, le mode opératoire reste identique. Au total, cinq à six véhicules ont déjà été réduits en cendres ces derniers temps. A chaque fois, la violence des déflagrations des réservoirs d’essence souffle les vitres et fragilise les façades des maisons avoisinantes.
Le profil de l’auteur, lui, reste flou. Une riveraine affirme avoir aperçu un individu border les véhicules avant de s’évanouir dans les dédale des ruelles sombres. Mais l’identité du coupable reste le grand point d’interrogation de l’affaire.
Dans le quartier, les soupçons convergent pourtant vers une piste locale : un homme au profil psychologique instable, tristement célèbre pour des actes de vandalisme passés. Une victime confie sous anonymat que le suspect aurait déjà été interpellé par la police par le passé, avant d’être relâché quelques mois plus tard. Une rumeur insistante que les autorités policières et judiciaires se refusent pour l’instant à confirmer.

La résistance citoyenne face au silence policier
« Personne ne sait qui sera la prochaine victime. Nous avons peur de laisser nos outils de travail dehors, peur de fermer l’œil de la nuit », résume Raymond Founa.
Face au sentiment d’abandon, la solidarité s’organise. Un collectif de victimes est en cours de structuration. Ses missions : centraliser les témoignages, organiser des tours de garde nocturnes et porter d’une seule voix le combat judiciaire.
Car sur le terrain légal, la riposte a commencé. Dans sa plainte officielle adressée à la Direction des enquêtes criminelles (DEC) de la Police judiciaire, Lydie Ndzami, épouse Founa, tape du poing sur la table. Elle sollicite l’ouverture urgente d’une enquête pour « destruction volontaire de biens par incendie et mise en danger de la vie d’autrui ». Son objectif est d’obtenir l’identification, la traque et le jugement des responsables.
A ce jour, la Police judiciaire s’enferme dans un mutisme total, n’ayant communiqué aucun état d’avancement des investigations. En attendant que la justice ne mette un nom et des menottes sur ce pyromane en cavale, Malibé 1 retient son souffle à chaque coucher de soleil, chaque habitant redoutant de voir sa maison devenir le prochain bûcher.
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