Un homme sans existence administrative a réussi à se faire passer pour un brigadier-chef de la Sécurité pénitentiaire pendant près de sept ans au sein du Tribunal de première instance de Libreville. Interpellé en flagrant délit de vol de scellés, grâce à la vigilance d’une technicienne de surface, cet imposteur a berné quotidiennement magistrats et forces de l’ordre. Alors que la Direction générale des recherches (DGR) ouvre une enquête pour traquer d’éventuelles complicités, ce séisme institutionnel met en lumière de vertigineuses failles de sécurité au cœur de l’appareil judiciaire gabonais.
Dans les couloirs feutrés mais réputés inviolables du Palais de Justice de Libreville, l’affaire fait l’effet d’un séisme institutionnel. Pendant près de sept années, un homme a réussi le tour de force de se fondre dans le décor judiciaire le plus sensible du Gabon. Son costume ? Celui de brigadier-chef de la Sécurité pénitentiaire. Sa réalité ? Aucun matricule, aucun statut, une existence administrative totalement inexistante. Portrait d’une imposture hors norme qui ébranle l’appareil judiciaire gabonais.
Le faux maton qui murmurait à l’oreille des magistrats
Chaque matin, l’homme saluait le garde à l’entrée, croisait les magistrats en robe, échangeait des documents avec les greffiers et collaborait avec les officiers de police judiciaire. Pour tous, Exaucé Mavoungou (c’est son nom) faisait partie du paysage. Mieux, il incarnait l’autorité. Vêtu de son uniforme rigoureusement ajusté, arborant des insignes officiels, il inspirait la confiance due à son rang supposé de brigadier-chef.
Pendant 84 mois, cet illusionniste de la fonction publique a navigué au cœur du Tribunal de première instance de Libreville sans jamais éveiller le moindre soupçon. Une performance d’autant plus déroutante que le milieu judiciaire repose, par essence, sur la vérification constante des identités et des procédures.
Le faux pas : l’affaire des scellés de chanvre indien
Selon les informations rapportées par La Presse Judiciaire Gabonaise, il aura fallu un banal concours de circonstances pour que le château de cartes s’effondre. Tout bascule lors d’une opération de routine : le transfert de scellés judiciaires contenant une cargaison de chanvre indien.
C’est ici que le destin d’Exaucé Mavoungou croise celui d’une technicienne de surface. Témoin discrète mais particulièrement vigilante, elle remarque le comportement anormal de ce « brigadier-chef » autour de la marchandise prohibée. Des gestes furtifs, une nervosité inhabituelle : l’employée flaire l’anomalie et donne l’alerte immédiatement.
Interpellé sur-le-champ, l’homme feint d’abord l’assurance. Mais conduit devant les services compétents de la Sécurité pénitentiaire pour les vérifications d’usage, le masque tombe. Face aux terminaux informatiques et aux registres officiels, la sentence des données est implacable : le sieur Mavoungou n’existe pas. Aucun dossier, aucun matricule, aucune trace d’affectation.
De la petite délinquance à l’atteinte à la sûreté de l’État
Ce qui ne semblait être au départ qu’une tentative de vol de scellés se mue instantanément en un délit d’une extrême gravité : l’usurpation de fonction publique caractérisée. Le Code pénal gabonais réprime sévèrement le port illégal d’uniforme et l’usage sans droit d’insignes officiels. Mais au-delà de la qualification technique, c’est l’immersion prolongée et sans contrôle dans une institution régalienne qui stupéfie les enquêteurs.
Désormais, la justice cherche à comprendre l’étendue des dégâts. En sept ans, à combien de procès ce faux agent a-t-il participé ? A-t-il convoyé des détenus ? A-t-il eu accès à des dossiers confidentiels ou influencé des décisions de justice en monnayant son influence supposée ?
L’enquête de la DGR, la traque des complicités internes
Face à l’ampleur du scandale et aux failles de sécurité évidentes, le dossier a immédiatement été retiré des circuits ordinaires pour être confié à la Direction générale des recherches (DGR) de la gendarmerie nationale. Les fins limiers de la DGR sont désormais en première ligne pour répondre à une série de questions brûlantes : comment un individu sans qualité officielle a-t-il pu franchir quotidiennement les barrages de sécurité ? Qui a validé, ou sciemment fermé les yeux sur sa présence durant toutes ces années ? L’imposture a-t-elle prospéré grâce à une simple négligence bureaucratique ou bénéficiait-elle de complicités internes haut placées ?
L’intéressé doit être présenté devant le Procureur de la République près le Tribunal de Première instance de Libreville, l’endroit même où il jouait la comédie du pouvoir, qui décidera des suites judiciaires et du mandat de dépôt à venir.