AccueilA La UneAffaire Santullo – État gabonais : et si on réparait le « bordel » d’Ali Bongo ?

Affaire Santullo – État gabonais : et si on réparait le « bordel » d’Ali Bongo ?

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Des milliards en jeu, des décennies de procédures interminables et un héritage empoisonné. Alors que le Gabon panse encore les plaies de l’ère Ali Bongo, le spectre de l’affaire Santullo continue de hanter les caisses de l’État et inscrit le Gabon au registre « des faits divers ». Face au fléau persistant des marchés de gré à gré, « l’homme du 30 août 2023 », Brice Clotaire Oligui Nguema, se retrouve au pied du mur : comment solder définitivement la faillite morale et financière du régime déchu sans répéter les mêmes erreurs ? Dans une lettre ouverte, Raymond Ndong Sima s’était vu obligé de rappeler à Ali Bongo les dérives langagières de son porte-parole, devenu celui du gouvernement dans lequel il fut son entrée. Et par la même occasion, l’ancien Premier ministre avait dénoncé le gré-à-gré comme système de passation, à l’époque, des marchés publics.

L’« affaire Santullo » reste l’un des plus grands séismes politico-financiers et moraux du Gabon contemporain. À l’origine, un partenariat entre l’État et le groupement BTP Santullo Sericom, dirigé par l’homme d’affaires italo-franco-guinéen Guido Santullo, pour la construction de routes, de ponts et de logements sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba. Très vite, la machine s’enraye. Alors que « l’enfant-roi » exhibe fièrement « ses grandes réalisations », grâce à l’œuvre de l’Italien, paradoxalement la contrepartie relève de la légende du monstre du loch Ness. Le groupe Santullo, en effet, réclame le paiement de ses travaux impayés.

De son côté, Libreville, prêt à tout pour ne pas payer, contre-attaque en invoquant des marchés irréguliers, des surfacturations et des soupçons de corruption. S’ensuit un marathon judiciaire international digne d’un thriller. En 2019, la Chambre de commerce internationale de Paris (CCI) écarte l’argument de corruption et condamne le Gabon à verser 90 milliards de FCFA à l’homme d’affaires.

Retournement de situation en 2022 : la Cour d’appel de Paris annule la sentence, sur la base d’indices de corruption dans des documents présentés par le Gabon. Mais le statu quo est de courte durée. Une plainte pénale pour escroquerie au jugement est décochée par le groupe de BTP contre l’Etat pour avoir trompé la cour d’appel par fraude avec de faux indices de corruption et de faux documents. Un accord transactionnel est signé en 2024, dans lequel l’Etat reconnaît que de corruption il n’y avait pas, et que les documents donnés à la cour d’appel pour la persuader d’une corruption « ne correspondent pas à la réalité ». L’accord est homologué en 2025. Au même moment, le juge suisse, saisi en 2019 par l’Etat, estime que les accusations de corruption proférées par l’Etat sont infondées et blanchit l’homme d’affaires. Récemment, en 2026, la justice française a rejeté une tentative du Gabon de suspendre cet accord, qualifiant sa démarche de « procédure abusive ». Et le groupe attend toujours son argent…

L’impératif de la continuité de l’État

Brice Clotaire Oligui Nguema n’est ni de loin, ni de près mêlé aux agissements d’Ali Bongo et sa bande dans l’affaire Etat Gabonais-Santullo. Pourtant, c’est bien sur son bureau que ce dossier brûlant a atterri. Au nom du principe sacro-saint de la continuité de l’État, il a malheureusement l’obligation d’assumer et de gérer ce passif toxique. L’image internationale du Gabon et sa crédibilité auprès des investisseurs en dépendent. Quel investisseur voudrait attendre autant d’années pour être payé, lequel veut souffrir ce calvaire de se voir imputer faussement une corruption.

Affaire Santullo – État gabonais : et si on réparait le « bordel » d’Ali Bongo ?
Affaire Santullo – État gabonais : et si on réparait le « bordel » d’Ali Bongo ?

Cependant, une ironie dramatique s’installe. L’affaire Santullo est le symbole absolu des dérives d’une gouvernance immorale. Mais aussi, il faut en finir avec la passation des marchés de gré à gré, une hérésie administrative qu’un État sérieux ne devrait plus jamais tolérer. Or, l’histoire semble bégayer. Henri-Claude Oyima, à l’époque ministre de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, révélait une statistique effrayante : 93,25 % des marchés publics avaient été attribués par entente directe au cours de l’exercice budgétaire 2025. Auparavant, le FMI avait relevé que 94% des marchés publics passés au Gabon jusqu’en 2017 reposent sur la procédure d’entente directe. Est-ce la faute de Santullo ? Certainement pas. C’est à l’Etat de payer et organiser les appels d’offres. Ce coût en vaut la chandelle. C’est l’image de notre pays qui est en jeu. Comment reprocher à la « gouvernance criminelle » d’Ali Bongo d’avoir bafoué les règles légales si le système actuel retombe instantanément dans les mêmes travers ?

Sortir de l’arène judiciaire : l’appel à une décision d’autorité

Aller de procès en procès est-elle plus une solution viable ? Cette stratégie ne ferait-elle pas qu’alimenter un feuilleton judiciaire qui dénigre la signature du Gabon à l’étranger et donne à son comportement un côté douteux ? Pour redorer le blason de la nation, Brice Clotaire Oligui Nguema ne devrait-il pas prendre ses responsabilités et poser un acte d’autorité pour éponger définitivement ce passif ?

Le salut du Gabon exige aujourd’hui une double réponse, à la fois pragmatique et profondément morale. D’un côté, le chef de l’État doit taper du poing sur la table pour stopper net l’hémorragie des marchés de gré à gré et imposer une transparence absolue dans la commande publique. De l’autre, il est temps de négocier une sortie définitive de toutes les « puantes » affaires laissées par Ali Bongo et son gang. Et dire que ces derniers osent parler de plainte contre celui qui a permis leur sortie honorable du pays, après avoir tout saccagé.

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