Face à la multiplication des accidents impliquant des transporteurs sur l’axe national, le maire de Lambaréné, Guy Pierre Biteghe, serre la vis. Un arrêté municipal interdit désormais la circulation nocturne des engins de grand tonnage dans la commune, sous peine de lourdes sanctions.
Une réponse ferme à une insécurité routière grandissante. Par un arrêté signé le 8 avril dernier, la municipalité de Lambaréné a décidé de proscrire la circulation des poids lourds entre 18 heures et 6 heures du matin. Cette mesure cible spécifiquement la traversée de la commune, un tronçon stratégique mais de plus en plus meurtrier.
Le déclic ? Un récent drame survenu au village Medang Nkoghe, à une trentaine de kilomètres de la ville. Selon des informations relayées par MingoExpress, l’accident a coûté la vie à au moins quatre personnes, relançant l’urgence d’une régulation stricte des mastodontes de la route.
Sécurité et quiétude des riverains
Dans le détail, l’interdiction vise en priorité les porte-chars et les porte-conteneurs. Pour les autorités municipales, l’enjeu est double : réduire les risques liés à la faible visibilité nocturne et préserver la tranquillité des riverains, excédés par les nuisances sonores de cette « ville-carrefour ».

La municipalité mise sur la dissuasion pour faire respecter la règle. Tout contrevenant s’expose à la mise en fourrière immédiate de son véhicule et à une amende pouvant atteindre 100 000 FCFA en cas de récidive. Ces recettes seront directement réinjectées dans le budget communal pour assurer le fonctionnement des services de contrôle.
Si l’arrêté est entré en vigueur dès sa signature, son application effective soulève des questions. Les forces de police disposeront-elles de moyens suffisants pour quadriller cet axe névralgique ?
Cette décision locale vient renforcer un arsenal juridique national déjà existant, notamment l’arrêté de mai 2022 qui encadre la circulation des grumiers le week-end. Toutefois, ce nouveau « couvre-feu » local pourrait faire grincer des dents chez les transporteurs, inquiets de l’impact sur les délais de livraison et les coûts logistiques.
Entre impératif de sécurité publique et réalités économiques, Lambaréné fait le pari de la fermeté. Le succès de cette mesure dépendra désormais de la régularité des contrôles et du civisme des conducteurs.
Les dangers du bitume après 18 heures
Si la mairie de Lambaréné cible spécifiquement la tranche 18h – 6h, c’est que la conduite nocturne multiplie les facteurs de risque pour les transporteurs de marchandises. En premier, le déficit de visibilité. Sur l’axe national, l’absence d’éclairage public sur de longs tronçons rend la perception des distances et des obstacles (piétons, animaux, nids-de-poule) extrêmement complexe pour les conducteurs de mastodontes.
La fatigue et l’hypovigilance. Entre minuit et 6 heures du matin, l’horloge biologique entre dans une phase de baisse d’alerte. Pour un chauffeur de poids lourd, une seconde d’inattention ou un micro-sommeil peut transformer un véhicule de 40 tonnes en projectile incontrôlable.
L’éblouissement. Le croisement incessant avec d’autres véhicules utilisant des feux de route mal réglés peut provoquer un aveuglement temporaire, particulièrement dangereux sur les routes sinueuses du Moyen-Ogooué.
Les délais de secours. En cas d’accident nocturne hors zone urbaine, l’alerte et l’intervention des services d’urgence sont souvent plus lentes, augmentant la gravité du bilan humain. Selon les experts en sécurité routière, le risque d’accident mortel est statistiquement sept fois plus élevé la nuit que le jour, alors que le trafic y est nettement moins dense.


