Le débat sur les élections professionnelles au Gabon gagne en clarté dès lors que l’on saisit une réalité essentielle : la représentativité syndicale s’organise selon trois niveaux complémentaires, l’entreprise, la branche et l’échelon national. Surtout, il faut l’affirmer sans ambiguïté : au niveau de l’entreprise, cette représentativité est déjà une réalité effective.
Dans les entreprises gabonaises, les travailleurs élisent d’ores et déjà leurs délégués du personnel. Ces scrutins constituent une base concrète, tangible et incontestable de légitimité. Ils permettent d’identifier, sur le terrain, quels syndicats disposent réellement d’un ancrage, d’une capacité de mobilisation et de la confiance des salariés.
En d’autres termes, le principe électif n’est ni nouveau, ni expérimental. Il existe, il fonctionne et il produit des résultats.
Ce constat est fondamental, car il déconstruit une idée reçue : celle selon laquelle les élections professionnelles seraient une rupture ou une menace pour le syndicalisme. En réalité, elles ne font qu’étendre aux échelons supérieurs un mécanisme déjà admis à la base.
Au niveau de l’entreprise, la représentativité est donc directe et mesurable. Elle repose sur le vote des travailleurs, sur les réalités quotidiennes et sur la proximité entre élus et salariés. C’est le socle du système.
Au niveau de la branche, les enjeux changent d’échelle. Il s’agit d’agréger les forces issues des entreprises pour structurer des négociations sectorielles cohérentes. Pourtant, faute d’un prolongement du principe électif, cette représentativité demeure souvent floue, contestée ou approximative.
Au niveau national, enfin, la question devient stratégique. Qui parle au nom de l’ensemble des travailleurs du Gabon ? Sur quelle base ? Avec quelle légitimité réelle ? Sans mécanisme clair d’agrégation des résultats issus des entreprises, cette représentativité risque de devenir déclarative plutôt que démontrée.
C’est précisément ici que réside l’enjeu des réformes en cours : assurer une continuité entre ces trois niveaux.
Le paradoxe actuel est évident :
• A la base, dans l’entreprise, la représentativité est déjà objectivée par le vote ;
• Aux niveaux supérieurs, elle reste encore largement subjective ou contestable.
Les élections professionnelles généralisées ne viennent donc pas bouleverser le système. Elles viennent corriger cette incohérence en bâtissant une représentativité ascendante, logique et cohérente.
Pour mieux comprendre ce principe, il suffit d’observer le fonctionnement des élections locales. Les citoyens élisent leurs conseillers municipaux, lesquels élisent ensuite les maires. Personne n’y voit une confiscation du pouvoir. Au contraire, chacun comprend que la légitimité du maire découle, indirectement mais solidement, du vote des citoyens.
Il en va de même pour la représentativité syndicale. Les travailleurs expriment leur choix dans l’entreprise. Ce choix doit ensuite être agrégé et structuré pour désigner, aux niveaux supérieurs, des représentants capables de s’exprimer au nom d’un ensemble plus large.
Refuser ce mécanisme reviendrait à vouloir des « maires » sans conseillers élus, ou des représentants nationaux sans base électorale. Ce serait rompre la chaîne de légitimité. L’enjeu est au contraire très simple : prolonger ce qui fonctionne déjà.
Il ne s’agit pas d’imposer une réforme abstraite, mais de tirer les conséquences d’une pratique existante. Ce qui est valable pour désigner un délégué du personnel doit l’être pour désigner un représentant de branche ou un acteur du dialogue social national.
Ainsi, loin d’être une rupture, les élections professionnelles constituent une mise en cohérence du système syndical gabonais. Elles permettent de bâtir une légitimité qui part de la base, s’organise au niveau intermédiaire et s’affirme au sommet. Une légitimité continue, mesurable et incontestable.
Car au fond, tout est déjà là. Il suffit désormais d’aller au bout de la logique : faire du vote des travailleurs non seulement le fondement de la représentativité dans l’entreprise, mais aussi la clé de voûte de l’ensemble du modèle syndical.
Jocelyn Louis NGOMA, secrétaire général de la FETRAG

