Alors que la paralysie de nos établissements scolaires menace l’avenir de toute une génération, la nomination d’un médiateur par la présidence de la République marque un tournant décisif. Entre la légitimité des revendications syndicales et les impératifs de l’État, une voie étroite existe : celle du réalisme et du compromis. Dans cette tribune, Darius Enguengh Mintsa, docteur en psychopédagogie et conseiller stratégique du Syndicat de l’Education nationale, analyse les conditions indispensables à une médiation réussie. Il appelle à rompre avec la culture de l’affrontement pour bâtir un dialogue fondé sur la transparence et la responsabilité partagée.
Face à une grève prolongée qui paralyse nos écoles, le président de la République a nommé un médiateur, conformément à l’article 21 de la loi n° 18/92 du 18 mai 1993 relative aux organisations syndicales des agents de l’État : le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Ce geste ouvre enfin la voie à un dialogue direct avec la base, comme le réclame une partie significative des protagonistes, et constitue une réelle chance de sortie de crise.
La nomination d’un médiateur engage la parole de la République. Ce n’est pas un geste symbolique : c’est un acte politique et moral qui oblige l’État à la cohérence, à la transparence et au respect strict des engagements pris. À ce niveau, aucune approximation n’est permise. Chaque partie doit s’inscrire dans cette démarche avec sérieux et sens de l’intérêt général, dans l’esprit du « Gabon d’abord ».
Dépasser le « tout ou rien » par la négociation graduée
La posture du « tout ou rien », c’est-à-dire exiger la régularisation immédiate et intégrale de toutes les situations administratives et financières, peut se comprendre au regard du gel de ces situations depuis plusieurs années. Toutefois, elle mérite d’être interrogée. La crise actuelle appelle moins à la radicalisation qu’à une intelligence collective capable de transformer la médiation en avancées concrètes. Dans cette perspective, les enseignants ont un rôle déterminant : rester fermes tout en étant réalistes.
Négocier implique de hiérarchiser les revendications, d’accepter des progrès graduels, de les inscrire dans un calendrier précis et de garantir leur suivi. Une telle approche renforcerait la crédibilité du mouvement et rassurerait des parents profondément inquiets pour la scolarité de leurs enfants. L’histoire des luttes sociales montre que les avancées durables naissent de priorités claires, d’un dialogue constant et d’un souci partagé de l’intérêt général.
De même, le gouvernement doit faire preuve d’exemplarité : transparence totale dans la communication de ses engagements, respect strict des calendriers et mise en place de mécanismes de contrôle crédibles et accessibles. Cette transparence peut notamment passer par une liste consultable par les parties prenantes, détaillant les situations régularisées, afin d’assurer un suivi rigoureux tout en préservant la confidentialité.
Vers une responsabilité partagée pour l’avenir
Il s’agit également de rendre compte régulièrement des progrès réalisés et de garantir que les mesures annoncées produisent des effets tangibles. La confiance, indispensable à toute médiation, se construit par la cohérence, la rigueur et la visibilité des résultats.
In fine, la sortie de crise dépend désormais de la capacité de tous les acteurs à conjuguer fermeté et réalisme, droits et responsabilités. Le temps des confrontations stériles et des intimidations doit céder la place à un dialogue réfléchi, où chaque engagement est suivi d’effets concrets et chaque effort reconnu. L’avenir de l’école gabonaise, et celui de toute une génération, exige cette intelligence collective et cette responsabilité partagée.
Darius Enguengh Mintsa, Docteur en psychopédagogie, Conseiller stratégique du secrétaire général du Sena
NB : Les intertitres sont de la Rédaction