Depuis le 30 septembre, le gasoil se fait rare dans le Grand Libreville. Files d’attente, rationnement et difficultés de transport : la tension s’est rapidement invitée dans le quotidien. Ce n’est que le 2 octobre que le ministère du Pétrole et du Gaz a communiqué, annonçant un retour progressif à la normale à compter du 4 octobre. Entre l’alerte visible dans les stations et la réponse officielle, trois jours se sont écoulés. Une question s’impose : pourquoi attendre la pénurie pour agir ?
Dans plusieurs stations, notamment aux Charbonnages, à Bessieux, à La Peyrie, à Supergros ou encore au Carrefour Hassan, le gasoil a été signalé comme indisponible ou rationné. Certains automobilistes ont dû multiplier les détours pour trouver une station approvisionnée. Taxis, transporteurs, livreurs et entreprises utilisant des groupes électrogènes ont été particulièrement exposés. La crise dépassait le simple désagrément.
Raffiner ne suffit pas
Le paradoxe est saisissant : le Gabon produit du pétrole. Mais produire du brut ne garantit pas une disponibilité permanente de carburants raffinés. La SOGARA, implantée à Port-Gentil, produit notamment du gasoil. Depuis 2020, elle assure aussi l’importation de carburants lorsque sa production ne suffit pas à couvrir la demande nationale.


La question est donc celle de la sécurisation de toute la chaîne : raffinage, importation, stockage et distribution. Une faiblesse sur un maillon peut devenir un problème national.
Stockage : les réserves sont-elles mobilisées à temps ?
Dans son communiqué du 2 octobre, le ministère explique la tension par une diminution des stocks chez certains marketeurs. Il précise que les quantités disponibles à la SGEPP ont été mises à leur disposition pour assurer la continuité de l’approvisionnement, dans l’attente d’une nouvelle cargaison. Un rationnement temporaire a été décidé jusqu’à l’arrivée du prochain navire, annoncée pour le 3 octobre.
Le dispositif de stockage existe donc. Mais à quel moment les réserves sont-elles mobilisées ? Une réserve doit surtout permettre d’amortir une tension avant les files interminables. Reste à savoir quand les signaux d’alerte ont été traités.
Le vrai sujet : l’anticipation
Une rupture d’approvisionnement est généralement précédée par une baisse des stocks, des besoins connus et des délais logistiques. Pour les produits importés, elle dépend aussi de l’arrivée des cargaisons. Or le communiqué gouvernemental indique que le réapprovisionnement dépendait de l’arrivée d’un nouveau navire.
Qui surveille les stocks ? Quels sont les seuils d’alerte ? À partir de quel niveau les importations sont-elles déclenchées ? Existe-t-il un scénario d’urgence en cas de retard ? Quelle coordination entre ministère, SOGARA, SGEPP et marketeurs ? Une politique d’anticipation doit répondre à ces questions avant que le consommateur ne découvre lui-même la crise à la pompe.
Le communiqué après la pénurie
La communication du 2 octobre clarifie officiellement la situation et annonce des mesures. Mais elle intervient après plusieurs jours de tensions. Sur un produit aussi stratégique, communiquer tardivement nourrit rumeurs, achats de précaution et déplacements inutiles.

Le gouvernement annonce un retour progressif à la normale à partir du 4 octobre. Il faudra juger cette réponse sur ses résultats : disponibilité, fin du rationnement et régularité de la distribution. Mais comment éviter que la prochaine alerte ne soit connue d’abord par les automobilistes ?
Prévoir avant de réparer
L’enseignement de cette pénurie ne devrait pas seulement être de remettre du gasoil dans les cuves après une rupture. Il devrait être de construire un système capable de détecter la tension avant qu’elle n’atteigne les stations : prévoir les besoins, surveiller les stocks, contrôler les niveaux, déclencher à temps les importations, disposer de mesures d’urgence et informer rapidement la population.
Un gouvernement n’est pas seulement attendu lorsqu’il éteint l’incendie. Il est aussi attendu lorsque les premiers signaux apparaissent. Pour le gasoil comme pour les autres produits stratégiques, l’urgence est donc de réparer la pénurie d’aujourd’hui, mais surtout d’empêcher que celle de demain ne surprenne encore le pays. À défaut, le pouvoir public risque de donner l’image de ce médecin appelé lorsque la maladie est déjà installée.












