Malgré l’accumulation des programmes sanitaires et l’appui constant des partenaires internationaux, la mortalité maternelle reste une plaie ouverte au Gabon. Alors que le budget 2027 est en préparation, l’alerte de l’UNFPA rappelle une réalité cinglante : l’urgence n’est plus seulement de débloquer des fonds, mais d’exiger la transparence totale et l’évaluation réelle de chaque franc investi dans les maternités.

« Nous savons qu’au Gabon, la mortalité maternelle est en croissance. » Le constat, sans concession, a été posé le 27 octobre 2026 par Leïla Saiji Joudane, représentante résidente du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). Au sortir d’une audience à Libreville avec le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga M. Ndiaye, la diplomate a remis au centre du débat public un paradoxe gabonais : celui d’un pays qui multiplie les chantiers sans parvenir à endiguer un drame pourtant évitable.
L’illusion du toujours plus budgétaire
Au cœur des échanges parlementaires, la nécessité de doter le ministère de la Santé de moyens substantiels pour déployer le plan d’urgence du gouvernement a fait consensus. Une démarche budgétaire classique, presque mécanique, qui se heurte pourtant à un bilan historique mitigé. Depuis l’indépendance, des milliards de francs CFA ont été injectés dans le système sanitaire. Pour quels résultats tangibles ?


La question n’est plus de présumer d’une mauvaise gestion de prime abord, mais d’instaurer une culture de la reddition de comptes. Quels montants exacts l’État et ses bailleurs de fonds ont-ils mobilisés ces dernières décennies ? Quelle part a réellement atteint les structures de soins de l’intérieur du pays comme de la capitale ? Faute de mécanismes de contrôle indépendants et de traçabilité stricte, le doute persiste et l’efficacité des politiques publiques s’étiole.
Le thermomètre du terrain : des chiffres aux réalités cliniques
Pour les usagers, l’efficacité d’une ligne budgétaire votée dans le confort de l’hémicycle ne se mesure pas en termes de milliards de crédits accordés. Elle se jauge au quotidien, au chevet des patientes. Dans les maternités gabonaises, le succès d’un financement se traduit concrètement par : la disponibilité immédiate des médicaments essentiels et des kits d’urgence. La maintenance continue des blocs opératoires et des couveuses. La présence continue de personnels qualifiés (sages-femmes, obstétriciens) motivés et équitablement répartis sur le territoire national. La réduction drastique des délais de prise en charge des urgences obstétricales.
Tant que ces conditions ne sont pas réunies, l’augmentation des enveloppes financières reste une abstraction administrative qui ne sauve aucune vie.
Budget 2027 : le défi du contrôle parlementaire
Alors que l’Assemblée nationale promet de passer au crible les crédits alloués à la santé pour l’exercice 2027, le pouvoir législatif fait face à sa propre responsabilité. Voter une loi de finances est une chose, contrôler l’exécution du budget en est une autre, souvent négligée. Les députés devront acter un virage majeur : passer d’une logique de moyens (« combien d’argent donne-t-on ? ») à une logique de performance (« qu’a-t-on obtenu avec cet argent ? »).
Les citoyens gabonais n’attendent plus des promesses de réhabilitation ou des annonces d’investissements grandioses. Ils exigent un droit de regard légitime sur ce qui est financé, ce qui est effectivement réalisé, et l’impact direct de ces choix sur la vie des femmes. Au Gabon, l’argent de la santé ne doit plus seulement être dépensé : il doit enfin soigner.












