Dans une déclaration publiée le 22 août, la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) et les partis politiques alliés mettent en question la portée du bilan présidentiel présenté le 16 août. Sans contester les réalisations évoquées, ils réclament des chiffres, des dates, des montants et des preuves pour mesurer concrètement les résultats annoncés.
« Un État responsable regarde la réalité en face, dit la vérité à son peuple et agit. » Si cette formule prononcée à l’occasion du soixante-sixième anniversaire de l’indépendance se voulait solennelle, elle souffre pourtant d’un manque de fondement concret.
C’est précisément le sens de l’intervention de l’opposition. En prenant le contre-pied de l’adresse solennelle du pouvoir, le regroupement politique a choisi de faire porter sa critique sur les éléments factuels laissés de côté : des données chiffrées, des calendriers précis, des évaluations financières ainsi que des éléments de preuve.

Une vérité sans données
Le Président de la République avait pourtant pris les devants, assurant vouloir s’exprimer « sans intention de dissimuler ni nos progrès, ni nos difficultés ». La CNR dit prendre acte de cet engagement — pour aussitôt en souligner la limite : « la vérité publique ne saurait se satisfaire de formulations générales. Elle suppose des données, des comparaisons, des objectifs mesurables et des résultats vérifiables. »

C’est là tout l’objet de la déclaration : non pas nier les réalisations énumérées le 16 août, mais rappeler qu’une inauguration n’est pas un bilan. La coalition ne conteste « ni l’utilité ni, pour certaines, la nécessité » des bâtiments administratifs cités dans le discours. Elle demande simplement ce qu’ils ont coûté, qui les a financés, quelles entreprises ont obtenu les marchés, et selon quelles procédures.
L’école qui manque de bancs
Premier secteur passé au crible : l’éducation. Le Chef de l’État s’est félicité de la hausse du nombre d’admis aux examens de fin de cycle, tout en reconnaissant la nécessité de « renforcer rapidement les capacités d’accueil » des établissements. Un aveu que la CNR retourne en question : combien d’écoles ont été construites en trois ans, pour quel montant, et quel est aujourd’hui le nombre moyen d’élèves par classe, à Libreville comme dans l’arrière-pays ?
Sans ces réponses, avertit la déclaration, la hausse du nombre de lauréats « risque de masquer une réalité plus préoccupante » : un système qui produit davantage de diplômés sans disposer des capacités pour les accueillir décemment.
Le bitume sans kilomètres
Même mécanique sur les routes. Le discours présidentiel évoque « la livraison progressive de nos principaux axes routiers » — une formule que la CNR juge invérifiable en l’état. Combien de kilomètres ont réellement été livrés ? Quel est le taux d’exécution des chantiers ? Quels tronçons restent à achever, et dans quels délais ?
La coalition va plus loin, interrogeant la définition même de « principaux axes » lorsque des infrastructures aussi structurantes que la Nationale 1 et la route économique demeurent, selon elle, dans un état préoccupant.
Les tuyaux qui ne coulent pas
Sur l’eau et l’électricité, le Chef de l’État a reconnu les coupures et l’impatience des familles — une lucidité que la CNR salue, avant de la nuancer aussitôt : cette reconnaissance a été « brouillée » par une responsabilité renvoyée vers le non-paiement des factures ou la nonchalance de certains usagers. Où en est le comptage fiable ? La facturation exacte ? Le recouvrement des créances ? « Là encore, aucun chiffre », tranche la déclaration.
Reddition de comptes contre récit
Ce que dessine, en creux, la déclaration de la CNR, c’est une critique de méthode plus que de fond. Un discours à la Nation, rappelle le texte, « constitue un acte de responsabilité publique », non « un exercice de style ». Entre les deux, la coalition affirme n’avoir trouvé, le 16 août, que « des formules là où [elle attendait] un bilan ».
La souveraineté populaire, conclut le texte, « nous confère le droit de vérifier. Elle ne nous impose jamais de croire sans preuve. »
En somme, si la CNR remplit pleinement son rôle d’opposant en exigeant une rigueur comptable légitime, il convient de se demander si le tableau est réellement aussi sombre. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la République a manifestement mis le Gabon en chantier et engagé de lourds investissements structurales. Bien loin de toute langue de bois, le Chef de l’État reconnaît lui-même les lenteurs et déplore publiquement les retards. Entre un pouvoir qui pose des jalons concrets tout en admettant ses difficultés et une opposition qui réclame des preuves chiffrées, le débat a au moins le mérite d’exister pour pousser l’action publique vers plus de transparence et d’efficacité.












