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Gabon : Mélodie Jennyfer Sambat, conseillère spéciale ou gouverneur bis de l’Ogooué-Ivindo ?

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Quand une conseillère spéciale du président de la République se transforme en inspectrice de chantiers, reçoit les civilités des autorités provinciales et semble marcher sur les prérogatives de l’administration territoriale, une question s’impose : qui gouverne réellement les provinces au Gabon ? Derrière une mission présentée comme un suivi de projets, se dessine une inquiétante confusion des rôles, des compétences et des responsabilités. Un air de déjà-vu qui rappelle les errements institutionnels de la IVe République.

Le 3 novembre 2026, depuis Makokou, Mélodie Jennyfer Sambat annonce avoir présenté ses civilités à la Gouverneure de l’Ogooué-Ivindo. Investie d’une mission de terrain confiée par le président de la République, elle dit avoir exposé deux axes de travail : le suivi des chantiers initiés le 30 août et l’étude de l’électrification des villages du premier siège du département de l’Ivindo.

Sur le papier, l’intention est louable. Qui pourrait s’opposer à l’électrification des villages ou à l’achèvement des infrastructures attendues par les populations ? Personne. Mais en matière de gouvernance, la noblesse d’un objectif ne dispense jamais de respecter les règles de fonctionnement de l’État. Car, derrière cette communication, une interrogation demeure :  pourquoi une conseillère spéciale, chargée de mission du chef de l’État, donne-t-elle le sentiment de se substituer aux mécanismes administratifs normalement compétents pour suivre les projets publics ? Le Gabon aurait-il inventé une nouvelle fonction de conseillère spéciale, contrôleuse de chantiers et superviseure de l’administration provinciale ?

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Un gouverneur, ce n’est pas un figurant

Il convient, ici, de rappeler une réalité institutionnelle que les communicants de circonstance ne devraient jamais perdre de vue. Au Gabon, le gouverneur est le dépositaire de l’autorité de l’État. Le décret n° 91/PR-MI.DAG du 16 janvier 1976, complété par les textes ultérieurs, lui confère, notamment, la qualité de représentant du président de la République et du gouvernement dans sa province.

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Ses responsabilités sont loin d’être décoratives : application des lois et règlements, maintien de l’ordre public, coordination des services déconcentrés de l’État, conseil au gouvernement sur les questions provinciales, suivi et contrôle de l’exécution des programmes d’équipement et d’aménagement. Il dispose donc d’une véritable autorité administrative et de mécanismes institutionnels pour rendre compte de la situation au pouvoir central.

Dès lors, quelle est exactement la valeur ajoutée d’une telle mission présidentielle lorsqu’elle donne l’impression de réinventer une chaîne de commandement déjà établie ? Que font les responsables administratifs locaux ? À quoi servent les services techniques provinciaux ? Pourquoi donner le sentiment que tout doit remonter à une conseillère spéciale pour que les choses avancent ?

Le gouverneur n’est ni un subordonné de passage, ni un simple figurant chargé d’accueillir les délégations de Libreville. Il est le représentant territorial du chef de l’État. Et s’il doit rendre compte, il dispose des canaux administratifs pour le faire directement. 

Une mission présidentielle peut, naturellement, recueillir ses informations et vérifier les résultats. Mais elle ne saurait devenir, sans clarification, une administration parallèle.

Avec quelle expertise technique ?

C’est l’autre angle mort de cette opération. Quelle expertise technique Mélodie Jennyfer Sambat mobilise-t-elle pour apprécier le niveau d’avancement d’un chantier ? Quels instruments de mesure utilise-t-elle ? Sur quelles grilles d’évaluation, quels rapports d’ingénieurs, quels procès-verbaux de réception ou quels audits fonde-t-elle ses appréciations ?

Un chantier ne s’évalue pas à coups de photographies, de poignées de main et de publications sur Facebook. Il faut des compétences, des métriques, des contrôles de conformité, une expertise financière et des responsabilités clairement établies. Les ingénieurs, les bureaux de contrôle, les auditeurs et les administrations sectorielles existent précisément pour cela.

Que la présidence s’assure que ses instructions sont exécutées est parfaitement légitime. Mais si chaque collaborateur du chef de l’État doit devenir, tour à tour, inspecteur, évaluateur et superviseur, à quoi servent donc les institutions spécialisées ? Faudrait-il comprendre que les compétences techniques seraient désormais concentrées dans les cabinets présidentiels, pendant que les professionnels attendent leur tour à Libreville ?

Le syndrome de la conseillère omniprésente

Nous n’avons aucun problème de principe avec Mélodie Jennyfer Sambat, ni avec sa fonction de conseillère spéciale. Mais une fonction présidentielle impose de la retenue, de la précision et une parfaite compréhension de la frontière entre représentation, coordination et exécution. Ses précédentes prises de parole publiques, notamment les controverses autour de la communication sur les bourses d’études, ont déjà nourri des interrogations sur la maîtrise des dossiers et la rigueur de la communication institutionnelle. Cela devrait inciter à davantage de prudence, plutôt qu’à multiplier les démonstrations publiques de présence et d’autorité. 

Une autre question mérite d’être posée : pourquoi cette mobilisation se concentre-t-elle sur l’Ogooué-Ivindo ? Une conseillère spéciale du président de la République exerce-t-elle une mission nationale ou de proximité territoriale particulière ? Son mandat doit-il être apprécié à l’aune de l’intérêt général ou de son ancrage géographique ? Les populations des autres provinces ont, elles aussi, droit à la même attention.

Le coût de la confusion

Par ailleurs, ces déplacements ont également un coût. Transport, hébergement, restauration, mobilisation des équipes, chauffeurs, aides de camp, logistique et éventuelles primes : tout cela mobilise des ressources publiques. Il ne s’agit pas d’affirmer que ces dépenses sont injustifiées sans en connaître les montants, mais d’interroger leur rendement.

À l’heure où l’État doit arbitrer ses dépenses et financer des besoins urgents, chaque mission devrait répondre à une nécessité démontrable. Si les administrations provinciales, les services techniques et les mécanismes ordinaires de contrôle peuvent produire les mêmes résultats, pourquoi multiplier les dispositifs parallèles ?  L’argent public mérite mieux que des tournées institutionnelles dont la plus-value reste à établir.

Ne pas ressusciter les travers de la IVe République

Le Gabon a précisément besoin de sortir de cette culture où les fonctions se chevauchent, où les responsabilités deviennent illisibles et où chacun semble pouvoir intervenir dans le domaine de l’autre. La IVe République d’Ali Bongo avait suffisamment illustré les dangers d’un système dans lequel les centres de décision se multipliaient, les prérogatives s’entremêlaient et la lisibilité de l’action publique finissait par s’effacer.

La Ve République ne peut pas se construire avec les réflexes de l’ancienne. Restaurer l’autorité de l’État, c’est aussi restaurer la hiérarchie des responsabilités, respecter les compétences et exiger de chaque acteur qu’il demeure à sa place institutionnelle.

À Mélodie Jennyfer Sambat, un rappel s’impose : le rôle d’un collaborateur du chef de l’État est d’éclairer son action, de faciliter sa mise en œuvre et de contribuer au rayonnement de son autorité. Ce n’est pas de transformer chaque déplacement en démonstration personnelle de pouvoir. Le président de la République n’a pas besoin de collaborateurs qui occupent le terrain médiatique à sa place, mais de collaborateurs qui rendent son action plus efficace et ses institutions plus solides.

Le Gabon n’a pas besoin d’une République des conseillers spéciaux, des gouverneurs bis et des contrôleurs improvisés. Il a besoin d’un État organisé, lisible et responsable. À force de vouloir être partout, certains finissent par brouiller tout. Et c’est précisément ce que la rupture du 30 août 2023 était censée nous éviter.

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