Près de 863 milliards de FCFA investis, des stades de prestige laissés à l’abandon et plus de 260 milliards de dépenses sans aucun justificatif : au Gabon, l’héritage des Coupes d’Afrique des nations (CAN) 2012 et 2017 vire au scandale d’État. Alors que la « Task Foot » s’est refermée fin octobre 2026 pour tenter de réanimer un football national en crise, l’heure des comptes a sonné pour l’ancien régime.
Le constat est accablant pour les finances publiques gabonaises. Entre les ambitions de grandeur de l’ancien président Ali Bongo Ondimba et la réalité du terrain, le fossé se mesure en centaines de milliards de FCFA. Dix ans après les projecteurs des CAN 2012 et 2017, la facture continue de peser lourdement sur l’État, tandis que la Cour des comptes commence à exhumer les dossiers les plus sombres de cette gestion.
Le trou noir des audits : 262 milliards volatilisés en 2012
Les chiffres officiels donnent déjà le tournis. La CAN 2012, coorganisée avec la Guinée équatoriale, a coûté près de 400 milliards de FCFA. En 2017, pour une organisation en solo, le budget prévisionnel a grimpé à 463 milliards de FCFA. Au total, l’État a mobilisé une enveloppe estimée à 863 milliards de FCFA.

Pourtant, la transparence financière n’a jamais été au rendez-vous. Pour l’édition 2017, le Comité d’organisation (Cocan) n’a présenté qu’un bilan partiel de 192 milliards de FCFA, créant un flou artistique autour du coût réel de la compétition.
Mais c’est le dossier de la CAN 2012 qui suscite aujourd’hui l’indignation. Un arrêt de la Cour des comptes gabonaise, révélé par la presse en septembre 2026, met en lumière un gouffre financier inédit : 262,7 milliards de FCFA de dépenses ne comportent aucune pièce justificative. Près des deux tiers du budget d’une compétition majeure se sont volatilisés dans des circuits administratifs sans laisser de trace légale. Pour l’opinion publique, l’anomalie bureaucratique ne passe plus.
Des stades de prestige transformés en ruines
Sur le plan matériel, l’échec est tout aussi visible. Le Gabon dispose de quatre grands stades construits ou rénovés à grands frais. Pourtant, la Confédération africaine de football (CAF) vient de livrer son verdict pour les éliminatoires de la CAN 2027 : seul le stade de la Rénovation de Franceville est homologué.
Les trois autres enceintes phares de l’ère Bongo sont officiellement disqualifiées :
Le stade de l’Amitié sino-gabonaise (Angondjé)
Le stade d’Engong (Oyem)
Le stade Michel-Essonghé (Port-Gentil)
Faute d’entretien et de budgets de maintenance, ces infrastructures, autrefois symboles de la modernité gabonaise, tombent en ruine. Les dégradations structurelles bloquent désormais l’organisation de matchs internationaux, transformant ces colosses de béton en monuments à l’abandon.
Le basketball brille avec des miettes
Ce tout-football s’est fait au détriment des autres sports. Pendant que le ballon rond engloutissait les budgets de la République, des disciplines comme le basketball, les arts martiaux ou la natation survivaient avec des moyens dérisoires.
Le paradoxe est sportif : malgré ce manque criant de structures et de financements réguliers, le basketball gabonais a réussi l’exploit de se qualifier pour les phases finales continentales au Rwanda. Une performance qui prouve le potentiel du pays, si les investissements étaient équitablement répartis.
Des stades plutôt que de l’eau potable
Au-delà du sport, c’est un choix de société qui est contesté. Les milliards injectés dans les CAN ont été directement soustraits aux urgences sociales des populations. Pendant les années de vaches grasses du football, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, la construction d’écoles dignes, de centres de formation et d’hôpitaux fonctionnels sont restés au second plan.
La tenue de la « Task Force pour le renouveau du football gabonais » du 22 au 26 octobre 2026 a permis de dresser un diagnostic d’urgence. Si l’initiative promet de réhabiliter les infrastructures défaillantes, elle ne pourra pas faire l’économie d’une question centrale : qui portera la responsabilité judiciaire et politique des milliards perdus ? Réparer les toitures des stades ne suffira pas à effacer l’ardoise d’une politique de prestige dont les Gabonais attendent toujours le premier retour sur investissement.












