AccueilA La UneGabon : Ali Bongo, le naufrageur à la poursuite d’un héritage profané

Gabon : Ali Bongo, le naufrageur à la poursuite d’un héritage profané

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Depuis son exil feutré en France, l’ancien président déchu Ali Bongo Ondimba tente un improbable baroud d’honneur en contestant la direction actuelle du Parti démocratique gabonais (PDG). Un spectacle pathétique qui feint d’ignorer une réalité cinglante : son propre règne fut le tombeau de la maison léguée par son père. Analyse d’une amnésie politique qui frise l’insulte à l’intelligence des Gabonais.

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L’audace des hommes politiques se mesure parfois à l’immensité de leur amnésie. En s’époumonant depuis Paris pour réclamer les clés d’un Parti démocratique gabonais (PDG) en pleine reconstruction, Ali Bongo Ondimba ne signe pas un retour politique, il acte sa mémoire défaillante déconnectée absolue des réalités. S’autoproclamer aujourd’hui victime ou héritier spolié relève d’une imposture historique. Avant de crier à la trahison, l’ancien chef de l’État ferait mieux de balayer les décombres de son propre management et de comptabiliser les fautes politiques irréparables qui ont jalonné ses quatorze années de gouvernance absolue. Pour la majorité des Gabonais, cet appel du pied parisien résonne comme une profanation supplémentaire de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba, et comme une injure flagrante faite au peuple.

Le péché originel d’un souverain par procuration

Il convient de rafraîchir les mémoires : en 2009, rien ne prédestinait biologiquement ni politiquement Ali Bongo à prendre les rênes de la machine de guerre créée par son père. Son aura personnelle, désespérément mince, n’aurait jamais suffi. S’il a accédé au trône du PDG, c’est uniquement par la bienveillance et la révérence des barons et compagnons de route d’Omar Bongo, qui espéraient naïvement voir en lui le continuateur du « compromis gabonais».

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Mais à peine installé, le prétendant s’est cru dépositaire d’un droit divin. Loin de cultiver ce legs, il a méthodiquement brisé tous les fils qui le reliaient à l’ADN du parti. Se croyant plus grand que l’organisation, il a tourné le dos à ceux qui l’avaient fait roi. C’est sous son égide qu’est née l’infâme « légion étrangère », ce cabinet de technocrates hors-sol et d’affidés venus d’ailleurs, qui a colonisé jusqu’au sanctuaire le plus sacré de la République. En imposant aux Gabonais cette camisole de force politique au profit d’intérêts ésotériques et financiers, Ali Bongo n’a pas tracé sa propre voie : il a piétiné le pacte social et marché sur les principes de son bienfaiteur de père.

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La saignée des cadres et la dérive autocratique

Cette ingratitude managériale a payé le prix fort. Le mépris affiché dès 2009 envers la vieille garde a déclenché une hémorragie politique sans précédent au sein du « grand parti des masses ». Sentant le navire ivre entre des mains inexpertes et capricieuses, les esprits les plus brillants et les piliers historiques ont claqué la porte. Les départs successifs de figures majeures telles que Casimir Oyé Mba, Jean Eyeghe Ndong, ou encore le regretté André Mba Obame et Guy Nzouba Ndama, ont ébranlé les fondations mêmes de l’édifice.

Pire encore, la fronde interne a donné naissance au courant Rassemblement Héritage et Modernité (RHM), mué plus tard en Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM). Ce ne sont pas de simples dissidences, ce sont les morceaux d’un parti que le président d’alors dépeçait lui-même par son arrogance. Pendant que le parti tanguait, fracturé par ses choix erronés, le pouvoir d’Ali Bongo s’enfermait dans une bulle d’autosuffisance, sourd aux craquements du sol national.

Les « gardiens du temple » face aux touristes de l’exil

Au lieu de lancer des cris d’orfraie de l’autre côté de l’Atlantique ou de la Manche, l’ancien despote devrait observer une posture de stricte gratitude envers la direction actuelle du PDG. Le bureau politique du renouveau, emmené par des figures résilientes comme Blaise Louembé ou Angélique Ngoma, s’est érigé en « gardien du temple ». Ce sont eux qui ont ramassé les morceaux d’une formation politique menacée de dissolution et d’indignité nationale au lendemain du coup de libération d’août 2023.

Où étaient Ali Bongo et sa cour lorsque la tempête menaçait d’effacer le PDG de la carte du Gabon ? Ils se la coulaient douce entre Londres et les beaux quartiers parisiens, bien loin des contingences et des angoisses des militants laissés pour compte. Prétendre aujourd’hui que le PDG est une « affaire patrimoniale ou familiale » est un contresens historique majeur. En fondant ce parti, Omar Bongo voulait en faire le « creuset de l’unité nationale », non un héritage à léguer dans un testament de famille pour enfants gâtés de la République.

L’impardonnable humiliation

Qu’a fait Ali Bongo de ce creuset national ? Il en a fait un instrument d’exclusion, de morgue et d’humiliation systématique des cadres locaux. Le philosophe Hippocrate écrivait fort justement : « De deux douleurs simultanées, la plus forte obscurcit l’autre. » Si le Gabon peut pardonner les erreurs économiques, il n’oubliera jamais l’affront d’avoir été livré à une coterie d’intrigants étrangers qui pillaient ses ressources de manière décomplexée. Cette douleur-là demeure vive dans la chair des Gabonais.

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Vouloir revenir aujourd’hui par la petite porte de l’histoire pour diriger le PDG n’est pas seulement une erreur politique, c’est une provocation cynique. Ali Bongo a lui-même signé son acte de divorce avec le bongoïsme originel. En politique comme dans la vie, lorsque les masques tombent, le rideau doit se baisser. La messe est dite, et la Fatiha ne saurait être récitée à l’envers.

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