Camarades travailleurs, chers partenaires sociaux,
Qu’il nous soit permis, avec toute la courtoisie républicaine qui sied au débat social, de partager une réflexion de fond.
Le Gabon est arrivé à un moment de vérité dans l’organisation de son dialogue social.
Les travailleurs ont voté en 2026 pour déterminer la représentativité de leurs organisations syndicales. Dès lors, une question fondamentale se pose : que fait-on de la légitimité sortie des urnes ?
Plusieurs mois après le scrutin, les résultats définitifs se font encore attendre. Cette situation, indépendante de la volonté des travailleurs, appelle une interrogation constructive sur les méthodes et l’organisation du processus.
On ne peut pas organiser des élections pour mesurer la représentativité, puis conduire le dialogue social comme si le vote des travailleurs n’avait aucune conséquence. Les résultats doivent être définitivement établis, rendus opposables et surtout produire leurs effets.
Une parole présidentielle qui doit être respectée
Le 30 août 2026, le Président de la République, Chef de l’État, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, a directement abordé la question sociale. Nous prenons cette parole au sérieux. Il a notamment affirmé : « J’entends les inquiétudes des travailleurs et des partenaires sociaux. Le droit de grève et la liberté syndicale seront respectés dans le cadre fixé par la loi. Le dialogue doit être sincère, permanent et utile. »
Le Chef de l’État poursuit en demandant à l’État d’« écouter et négocier de bonne foi », tout en appelant les partenaires sociaux à formuler des propositions responsables et à préserver la continuité des services essentiels.
Puis vient cette formule essentielle qui doit guider tous les acteurs : « Le dialogue ne peut devenir le prétexte à la paralysie du pays, pas plus que l’autorité ne peut servir de prétexte au refus d’entendre. »
Cette parole présidentielle ne peut rester une déclaration de principe. Elle doit trouver sa traduction concrète dans les administrations, les entreprises publiques, parapubliques et privées.
SETRAG : qui choisit les représentants des travailleurs ?
La situation à la SETRAG pose précisément cette question. Les travailleurs ont voté. Ils ont désigné leurs représentants. Pourtant, à l’approche de la négociation de la convention d’établissement, la FETRAG constate, avec respect mais avec fermeté, que des organisations disposant d’une représentation élective effective, ayant obtenu plus de 90% des sièges dont la FETRAG-SETRAG, sont marginalisées, pendant que la Direction générale manifeste une préférence pour des syndicats sans délégués du personnel issus du scrutin.
Alors, à quoi servent les élections professionnelles si l’employeur peut ensuite choisir les organisations avec lesquelles il préfère négocier ?
Ce ne sont pas les directions générales qui choisissent les représentants des travailleurs. Ce sont les travailleurs eux-mêmes.
La FETRAG dénonce donc, avec toute la courtoisie requise, ce qu’elle considère comme une ingérence de la Direction générale de SETRAG dans le fonctionnement syndical et dans l’équilibre de la représentation.
Cette situation devient encore plus préoccupante lorsque des demandes d’explications sont adressées à des responsables syndicaux pour des actes relevant de l’exercice normal de leurs fonctions, comme la tenue d’une conférence de presse.
Marginaliser des organisations disposant d’élus, privilégier des syndicats sans délégués et engager parallèlement des procédures contre certains responsables syndicaux pose nécessairement la question de la neutralité de l’employeur et de la liberté syndicale.
L’entreprise n’a pas vocation à fabriquer ses interlocuteurs syndicaux. Elle n’a pas à décider quel syndicalisme serait acceptable et quel autre serait trop dérangeant. Le pluralisme appartient aux travailleurs.
On ne peut pas organiser la démocratie sociale dans les urnes et accepter ensuite sa neutralisation autour de la table de négociation. Et surtout, l’autorité patronale ne peut devenir ce « prétexte au refus d’entendre » contre lequel le Président lui-même a mis en garde.
Sortir du syndicalisme de subvention
L’autre chantier, évoqué avec permission, concerne le financement public du mouvement syndical.
À côté de centrales qui s’efforcent quotidiennement de défendre les travailleurs, nous observons l’existence d’organisations dont l’activité semble se résumer à la perception de la subvention de l’État, sans formation, sans défense des dossiers, et dont la seule visibilité serait un voyage annuel à Genève sans restitution à la base.
Nous le disons avec courtoisie, mais avec clarté : « cette situation n’honore pas le syndicalisme ».
L’argent destiné au dialogue social doit servir à former les représentants, développer l’expertise, accompagner les travailleurs, professionnaliser la négociation collective et restituer à la base les acquis des missions internationales. Il ne doit pas entretenir des structures sans activité réelle ni financer un tourisme syndical.
Finançons la compétence et l’action syndicale, pas le folklore.
La représentativité issue des urnes doit devenir le critère central dans l’attribution des moyens publics, avec des règles transparentes et une obligation de rendre compte. Nous proposons de concentrer l’effort financier sur les cinq (5) principales centrales issues de la dernière élection sociale, en leur assignant des objectifs mesurables.
Une solution structurelle : la Bourse du Travail du Gabon
C’est pourquoi, dans un esprit de proposition constructive, la FETRAG soumet respectueusement, à l’appréciation des pouvoirs publics, la création d’une Bourse du Travail du Gabon, avec un siège national à Libreville et progressivement des antennes provinciales.
Pas un bâtiment administratif supplémentaire. Une véritable institution permanente du dialogue social, articulée autour de cinq missions :
a) Une Maison du Dialogue Social. Pour accueillir négociations, conciliations et médiations dans un cadre officiel, neutre, digne, avec procès-verbaux et suivi des engagements.
b) Un Observatoire de la Représentativité. Pour centraliser en toute transparence les résultats électoraux, les conventions et les accords, et établir objectivement qui représente qui. Ainsi, à la SETRAG comme ailleurs, la qualité d’interlocuteur ne dépendrait plus de la préférence de l’employeur. Les urnes et les règles répondraient.
c) Un Centre National de Formation Syndicale. Pour donner tout son sens à la subvention publique, en finançant la compétence : droit du travail, négociation collective, santé et sécurité, protection sociale et normes internationales du travail de l’OIT.
d) Un Guichet du Travailleur. Pour recevoir, orienter et suivre rigoureusement tous les dossiers afin qu’aucune situation ne disparaisse dans un tiroir.
e) Une Mémoire Sociale du Gabon. Pour conserver les conventions collectives, accords, procès-verbaux et archives du dialogue social.
Passer de la subvention à l’investissement social
Les moyens publics consacrés au syndicalisme doivent financer des missions vérifiables : formation, assistance, négociation, études, représentation et prévention des conflits. Il ne s’agit plus de distribuer de l’argent pour entretenir des structures. Il s’agit d’investir dans la paix sociale.
Le Gabon ne peut plus attendre qu’une crise éclate pour découvrir qu’il aurait fallu dialoguer. Le dialogue social doit devenir une institution permanente.
Le principe est simple et républicain :
L’État garantit les règles.
Les travailleurs choisissent leurs représentants.
Les employeurs respectent ce choix et la liberté syndicale.
Les organisations syndicales assument leurs responsabilités et rendent compte à leurs bases.
Aucune direction générale ne devrait pouvoir contourner le verdict des urnes en privilégiant les organisations qu’elle considère plus accommodantes.
Un État moderne ne choisit pas ses syndicats.
Un employeur ne choisit pas les représentants de ses salariés.
Ce sont les travailleurs qui choisissent.
L’État garantit ce choix.
L’employeur le respecte.
Voilà comment donner un contenu concret à l’engagement présidentiel en faveur d’un dialogue « sincère, permanent et utile ».
Voilà pourquoi la FETRAG propose aujourd’hui de franchir une nouvelle étape :
Créons la Bourse du Travail du Gabon.
Donnons au dialogue social une maison, une mémoire, des compétences et des règles.
Car comme nous le croyons profondément, un pays ne se construit pas contre ses travailleurs, mais avec eux.
Avec nos salutations syndicales les plus fraternelles et républicaines.
Camarade Dieudonné KOUMBA MBOULA, Secrétaire Général Adjoint de la FETRAG, Certifié OIT en Normes Internationales du Travail
