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Laurence Ndong à Makokou : doit-on politiser l’administration gabonaise?

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À Makokou, le vendredi 28 août, la visite de la ministre de la Fonction publique et du Renforcement des Capacités, Laurence Ndong, à la Direction provinciale des Ressources humaines de l’Ogooué-Ivindo, en marge de la troisième édition de la Fête nationale de la Libération, avait tout d’un déplacement administratif classique : écouter les agents, constater leurs conditions de travail, remettre du matériel et accélérer le traitement de certaines situations administratives. Une initiative difficile à critiquer dans son principe. Mais son calendrier soulève une interrogation plus profonde : dans une administration moderne, faut-il attendre un grand rendez-vous national pour que le fonctionnement ordinaire de l’État gagne en visibilité ?

La ministre assume une démarche de proximité avec les agents publics. Elle explique avoir effectué cette visite « en marge des activités commémoratives de la 3e édition de la Fête nationale de la Libération » afin de rencontrer directement les personnels de la DPRH de l’Ogooué-Ivindo.

Une démarche qui, sur le fond, répond à une exigence essentielle de la gestion publique : un responsable doit connaître les réalités de terrain avant de prétendre administrer efficacement. Laurence Ndong l’affirme elle-même : « Cette rencontre avec les agents m’a permis d’échanger directement avec eux sur leurs conditions de travail et les réalités auxquelles ils sont confrontés dans l’accomplissement quotidien de leurs missions. »

L’écoute constitue donc le premier volet de cette opération. Le second est matériel. La ministre indique avoir procédé à « une dotation en matériels informatiques, équipements et fournitures de bureau afin de renforcer les capacités opérationnelles de cette administration déconcentrée et d’améliorer la qualité du service rendu aux agents publics ».

À cela s’ajoute la remise d’actes administratifs destinés aux agents de la province. Une mesure présentée comme un moyen de rapprocher davantage la Fonction publique de ses usagers et d’accélérer le règlement des situations administratives.

Sur le principe, rien de plus normal. Un service public mieux équipé est davantage en mesure de remplir ses missions. Des agents dont les dossiers sont traités plus rapidement sont des agents qui retrouvent confiance dans leur administration. Mais c’est précisément ici que commence la véritable question.

Quand l’ordinaire devient exceptionnel

Pourquoi cette action intervient-elle dans le contexte particulier de la Fête de la Libération ? La question ne consiste nullement à contester l’utilité des équipements remis à la DPRH. Elle porte plutôt sur la régularité avec laquelle les services publics sont accompagnés.

Une direction provinciale des ressources humaines ne devrait-elle pas disposer, tout au long de l’année, des moyens nécessaires à son fonctionnement ? Ne devrait-elle pas faire l’objet d’un suivi régulier de la part de sa tutelle ? Et surtout, faut-il qu’un événement national crée l’occasion d’aller constater les réalités auxquelles les agents sont confrontés quotidiennement ?

Une administration moderne ne devrait pas fonctionner par à-coups, au rythme des cérémonies, des visites officielles ou des séquences médiatiques. Le matériel informatique, les fournitures et les équipements de bureau ne devraient pas attendre l’arrivée d’un ministre pour apparaître comme les symboles d’une attention retrouvée de l’État.

Il y a là un véritable enjeu de gouvernance. Le fonctionnement normal d’une administration ne devrait jamais devenir un événement.

Dotation exceptionnelle ou gestion programmée ?

La question mérite également d’être posée sous l’angle budgétaire. Une administration publique repose sur la prévision, la programmation et la gestion des ressources. Les services déconcentrés de l’État ont vocation à fonctionner dans le cadre de crédits et de mécanismes de gestion préalablement définis.

Il serait donc utile de savoir comment ces dotations ponctuelles s’articulent avec la programmation ordinaire des équipements et du fonctionnement des directions provinciales. Car si l’on veut véritablement moderniser l’administration gabonaise, il faut dépasser la logique du dépannage et inscrire l’équipement des services dans une politique permanente.

La difficulté serait, à terme, de donner l’impression qu’une administration doit attendre une circonstance particulière pour bénéficier de ce qui relève normalement de son fonctionnement.

Le risque est alors de glisser d’une politique publique vers une politique de visibilité. Non pas nécessairement parce que l’action serait inutile, mais parce que l’administration pourrait progressivement donner le sentiment qu’elle ne fonctionne pleinement que lorsqu’elle est exposée.

Or, l’État ne peut pas être géré comme une succession d’opérations ponctuelles. Il doit anticiper les besoins, planifier les dépenses, assurer la maintenance des équipements, contrôler les résultats et corriger régulièrement les insuffisances.

De l’action publique à la politique politicienne

Laurence Ndong inscrit cette démarche dans la vision présidentielle : « Notre responsabilité est de faire vivre cette ambition sur l’ensemble du territoire, au plus près de celles et ceux qui servent l’État. » La formule est forte. Mais elle appelle une exigence tout aussi forte : si la proximité constitue une responsabilité, elle doit devenir une méthode permanente et non une circonstance.

Une ministre peut parfaitement visiter une direction provinciale, écouter ses agents et lui apporter des moyens. Ce qui doit être évité, c’est que cette action donne le sentiment que l’administration a besoin d’un décor événementiel pour démontrer qu’elle travaille.

La frontière entre action publique et communication politique devient alors ténue. Une bonne politique publique ne devrait pas avoir besoin des projecteurs d’une cérémonie pour exister. Elle doit être visible dans les résultats : des dossiers traités, des équipements disponibles, des agents encadrés, des services accessibles et des usagers satisfaits.

L’efficacité plutôt que la mise en scène

La modernisation administrative ne se mesurera donc pas au nombre de visites officielles ni à la quantité de matériel remis lors des cérémonies. Elle se mesurera à la capacité des services publics à fonctionner correctement, y compris lorsque personne ne les regarde.

Une administration moderne est une administration qui anticipe plutôt qu’elle ne réagit ; qui planifie plutôt qu’elle n’improvise ; qui équipe ses services avant qu’ils ne soient en difficulté ; qui contrôle régulièrement plutôt qu’occasionnellement.

Alors, doit-on politiser l’administration gabonaise ? Non.

La Fonction publique doit rester au service de l’État et des citoyens, indépendamment des agendas événementiels. La visite de Makokou peut être saluée pour ses effets concrets sur les agents. Mais elle doit surtout rappeler une évidence : équiper une direction, traiter les dossiers des fonctionnaires et améliorer les conditions de travail ne sont pas des faveurs ministérielles. Ce sont des obligations ordinaires du service public.

Demain, aucun directeur provincial ne devrait avoir à attendre une fête nationale pour disposer des moyens nécessaires à son travail. Car au fond, la meilleure communication d’une administration reste encore son efficacité.

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