Dans sa déclaration du 22 août, la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) et les partis politiques alliés interpellent le pouvoir sur le silence entourant le différend territorial lié à Mbanié, Cocotier et Konga. Alors que la souveraineté a occupé une place importante dans le discours présidentiel du 16 août, la coalition demande des explications sur l’état du contentieux et les suites que l’exécutif entend donner à la décision de la Cour internationale de Justice.
Il y a des absences qui interpellent. Dans son adresse à la Nation, le Président de la République a décliné le concept de souveraineté à travers sa visite d’État à Paris, sa tournée en Afrique de l’Ouest ou le protocole minier signé avec Eramet. Un terme pourtant passé sous silence là où une clarification semblait attendue.
Dans sa prise de parole, la coalition pose directement le problème de fond : « Comment, dès lors, parler si longuement de souveraineté nationale sans évoquer Mbanié, Cocotier et Konga, les territoires autour de Mongomo et d’Ebebeyin, ni expliquer clairement aux Gabonais où en est notre pays et quelles conséquences il entend tirer de la décision de la Cour internationale de Justice ? »
Un contentieux qui ne dit pas son nom
Le différend territorial autour des îles de Mbanié, Cocotier et Konga, tout comme des zones frontalières de Mongomo et d’Ebebeyin, engage directement l’intégrité du territoire gabonais et sa relation avec la Guinée équatoriale. Une décision de la Cour internationale de Justice est intervenue sur ce dossier. Or, note la CNR, aucune indication n’a été donnée aux Gabonais sur l’état de ce contentieux ni sur les suites que l’exécutif entend y donner.
La sentence de la coalition est sans détour : « Sur une question d’une telle importance, le silence ne saurait tenir lieu de politique. »
Le faste diplomatique, et après ?
Ce silence contraste avec la place accordée, dans le même discours, à la visite d’État effectuée à Paris et présentée comme un « succès majeur ». La CNR ne conteste pas l’événement en soi, mais son évaluation : « Une visite d’État ne se mesure cependant ni au cérémonial ni aux ors de l’Élysée. Elle se mesure à ses résultats. » Quels accords engageants ont réellement été conclus, s’interroge la coalition, au bénéfice de l’emploi, de la transformation locale ou des finances publiques gabonaises ?
Le protocole d’accord signé avec le groupe minier Eramet sur le manganèse, présenté comme une avancée majeure, subit le même examen. La CNR demande quels engagements fermes et chiffrés il contient, quel calendrier de transformation locale il prévoit, quelles obligations en matière de contenu national. « À ce jour, aucun calendrier détaillé, aucune obligation véritablement contraignante n’ont été rendus publics », affirme la déclaration, qui étend la même réserve à la lettre d’intention relative au Camp de Gaulle, dont les implications foncières « mériteraient d’être exposées clairement aux Gabonais ».
Une chaise vide, un symbole
La coalition relève également l’absence remarquée de plusieurs chefs d’État de la CEMAC lors de la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance, la Guinée équatoriale ayant toutefois été représentée. Sans en tirer de conclusion définitive, la CNR met en garde contre la tentation de banaliser cette absence : « En diplomatie, une chaise vide peut parfois avoir sa signification. »
La souveraineté ne se photographie pas
Au fond, c’est une définition de la souveraineté que la CNR oppose à celle du discours présidentiel. « La souveraineté économique ne se proclame pas dans un communiqué et ne se mesure pas au faste d’une réception », écrit la coalition. « Elle se construit méthodiquement par la maîtrise des chaînes de valeur, la formation des compétences nationales et la négociation rigoureuse des contrats. »
Un territoire contesté qu’on ne nomme pas, des accords qu’on ne chiffre pas, une diplomatie qu’on mesure à ses images plutôt qu’à ses résultats : la souveraineté, semble dire la CNR, ne se décrète pas dans un discours. Elle se défend, pièce par pièce, dossier par dossier — à commencer par ceux qu’on préfère taire.
Si la CNR est bien dans son rôle d’opposant en pointant du doigt ce silence, il faut rappeler qu’en matière de diplomatie, la retenue reste de mise. Le Gabon n’a jamais été un État va-t-en-guerre, et les conversations menées à Addis-Abeba ont posé les jalons indispensables du dialogue et du respect mutuel des accords entre le Gabon et la Guinée équatoriale. Ce silence — si silence stratégique il y a — relève bien souvent de la discrétion nécessaire aux négociations sensibles plutôt que d’un abandon de souveraineté.
