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[Affaire Mbanié] quand l’ilot devient un enjeu énergétique

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Une trentaine d’hectares, mais potentiellement des espaces maritimes autrement plus vastes. À mesure que le pétrole s’invite autour de Mbanié, le petit îlot cesse d’être seulement une querelle de souveraineté : il devient un enjeu stratégique où se mêlent territoire, frontières maritimes, hydrocarbures et contrôle des voies d’accès.

Le contentieux autour de Mbanié ne disparaît jamais complètement. Il sommeille. Puis le pétrole le réveille. La zone de la baie de Corisco prend une valeur stratégique croissante à mesure que les deux États développent leurs ambitions pétrolières et attribuent des permis dans des espaces dont les limites maritimes restent contestées.

Le retour du pétrole dans le dossier

La chronologie est plus précise qu’une simple « découverte pétrolière en 2002 ». Le 21 décembre 2000, la Guinée équatoriale proteste officiellement contre un permis d’exploration et d’exploitation attribué par le Gabon à Shell pour les blocs dénommés « Mbanié » et « Mbanié Ouest ». Malabo estime alors que ce permis porte atteinte à sa souveraineté sur Mbanié et sur les espaces maritimes environnants.

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La crise prend une dimension politique spectaculaire le 26 février 2003, lorsque le ministre gabonais de la Défense, Ali Bongo, se rend sur Mbanié avec des hauts responsables militaires et la presse. La Guinée équatoriale proteste immédiatement.

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En juillet 2003, Libreville et Malabo reconnaissent que leurs négociations bilatérales ne suffisent plus. Elles demandent l’aide du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Celui-ci nomme le Canadien Yves Fortier comme médiateur. En janvier 2004, les deux pays poursuivent leurs discussions autour de la souveraineté des « îles pétrolifères » de la baie de Corisco.

Le pétrole n’a pas créé le conflit ; il l’a rendu plus précieux

Il faut donc éviter une simplification : le pétrole n’est pas à l’origine du différend. Celui-ci existait dès 1972. En revanche, les perspectives d’hydrocarbures ont considérablement augmenté sa valeur stratégique.

Un accord conclu à Addis-Abeba en juillet 2004 entre Omar Bongo et Teodoro Obiang prévoit même la recherche d’une formule d’exploitation conjointe et la création envisagée d’une zone commune de développement, tandis que les négociations territoriales se poursuivent.

Puis vient le compromis du 15 novembre 2016, par lequel les deux États saisissent la CIJ du différend. La Cour est finalement appelée à déterminer les titres juridiques applicables à leurs frontières terrestre et maritime ainsi qu’à la souveraineté sur Mbanié, Cocotiers et Conga.

Le grand malentendu de 2025

L’arrêt de la CIJ du 19 mai 2025 ne dit pas explicitement que « Mongomo et Ebebiyin deviennent gabonaises ». La Cour ne le formule pas en ces termes. Elle constate que l’accord de 2007 mentionne expressément Ebebiyin et Mongomo comme relevant de la Guinée équatoriale, et précise que sa conclusion sur la frontière terrestre n’empêche pas les deux États de convenir ultérieurement d’un ajustement de celle-ci en fonction de la situation sur le terrain et des intérêts des populations.

Mais ce silence ne doit pas être lu comme une absence de conséquence. Car la Cour a tranché sur le fond du titre juridique applicable : c’est la convention franco-espagnole de 1900, et elle seule, qui fait droit pour la délimitation de la frontière terrestre commune. La frontière fixée sur la rivière Kyé, invoquée jusque-là par la partie équato-guinéenne, n’a donc plus aucune valeur juridique. Dès lors, pour la partie gabonaise, l’application de la convention de 1900 doit être totale, et non sélective. Or, dans le tracé de 1900, Mongomo et Ebebiyin se trouvent bien du côté gabonais. On ne peut retenir le titre de 1900 pour fixer la ligne frontalière et en écarter les implications territoriales qu’il emporte mécaniquement pour ces deux localités.

La CIJ reconnaît, en revanche, la souveraineté équato-guinéenne sur Mbanié, Cocotiers et Conga, au nom du principe de succession d’État, ces formations ayant été occupées à plusieurs reprises par l’Espagne. Mais Mbanié n’est pas seulement une question de terre. Une île emporte avec elle des conséquences maritimes et, indirectement, économiques et énergétiques.

Et c’est là où se pose le second malentendu. La Cour n’a fixé aucune frontière maritime précise entre les deux pays : elle a renvoyé cette délimitation à une négociation bilatérale. Or, si l’on applique rigoureusement les règles du droit de la mer à partir des lignes de base gabonaises, et si l’on respecte la délimitation des espaces maritimes et de l’espace aérien qui en découle, l’île de Mbanié se retrouve enclavée dans les eaux territoriales et la zone maritime relevant du Gabon.

Un problème pratique en découle alors, que le droit de propriété sur l’îlot ne suffit pas à résoudre : pour accéder physiquement à la terre de Mbanié, par voie maritime comme par voie aérienne, la Guinée équatoriale devrait, en toute logique juridique, solliciter l’autorisation de survol et de passage du Gabon, souverain sur les eaux et l’espace aérien environnants. La souveraineté territoriale sur l’île et les droits maritimes qui l’entourent sont deux régimes juridiques distincts, et c’est précisément cette distinction, actée par la Cour elle-même, qui doit désormais être appliquée avec toute sa rigueur, dans le respect du droit international et de l’arrêt du 19 mai 2025, avec l’ensemble de ses implications.

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