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[Editorial] La visite qui doit changer la règle

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La visite d’État que le président Brice Clotaire Oligui Nguema entame en France à partir de demain n’a rien d’un événement exceptionnel. Entre Libreville et Paris, les relations sont anciennes, profondes, humaines, économiques et diplomatiques. Elles ont traversé les décennies, les alternances et les crises. Mais précisément parce qu’elle s’inscrit dans cette longue histoire, cette visite ne peut plus se contenter de reproduire les mêmes symboles et les mêmes discours.

Le Gabon offre une singularité en Afrique. Alors que, dans plusieurs pays du continent, le sentiment anti-français s’est fortement exprimé ces dernières années, parfois jusqu’à remettre en cause la présence française, jamais les Français vivant au Gabon n’ont été victimes d’une hostilité populaire comparable. Ils y ont trouvé un climat de paix, de stabilité et d’acceptation. Les Gabonais n’ont jamais boycotté leurs entreprises ni rejeté leurs investissements. Des entrepreneurs comme Claude-Michel Sézalory dans l’immobilier, Christian Kerangall dans l’automobile ou encore Édouard-Pierre Valentin dans les assurances ont pu bâtir des groupes prospères. Cette réussite témoigne d’une réalité simple : le Gabon n’a jamais fermé sa porte à la France.

Peu d’immersions dans les quartiers populaires 

À l’inverse, les communautés françaises ont souvent vécu dans un univers relativement séparé, privilégiant les espaces résidentiels et les relations institutionnelles, avec peu d’immersions dans les quartiers populaires ou la vie quotidienne des Gabonais. Ce constat n’est ni un reproche ni une condamnation. Il rappelle simplement que la confiance accordée par le Gabon mérite aujourd’hui un retour à la hauteur des attentes.

Le débat qui traverse aujourd’hui plusieurs pays africains ne porte d’ailleurs pas tant sur la France que sur la nature du partenariat proposé. Beaucoup réclament une relation plus équilibrée, davantage tournée vers la création de valeur locale, l’industrialisation, le transfert de technologies et l’emploi. Le Gabon peut précisément devenir la démonstration qu’une autre voie est possible : celle d’une coopération apaisée, moderne et mutuellement profitable.

Simple exportateur de matières premières 

La transformation locale du manganèse à l’horizon 2029 constitue, à cet égard, un test grandeur nature. Le Gabon ne peut plus rester un simple exportateur de matières premières avant de racheter à prix fort des produits transformés issus de son propre sous-sol. Comme le rappelait Henri-Claude Oyima, fraîchement ex-ministre de l’Economie et des Finances, « on ne peut pas faire les mêmes choses et espérer des résultats différents ». Un pays aussi riche ne devrait plus voir plus de 85% de sa population vivre dans la précarité pendant que sa richesse alimente ailleurs la création de valeur.

Le véritable enjeu de cette visite d’État réside donc moins dans les poignées de main que dans les décisions qui suivront. Si Paris choisit d’accompagner sincèrement l’ambition industrielle du Gabon, cette rencontre ouvrira une nouvelle page de leur histoire commune. Sinon, elle ne restera qu’une photographie diplomatique de plus – à l’image de celles de Léon Mba, de Bongo père à fils – sans effet sur la vie des Gabonais. L’amitié entre deux nations ne se mesure pas à la durée de leur relation, mais à leur capacité à construire ensemble un avenir où chacun progresse. C’est à cette condition que cette visite d’État prendra tout son sens.

Agnès Laplumacerbe (Envoyée spéciale) 

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