AccueilSportFootballGabon : Coupe Oloupi, après 45 ans de fête et pour quel résultat ?

Gabon : Coupe Oloupi, après 45 ans de fête et pour quel résultat ?

Publié le
Écouter cet article

Quarante-cinq ans. C’est l’âge d’une compétition censée porter la jeunesse sportive de la Sébé Brikolo et de la Bayi Brikolo vers l’excellence. Quarante-cinq ans, et pourtant, chaque édition ressemble à la précédente : une grand-messe populaire, des tribunes pleines, des discours enflammés, puis plus rien. Ni bilan, ni transparence, ni suite pour les jeunes talents révélés. La Coupe Oloupi fait-elle vraiment progresser le sport local, ou n’est-elle qu’un rituel de distraction habilement entretenu et de jouissance pour les eternels organisateurs ?

Samedi 4 juillet dernier à Libreville, Jean Paul Eyébé Lendoye, Coordinateur Général et Président Fondateur, a lancé en grande pompe la 39ᵉ édition, prévue du 1ᵉʳ au 30 août 2026 à Okondja. Football, basket-ball, cyclisme, cross : le programme est dense et alléchant, le parrainage prestigieux. Mais derrière la communication bien huilée, une question demeure sans réponse depuis presque un demi-siècle : qu’est-ce que cette compétition a réellement changé pour le sport dans ces départements ?

Un cycle sans lendemain

Sur le terrain, le constat des jeunes d’Okondja est amer. Pas de détecteurs de talents, pas de recruteurs, pas de suivi après les matchs. On réunit les bonnes volontés au lancement, on les oublie à la clôture. Chaque année, la même mécanique se répète : aucun bilan sportif, aucun bilan financier. Combien rapportent les entrées ? Où va cet argent ? Le silence organisé autour de ces questions nourrit un sentiment d’opacité totale, difficilement acceptable pour un événement qui mobilise tout un territoire depuis 45 ans.

La jeunesse de la Sébé-Brikolo et de la Bayi-Brikolo regorge de talents. Encore faut-il leur offrir une véritable politique de détection et un accompagnement capable de transformer ce potentiel en réussite sportive.
La jeunesse de la Sébé-Brikolo et de la Bayi-Brikolo regorge de talents. Encore faut-il leur offrir une véritable politique de détection et un accompagnement capable de transformer ce potentiel en réussite sportive.

Une gouvernance à huis clos

Le fonctionnement du comité d’organisation interroge tout autant. Choisi et contrôlé par une seule personne, il ne répond qu’à elle. Quiconque s’écarte de la ligne fixée par le fondateur s’expose à être écarté à son tour. Une compétition censée fédérer une jeunesse entière ne peut durablement reposer sur la volonté d’un homme seul.

Un parrainage qui mérite mieux

Cette édition porte le nom de « Trophée de la grande victoire », placée sous le haut parrainage du Président Brice Clotaire Oligui Nguema. Le thème choisi, « Jeunesse gabonaise, pilier essentiel de la 5ᵉ République », porte une ambition forte. Mais associer le nom du Chef de l’État à un événement dont la gestion reste floue expose surtout un décalage : la vision présidentielle du sport comme levier de développement mérite davantage qu’un simple rendez-vous festif annuel.

Il faut changer de cap

Il est encore temps de faire de la Coupe Oloupi un véritable tremplin plutôt qu’une simple parenthèse festive. Cela suppose d’abord d’instaurer un système structuré de détection de talents, en invitant véritablement coachs et recruteurs à observer les jeunes en compétition, plutôt que de les laisser repartir dans l’anonymat une fois le sifflet final retenti. Cela implique aussi de former ces mêmes jeunes à l’arbitrage et à l’encadrement sportif, pour qu’ils deviennent acteurs de leur discipline et non simples spectateurs d’un rendez-vous annuel. Il faudra également que chaque édition se conclue par la publication d’un bilan sportif et financier transparent, seul moyen de rompre avec des décennies de silence sur ce que rapporte réellement la compétition. Enfin, l’organisation elle-même doit s’ouvrir : associer les fédérations sportives et le ministère des Sports à la gouvernance de l’événement permettrait de sortir d’une gestion à huis clos pour entrer dans une logique de projet partagé, à la hauteur de l’ambition affichée depuis 45 ans.

Il faut le reconnaître : sans Eyébé Lendoye, cette compétition n’existerait pas. Mais le génie créateur d’hier est devenu l’obstacle d’aujourd’hui. Sa vision, figée depuis 45 ans dans le gain et le divertissement, ne suffit plus à porter l’ambition d’une jeunesse qui réclame des perspectives, pas des souvenirs. À 45 ans, la Coupe Oloupi n’a plus besoin d’un homme. Elle a besoin d’un vrai projet. Voilà qui est dit.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Dernières nouvelles

Les + Lus

Articles similaires