Avec l’inauguration le 3 juillet 2026 d’un datacenter de catégorie Tier III par le groupe ST DIGITAL, Libreville rapatrie la gestion de ses données stratégiques. Un investissement de 8 milliards de FCFA au cœur de la Zone économique spéciale de Nkok qui ambitionne de transformer le pays en hub technologique régional.
C’est un bâtiment ultra-sécurisé, niché au cœur de la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok, qui pourrait bien redessiner la cartographie numérique de l’Afrique centrale. Vendredi 3 juillet 2026, le Gabon a franchi un cap technologique majeur en inaugurant son tout premier datacenter de catégorie Tier III. L’événement, placé sous le haut patronage du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, marque le début d’une nouvelle ère : celle de la course à la colocalisation et à la protection des données nationales.
Pour l’État gabonais, l’enjeu dépasse la simple infrastructure technique. Il s’agit d’un outil de souveraineté visant à sécuriser les données de l’administration publique et des opérateurs privés, tout en dynamisant l’économie locale. Le coût de cette ambition : 8 milliards de FCFA.
Le fléau de l’exil des données africaines
Jusqu’à présent, le continent africain souffrait d’un paradoxe persistant. « Aujourd’hui, nous ne livrons pas qu’un bâtiment. Nous livrons la souveraineté », a martelé Anthony Same, président-directeur général du groupe panafricain ST DIGITAL, lors de son allocution. Le constat du dirigeant est sans appel : plus de 90 % des données produites en Afrique sont actuellement hébergées sur des serveurs situés hors du continent, principalement en Europe ou en Amérique du Nord.
Avec cette nouvelle infrastructure, le Gabon entend inverser la tendance. « Le Gabon récupère la maîtrise de son or numérique. C’est le Cloud 100 % africain, sécurisé, écoresponsable et conçu pour nos administrations, nos banques et nos PME », a-t-il ajouté. Déjà implanté dans sept pays (Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Togo, Bénin, RDC et Gabon), ST DIGITAL exploite désormais cinq centres d’hébergement certifiés Tier III. Fort de partenariats mondiaux (Microsoft, OpenAI, Anthropic, Dell) et d’une certification ISO 27001, le groupe se positionne en champion du cloud souverain.
À Nkok, l’offre ne se limitera pas au stockage brut. Le site gérera des solutions d’intelligence artificielle, de la cybersécurité et l’attribution des extensions nationales comme le .ga gabonais.

Haute performance et transition écologique
Sur le plan technique, l’infrastructure répond aux exigences internationales de la certification Tier III, garantissant une disponibilité de service supérieure à 99,98 %. Mais le défi était aussi environnemental. Les datacenters sont de grands consommateurs d’énergie et de systèmes de refroidissement. Pour y faire face, le site intègre une alimentation partiellement photovoltaïque, un refroidissement adiabatique moins énergivore et un circuit de récupération des eaux de pluie.
Pour Laïka Mba, directrice générale de ST DIGITAL Gabon, ce projet est l’aboutissement d’un marathon entamé en 2020. « Depuis Libreville, nous pouvons désormais garantir l’hébergement de données sensibles, la colocation pour les entreprises, et le déploiement de solutions d’intelligence artificielle pour la santé, la finance ou l’éducation, sans que l’information ne quitte le sol gabonais », se félicite-t-elle.
Un pilier du plan « Gabon Digital »
Le pouvoir de Libreville compte capitaliser rapidement sur cet investissement. Présent lors de la coupure du ruban, le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark Alexandre Doumba, a rappelé que ce projet s’inscrit en ligne droite de la feuille de route gouvernementale.

« Ce datacenter Tier III est l’un des piliers de notre Stratégie nationale de digitalisation. Il renforce l’interopérabilité entre administrations, réduit la latence et, surtout, rassure les investisseurs », a souligné le ministre. Selon lui, l’accélération du programme Gabon Digital doit impérativement s’appuyer sur de tels partenariats public-privé pour générer de la valeur locale.
Après le protocole des discours, le chef de l’État a inspecté les installations : des salles de serveurs hautement surveillées aux infrastructures de pointe, incluant la station d’amerrissage de la fibre optique et des baies informatiques (racks) configurées pour les calculs lourds de l’intelligence artificielle.
En réduisant les temps de latence et en relocalisant ses flux d’informations, le Gabon ne modernise pas seulement ses services publics. Il pose les jalons d’un futur hub numérique pour toute l’Afrique centrale.
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