Le débat syndical est loin d’être clos. Réunie en conférence de presse le 12 février 2026 à l’espace PMI de Libreville, la Fédération des travailleurs du Gabon (FETRAG) a remis sur la table une question aussi sensible que structurante : la tenue des élections professionnelles à l’échelle nationale. Un rendez-vous annoncé, de manière provisoire, pour mars 2026, mais déjà au cœur de fortes divergences entre organisations syndicales.
Face aux journalistes, Jocelyn Louis Ngoma, secrétaire général de la FETRAG, n’a pas tergiversé : pour son organisation, l’élection professionnelle ne saurait être indéfiniment repoussée. Elle concerne aussi bien les travailleurs du secteur privé que ceux de la fonction publique et doit, selon lui, permettre de restituer la parole aux salariés eux-mêmes. « Si certains refusent d’y aller, nous irons seuls au privé », a-t-il tranché, répondant aux réticences exprimées par plusieurs leaders syndicaux de la fonction publique. En cause : le manque de financement. Un argument que la FETRAG juge insuffisant pour justifier un nouveau report d’un scrutin très attendu.

La souveraineté des salariés en question
Au-delà du calendrier, la sortie de la FETRAG s’inscrit dans une critique plus profonde du fonctionnement syndical au Gabon. Et Jocelyn Louis Ngoma de préciser que les élections professionnelles constituent avant tout « la manifestation de la souveraineté des salariés ». Un principe fondamental, trop souvent confisqué, selon lui, par des dirigeants syndicaux installés durablement à la tête des organisations. « Un leader syndical n’est ni un chef d’entreprise, ni un propriétaire. Il n’est qu’un porte-parole », a-t-il rappelé, dénonçant l’éternisation de certains responsables syndicaux, symptôme, à ses yeux, d’un déficit de démocratie interne.
La réalité est triste : des syndicats deviennent plus puissants que les travailleurs qu’ils sont censés défendre. Non par la force, mais par l’indifférence ou le désengagement des salariés eux-mêmes. « Les travailleurs ne consultent les syndicats que lorsqu’ils sont dans la difficulté», a encore regretté le secrétaire général de la FETRAG.
Un plaidoyer pour un syndicalisme réformiste
La FETRAG revendique ainsi un nouveau courant syndical, qu’elle qualifie de réformiste, rompant avec les pratiques héritées d’un syndicalisme historiquement politisé. D’après Jocelyn Louis Ngoma, trop de syndicats auraient perdu de vue leur mission première : la défense des intérêts des travailleurs, au profit du positionnement et d’intérêts personnels.
Au cœur de ce plaidoyer, un seul appel direct aux travailleurs : l’implication. Prendre une carte d’adhésion, payer sa cotisation, participer à la vie syndicale sont des actes qui permettent un fonctionnement. Car, rappelle le secrétaire général de la FETRAG, ce sont ces actes qui donnent aux salariés le pouvoir de contrôler leurs dirigeants, voire de les révoquer conformément aux statuts. « Même moi, vous pouvez me chasser », a affirmé Jocelyn Louis Ngoma, insistant sur le caractère collectif et impersonnel de l’organisation syndicale une fois créée.
Si elles se tiennent effectivement en mars 2026, les élections professionnelles pourraient ainsi servir de révélateur. Reste à savoir si ce message arrivera aux oreilles des salariés. Car, comme l’a martelé Jocelyn Louis Ngoma, sans eux, le syndicalisme n’est qu’une coquille vide.